Format :
- Dramma per musica (opera seria) en 3 actes, HWV 18.
- Musique : Georg Friedrich Händel.
- Livret : Nicola Francesco Haym, d’après Tamerlano d’Agostino Piovene (Venise, 1711) et sa version remaniée Il Bajazet (Reggio d’Émilie, 1719), eux-mêmes tirés de la tragédie Tamerlan, ou la Mort de Bajazet de Jacques Pradon (1675).
- Langue : italien.
Création :
31 octobre 1724, King’s Theatre de Haymarket, Londres.
Sixième opéra de Händel pour la Royal Academy of Music, Tamerlano s’inscrit entre Giulio Cesare et Rodelinda, au cœur de la période la plus féconde du compositeur. Händel en écrit la première version en vingt jours, du 3 au 23 juillet 1724, puis la remanie profondément à l’arrivée à Londres, en septembre, du ténor Francesco Borosini, engagé pour chanter Bajazet : Borosini avait créé ce rôle dans Il Bajazet de Gasparini (Reggio d’Émilie, 1719) et apporta sans doute avec lui ce livret, dont Händel reprit l’idée d’une grande scène de mort de Bajazet sur scène. La distribution réunit le castrat Andrea Pacini (Tamerlano), Senesino (Andronico), Francesca Cuzzoni (Asteria), la contralto Anna Vincenza Dotti (Irene), la basse Giuseppe Maria Boschi (Leone) et Borosini (Bajazet), pour qui Händel écrit le premier grand rôle de ténor de l’histoire de l’opéra. La date de la création semble avoir été choisie pour précéder les représentations annuelles, le 4 novembre, de la pièce Tamerlane de Nicholas Rowe. L’ouvrage fut donné douze fois pendant la saison 1724-1725 et repris une seule fois, le 13 novembre 1731, avec peu de modifications (récitatifs abrégés, suppression du trio de l’acte II, ajout d’un air pour la basse Antonio Montagnana).
Livret :
L’histoire s’inspire de faits réels : en 1402, près d’Ankara, le conquérant turco-mongol Timur (Tamerlan) vainquit et captura le sultan ottoman Bajazet Ier, mort en captivité quelques mois plus tard. Les chroniqueurs byzantins du XVe siècle rapportent des traditions contradictoires sur le sort du prisonnier, dont le théâtre européen s’empara volontiers. Jacques Pradon, imitateur de Racine, inventa l’essentiel de l’intrigue (les amours secrètes d’Astérie, fille de Bajazet, et du prince grec Andronic, allié de Tamerlan) ; le Vénitien Agostino Piovene l’adapta pour Gasparini (1711), en ajoutant le rôle de la princesse de Trébizonde (Irene) et la scène où Asteria tente de poignarder Tamerlano. Nicola Haym, secrétaire italien de l’Académie, raccourcit les récitatifs pour le public londonien tout en préservant la cohérence du drame, et écrivit de nouveaux textes d’airs ; Händel emprunta en outre à la version de Reggio (1719) la mort de Bajazet sur scène, l’une des scènes les plus saisissantes de tout l’opéra baroque.
Intrigue :
- Acte I : À Prusa (Bursa), Andronico, prince grec allié de Tamerlano, vient libérer le sultan Bajazet, prisonnier du conquérant, mais celui-ci refuse toute grâce de son ennemi. Tamerlano offre à Andronico le trône de Byzance, puis lui avoue qu’il s’est épris d’Asteria, fille de Bajazet ; ignorant qu’Andronico et Asteria s’aiment, il compte rompre ses fiançailles avec Irene, princesse de Trébizonde, et la donner à Andronico en échange de son aide. Tamerlano promet à Asteria la vie de son père si elle l’épouse ; Asteria, se croyant trahie par Andronico, s’emporte contre lui, tandis que Bajazet repousse avec fureur la démarche d’Andronico. Irene arrive et, sur le conseil d’Andronico, se fait passer pour une messagère afin d’approcher Tamerlano.
- Acte II : Tamerlano annonce à Andronico, atterré, qu’Asteria a accepté de l’épouser. Irene, déguisée, reproche à Asteria d’usurper sa place ; Asteria lui laisse entendre qu’elle compte se rendre odieuse au tyran. Dans la salle du trône, Bajazet se jette à terre pour qu’Asteria doive marcher sur son cou pour monter au trône. Asteria révèle alors le poignard qu’elle cachait pour tuer Tamerlano lors de leur première étreinte. Furieux, Tamerlano menace le père et la fille de mort et les fait emprisonner.
- Acte III : Bajazet partage avec sa fille un poison qu’il utilisera s’il ne peut s’échapper. Andronico avoue enfin à Tamerlano son amour pour Asteria ; le tyran ordonne qu’Asteria soit livrée au plus vil de ses esclaves et Bajazet décapité, puis exige qu’ils le servent à table. Asteria verse son poison dans la coupe de Tamerlano, mais Irene, reconnue, l’empêche de boire. Tamerlano réconcilié avec Irene, Bajazet revient calmement annoncer qu’il s’est empoisonné : dans une longue scène d’agonie, il fait ses adieux à sa fille et maudit son vainqueur avant de mourir. Bouleversé, Tamerlano renonce à sa vengeance, épouse Irene et fait d’Andronico et Asteria les souverains de Byzance, tandis qu’Asteria reste muette de douleur.
Enregistrement(s) :

Ferdinand Leitner — 1966
Format : 2 CD (env. 145 min), mono, ADD.
Label : Profil Edition Günter Hänssler, série « WDR – The Cologne Broadcasts » (2015).
Référence : PH11029.
Année d’enregistrement : 1966, Cologne (production du Westdeutscher Rundfunk, ℗ 1966).
Distribution :
- Tamerlano : Franz Mazura, baryton-basse
- Asteria : Helen Donath, soprano
- Andronico : Kieth Engen, basse
- Irene : Raili Kostia, mezzo-soprano
- Leone : Kari Nurmela, baryton
- Bajazet : non crédité sur la pochette
Direction : Ferdinand Leitner.
Orchestre : Cappella Coloniensis, Kantorei Barmen-Gemarke.
Langue : non précisée sur la pochette.
Particularité :
Le plus ancien témoignage discographique de Tamerlano, tiré des archives de la radio de Cologne. Il associe un orchestre pionnier de l’interprétation sur instruments anciens, la Cappella Coloniensis fondée par le WDR en 1954, à une conception vocale encore héritée de la tradition allemande : les rôles de castrats de Tamerlano et d’Andronico sont confiés à des voix graves d’hommes (Franz Mazura, futur grand wagnérien, et la basse américaine Kieth Engen). La partition est abrégée (environ deux heures et demie). On y entend une jeune Helen Donath, Asteria au soprano frais et lumineux. Un document historique sur les débuts de la renaissance händélienne à la radio allemande.

John Moriarty — 1970
Format : 3 LP (Cambridge Records) ; réédition 3 CD (2002).
Label : Cambridge Records ; réédition Parnassus Records.
Référence : PACD 96038/40.
Année d’enregistrement : juin 1970, Copenhague (production et prise de son : Charles Fisher).
Distribution :
- Tamerlano : Gwendolyn Killebrew, mezzo-soprano
- Bajazet : Alexander Young, ténor
- Asteria : Carole Bogard, soprano
- Andronico : Sophia Steffan, mezzo-soprano
- Irene : Joanna Simon, mezzo-soprano
- Leone : Marius Rintzler, basse
Direction : John Moriarty ; continuo : Albert Fuller (clavecin), Lars Holm Johansen (violoncelle).
Orchestre : The Chamber Orchestra of Copenhagen.
Langue : italien.
Particularité :
Première intégrale commerciale, remarquablement en avance sur son temps. La partition est donnée de façon presque complète, avec un orchestre conforme à l’effectif de Händel, et les rôles de castrats de Tamerlano et d’Andronico sont confiés à des mezzo-sopranos dans leur tessiture d’origine, comme Händel lui-même le faisait en l’absence de castrats. Les récitatifs, accompagnés du seul violoncelle et du clavecin d’Albert Fuller, sont menés avec un vrai sens théâtral, un choix salué comme une réforme lors de la parution. Alexander Young campe un Bajazet d’une grande noblesse et Carole Bogard une Asteria sensible. Bernard Jacobson (Stereo Review, 1971) y voyait « le meilleur enregistrement d’opéra de Händel » qu’il ait jamais entendu.

Anthony Lewis — 1972
Format : 3 CD (79’34, 76’51, 69’00), stéréo ; en complément : Berlioz, Les Nuits d’été (Janet Baker, Boston Symphony Orchestra, Colin Davis, 24 novembre 1972).
Label : Ponto, sous licence Mitridate (2008).
Référence : PO-1058.
Année d’enregistrement : novembre 1972, Londres, Concert Hall (enregistrement radiophonique de la BBC, diffusé le 23 avril 1973).
Distribution :
- Tamerlano : Maureen Lehane, mezzo-soprano
- Bajazet : Alexander Young, ténor
- Andronico : Janet Baker, mezzo-soprano
- Asteria : Norma Burrowes, soprano
- Irene : Patricia Kern, mezzo-soprano
- Leone : Bryan Drake, baryton
Direction : Anthony Lewis.
Orchestre : English Chamber Orchestra.
Langue : italien.
Particularité :
Témoignage de la renaissance händélienne britannique des années 1960-1970, menée par Sir Anthony Lewis, musicologue et chef, grand artisan de la redécouverte des opéras de Händel en Angleterre. Alexander Young, déjà Bajazet chez Moriarty deux ans plus tôt, retrouve le rôle aux côtés d’une distribution anglaise de premier plan, dominée par Janet Baker, Andronico d’une intensité et d’une noblesse bouleversantes. Maureen Lehane, spécialiste de Händel, campe un Tamerlano vigoureux et Norma Burrowes une Asteria juvénile. Une publication tardive, à la prise de son radiophonique, précieuse surtout pour Janet Baker.

Jean-Claude Malgoire — 1983
Format : 3 LP (1985) ; réédition 3 CD (Sony Classical, 1997 et « The Sony Opera House », 2009).
Label : CBS Masterworks ; réédition Sony Classical.
Référence : I3M 37893 (LP).
Année d’enregistrement : 1983.
Distribution :
- Tamerlano : Henri Ledroit, contre-ténor
- Bajazet : John Elwes, ténor
- Asteria : Mieke van der Sluis, soprano
- Andronico : René Jacobs, contre-ténor
- Irene : Isabelle Poulenard, soprano
- Leone : Gregory Reinhart, basse
Direction : Jean-Claude Malgoire.
Orchestre : La Grande Écurie et la Chambre du Roy.
Langue : italien.
Particularité :
Première version sur instruments d’époque, et première à confier les deux rôles de castrats à des contre-ténors : Henri Ledroit, Tamerlano au timbre singulier, et René Jacobs, alors plus connu comme chanteur que comme chef, Andronico d’une grande musicalité. John Elwes, ténor surtout réputé dans le répertoire sacré, offre un Bajazet plus lyrique que tragique. Pionnière et sincère, la direction de Malgoire accuse parfois les limites techniques des ensembles baroques de l’époque, mais cette version a marqué une étape dans la redécouverte de l’opéra händélien en France.

John Eliot Gardiner — 1985
Format : 3 CD (env. 3 h 13), enregistrement sur le vif.
Label : Erato, coproduction Opéra de Lyon et WDR (1987 ; réédition « Gardiner Collection »).
Référence : 2292-45408-2.
Année d’enregistrement : 17–18 juin 1985, Großer Sendesaal du WDR, Cologne.
Distribution :
- Tamerlano : Derek Lee Ragin, contre-ténor
- Bajazet : Nigel Robson, ténor
- Asteria : Nancy Argenta, soprano
- Andronico : Michael Chance, contre-ténor
- Irene : Jane Findlay, soprano
- Leone : René Schirrer, baryton
Direction : John Eliot Gardiner.
Orchestre : English Baroque Soloists.
Langue : italien.
Particularité :
Réalisée en lien avec l’Opéra de Lyon et captée en concert à Cologne, cette version a longtemps fait référence. Gardiner impose une lecture tendue, nerveuse et dramatiquement implacable, portée par des English Baroque Soloists incisifs. Deux contre-ténors se partagent les rôles de castrats : Derek Lee Ragin, Tamerlano venimeux et virtuose, et Michael Chance, Andronico élégant et touchant. Nigel Robson livre un Bajazet d’une intensité saisissante, en particulier dans la scène de la mort, et Nancy Argenta une Asteria pure et fragile. Une interprétation qui a contribué à faire reconnaître Tamerlano comme l’un des chefs-d’œuvre de Händel.

Trevor Pinnock — 2001
Format : 2 DVD (opéra : 192 min ; total avec bonus : 323 min), NTSC.
Label : Arthaus Musik, en coproduction avec ZDF/3sat (© ZDF 2001).
Référence : 100 702 / 100 703 (EAN 807280070392).
Année d’enregistrement : juin 2001, Goethe-Theater de Bad Lauchstädt, 50e Händel-Festspiele de Halle (réalisation : Helga Dubnyicsek).
Distribution :
- Tamerlano : Monica Bacelli, mezzo-soprano
- Bajazet : Thomas Randle, ténor
- Asteria : Elizabeth Norberg-Schulz, soprano
- Andronico : Graham Pushee, contre-ténor
- Irene : Anna Bonitatibus, mezzo-soprano
- Leone : Antonio Abete, basse
Direction : Trevor Pinnock.
Orchestre : The English Concert.
Langue : italien.
Particularité :
Captation de la production de Jonathan Miller (costumes de Judy Levine), présentée au petit théâtre historique de Goethe à Bad Lauchstädt lors du 50e festival Händel de Halle, et également donnée au Sadler’s Wells de Londres. La mise en scène, sobre et soucieuse de l’atmosphère du XVIIIe siècle, sert admirablement le huis clos psychologique de l’œuvre. Monica Bacelli compose un Tamerlano félin et inquiétant, Thomas Randle un Bajazet d’une grande force dramatique. Le DVD s’accompagne d’un documentaire sur la production, d’entretiens et d’archives sur l’histoire du festival de Halle.

Trevor Pinnock — 2006
Format : 3 CD, enregistrement sur le vif.
Label : Avie Records.
Référence : AV0001.
Année d’enregistrement : juin 2001, Sadler’s Wells Theatre, Londres (représentations de la production de Jonathan Miller) ; première parution en 2002.
Distribution :
- Tamerlano : Monica Bacelli, mezzo-soprano
- Bajazet : Thomas Randle, ténor
- Asteria : Elizabeth Norberg-Schulz, soprano
- Andronico : Graham Pushee, contre-ténor
- Irene : Anna Bonitatibus, mezzo-soprano
- Leone : Antonio Abete, basse
Direction : Trevor Pinnock.
Orchestre : The English Concert.
Langue : italien.
Particularité :
Pendant audio de la version précédente, avec la même distribution, captée à Londres lors des représentations de la production de Jonathan Miller ; ce disque porte le numéro 1 du catalogue du label Avie. Trevor Pinnock et l’English Concert, de retour aux grands projets lyriques, livrent une lecture musicalement et dramatiquement convaincante, dominée par le Bajazet de Thomas Randle. La critique spécialisée (gfhandel.org) a toutefois regretté les coupes dans les récitatifs et certains déplacements d’airs, qui éloignent cette version de la conception originale de Händel en 1724.

George Petrou — 2007
Format : 3 CD (env. 3 h 11).
Label : MDG, Musikproduktion Dabringhaus und Grimm (2007).
Référence : MDG 609 1457-2.
Année d’enregistrement : non précisée (parution en septembre 2007).
Distribution :
- Tamerlano : Nicholas Spanos, contre-ténor
- Bajazet : Tassis Christoyannis, baryton
- Asteria : Mata Katsuli, soprano
- Andronico : Mary-Ellen Nesi, mezzo-soprano
- Irene : Irini Karaianni, mezzo-soprano
- Leone : Petros Magoulas, basse
Direction : George Petrou.
Orchestre : Orchestra of Patras (sur instruments d’époque).
Langue : italien.
Particularité :
Selon Gramophone, le premier enregistrement à adopter la version retenue par Händel pour la création d’octobre 1724. George Petrou et son orchestre de Patras y déploient une énergie et un sens du théâtre remarquables. Le choix le plus singulier est de confier Bajazet au baryton Tassis Christoyannis, dont l’incarnation complexe et puissante a été unanimement saluée : le Sunday Times jugea sa scène de mort « bouleversante ». Le contre-ténor Nicholas Spanos campe un Tamerlano convaincant et Mary-Ellen Nesi un Andronico ardent. Une version de troupe cohérente et très vivante.

Paul McCreesh — 2009
Format : 2 Blu-ray (env. 242 min) ; également en DVD.
Label : Opus Arte, coproduction Teatro Real (© 2008 ; Blu-ray © 2009).
Référence : OA BD7022 D (Blu-ray).
Année d’enregistrement : 26 et 28 mars 2008, Teatro Real, Madrid (réalisation télévisée d’Ángel Luis Ramírez).
Distribution :
- Bajazet : Plácido Domingo, ténor
- Tamerlano : Monica Bacelli, mezzo-soprano
- Asteria : Ingela Bohlin, soprano
- Andronico : Sara Mingardo, contralto
- Irene : Jennifer Holloway, mezzo-soprano
- Leone : Luigi De Donato, basse
Direction : Paul McCreesh.
Orchestre : Orquesta del Teatro Real (Orquesta Sinfónica de Madrid).
Langue : italien.
Particularité :
Captation de la mise en scène épurée de Graham Vick, aux costumes « baroco-islamiques » flamboyants de Richard Hudson. L’événement tient à la présence de Plácido Domingo, dans l’un de ses très rares rôles baroques : son Bajazet, figure de roi Lear au timbre héroïque, frappe par son engagement dramatique, même si son style reste éloigné des canons baroques. Autour de lui, Monica Bacelli retrouve Tamerlano, Sara Mingardo est un Andronico de grande classe et Ingela Bohlin une Asteria intense. Paul McCreesh obtient d’un orchestre moderne un jeu allégé et lumineux.

Riccardo Minasi — 2014
Format : 3 CD (3 h 13).
Label : Naïve (℗ 2013, © 2014), en coproduction avec Parnassus Arts Productions et Château de Versailles Spectacles.
Référence : V 5373.
Année d’enregistrement : avril 2013, Villa San Fermo, couvent des Pavoniani, Lonigo (Vicence, Italie).
Distribution :
- Tamerlano : Xavier Sabata, contre-ténor
- Andronico : Max Emanuel Cenčić, contre-ténor
- Bajazet : John Mark Ainsley, ténor
- Asteria : Karina Gauvin, soprano
- Irene : Ruxandra Donose, mezzo-soprano
- Leone : Pavel Kudinov, basse
Direction : Riccardo Minasi.
Orchestre : Il Pomo d’Oro.
Langue : italien.
Particularité :
Parmi ces versions, la seule à suivre la reprise de 1731, avec ses récitatifs abrégés et l’air « Nel mondo e nell’abisso » écrit pour la basse Antonio Montagnana, tout en réintégrant le trio de l’acte II supprimé par Händel lors de cette reprise ; l’édition a été préparée par Riccardo Minasi lui-même. Il Pomo d’Oro déploie une énergie et des couleurs saisissantes. Xavier Sabata, Tamerlano halluciné et névrosé, et Max Emanuel Cenčić, Andronico raffiné, forment un duo de contre-ténors très contrasté ; Karina Gauvin est une Asteria d’une grande intensité et John Mark Ainsley, Bajazet d’expérience, bouleverse dans la scène finale.
Postérité :
Après sa reprise de 1731, Tamerlano disparaît de la scène pendant près de deux siècles. La première production moderne a lieu à Karlsruhe en 1924, dans le sillage de la renaissance händélienne allemande initiée à Göttingen. Longtemps éclipsé par Giulio Cesare et Rodelinda, l’ouvrage s’impose progressivement à partir des années 1980, grâce au mouvement baroque (Malgoire, Gardiner) qui restitue les tessitures d’origine et révèle la puissance de sa construction dramatique, sombre et sans intrigue secondaire comique. Le rôle de Bajazet, considéré par Paul Henry Lang comme le premier grand rôle de ténor de l’histoire de l’opéra, attire des chanteurs de premier plan, jusqu’à Plácido Domingo, qui le chanta à Madrid, Washington (2008) et Los Angeles (2009). Aujourd’hui régulièrement monté, Tamerlano est reconnu comme l’un des chefs-d’œuvre de la maturité de Händel et l’une de ses tragédies les plus saisissantes.

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