Format :
- Opera seria en 3 actes, HWV 13 (œuvre collective : acte I de Filippo Amadei, acte II de Giovanni Bononcini, acte III de Händel).
- Musique : Georg Friedrich Händel (acte III).
- Livret : Paolo Antonio Rolli, d’après le Muzio Scevola de Silvio Stampiglia.
- Langue : italien.
Création :
15 avril 1721, King’s Theatre de Haymarket, Londres.
Pour sa deuxième saison, la Royal Academy of Music réunit ses trois compositeurs autour d’un même opéra : le violoncelliste Filippo Amadei (dit Pippo, ou Mattei) écrit le premier acte, Giovanni Bononcini, arrivé à Londres en 1720 et vite devenu le favori d’une partie de l’aristocratie, le deuxième, et Händel le troisième, avec une ouverture propre. L’entreprise, présentée par la légende comme un concours arbitré par le public, a surtout nourri la rivalité entre Händel et Bononcini, attisée par les factions whig et tory ; le public jugea la musique de Händel de loin la meilleure. La distribution réunit les vedettes de l’Académie : le castrat alto Senesino (Muzio), la soprano Margherita Durastanti (Clelia), la basse Giuseppe Maria Boschi (Porsenna), la contralto Anastasia Robinson (Irene), le castrat soprano Matteo Berselli (Orazio), Caterina Galerati en travesti (Tarquinio) et Maria Maddalena Salvai (Fidalma). L’opéra fut repris en novembre 1722.
Livret :
Paolo Rolli, secrétaire italien de l’Académie, adapte le livret que Silvio Stampiglia avait écrit en 1710 pour un Muzio Scevola de Bononcini à Vienne. Le sujet vient de Tite-Live et des légendes des débuts de la République romaine : Rome, qui vient de chasser son dernier roi Tarquin le Superbe, est assiégée par Porsenna, roi étrusque de Clusium, allié du tyran déchu. Autour des figures héroïques d’Horatius Coclès défendant seul le pont sur le Tibre, de Mucius Scaevola brûlant sa main droite devant Porsenna et de Clélie traversant le Tibre à la nage, le livret tisse les intrigues amoureuses propres à l’opera seria : Muzio aime Clelia, Orazio aime Irene, fille de Porsenna, tandis que Porsenna et Tarquinio convoitent tous deux Clelia.
Intrigue :
- Acte I (Amadei) : Rome est assiégée par l’armée de Porsenna, venu rétablir Tarquinio sur le trône. Orazio défend seul le pont sur le Tibre contre les Étrusques, fait couper le pont derrière lui et se jette dans le fleuve. Clelia, aimée de Muzio, tombe entre les mains de l’ennemi, et Porsenna comme Tarquinio s’éprennent d’elle.
- Acte II (Bononcini) : Muzio s’introduit dans le camp étrusque pour tuer Porsenna, mais poignarde un autre homme par erreur. Arrêté, il plonge sa main droite dans le feu pour montrer au roi le courage des Romains ; impressionné, Porsenna commence à envisager la paix. Clelia, retenue en otage, s’échappe en traversant le Tibre à la nage.
- Acte III (Händel) : Porsenna découvre la perfidie de Tarquinio et accepte de faire la paix avec Rome. Reconnaissant l’amour de Muzio et de Clelia, il renonce à elle et la libère. Irene épouse Orazio, que Porsenna désigne comme son héritier, et Clelia épouse Muzio ; tous célèbrent la paix (chœur final « Sì, sarà »).
Enregistrement :

Rudolph Palmer — 1991
Format : Enregistrement studio, 2 CD (acte III complet de Händel, complété par des extraits de l’acte II de Bononcini et de son Muzio Scevola de 1710).
Label : Newport Classic.
Référence : NPD 85540.
Année d’enregistrement : octobre 1991, St. Michael’s Church, New York (paru en 1992).
Distribution :
- Muzio : D’Anna Fortunato, mezzo-soprano
- Clelia : Julianne Baird, soprano
- Orazio : Erie Mills, soprano
- Irene : Jennifer Lane, mezzo-soprano
- Fidalma : Andrea Matthews, soprano
- Tarquinio : Frederick Urrey, ténor
- Porsenna : John Ostendorf, baryton-basse
Direction : Rudolph Palmer
Orchestre : Brewer Baroque Chamber Orchestra (clavecin : Edward Brewer)
Langue : italien
Particularité :
Unique enregistrement de la contribution de Händel, présenté comme la première gravure de sa partition complète : l’ouverture et l’intégralité du troisième acte, précédées de quelques airs de l’acte II de Bononcini et de deux airs de son Muzio viennois de 1710, pour donner une idée du « duel » de 1721. L’acte I d’Amadei n’est pas enregistré. Produit par le baryton-basse John Ostendorf, qui chante aussi Porsenna, et dirigé par Rudolph Palmer, spécialiste américain de Händel, ce disque sur instruments d’époque réunit une solide équipe de chanteurs baroques américains, dominée par la Clelia lumineuse de Julianne Baird et le Muzio de D’Anna Fortunato, notamment dans le duo « Come » et l’air « Spera ». Un document précieux sur une partition rarement donnée, dont le troisième acte compte parmi les plus riches de Händel à cette époque. À noter : la notice situe la création à Covent Garden, alors qu’elle eut lieu au King’s Theatre de Haymarket.
Postérité :
Œuvre collective, Muzio Scevola n’a pas eu la postérité des opéras entièrement composés par Händel ; seule sa partie est aujourd’hui régulièrement évoquée, et l’épisode est surtout resté dans l’histoire comme un symbole de la rivalité Händel-Bononcini, immortalisée par l’épigramme de John Byrom sur « Tweedledum and Tweedledee ». Redécouvert au XXe siècle (première exécution moderne à Essen en 1928), l’opéra a été redonné notamment au Festival de Lucerne en 2008.

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