Format :
- Opera seria en 3 actes, HWV 12 (HWV 12a : version d’avril 1720 ; HWV 12b : version de décembre 1720).
- Musique : Georg Friedrich Händel.
- Livret : Nicola Francesco Haym, d’après L’amor tirannico, o Zenobia de Domenico Lalli (1710) et L’amor tirannico de Matteo Noris, inspiré des Annales de Tacite.
- Langue : italien.
Création :
27 avril 1720, King’s Theatre de Haymarket, Londres.
Radamisto est le premier opéra composé par Händel pour la Royal Academy of Music, la nouvelle compagnie d’opéra italien fondée en 1719 par des aristocrates sous le patronage du roi George Ier, et dont il est le directeur musical. Après quatre ans sans opéra nouveau, la création est un événement mondain : le roi et le prince de Galles y assistent, et la foule est si dense que plusieurs dames s’évanouissent dans la chaleur de la salle. Dans cette première version (HWV 12a), le rôle-titre est tenu par la soprano Margherita Durastanti, Zenobia par la contralto Anastasia Robinson et le tyran Tiridate par le ténor Alexander Gordon. Pour la reprise du 28 décembre 1720, Händel remanie profondément la partition (HWV 12b) afin d’accueillir le célèbre castrat alto Senesino, qui reprend le rôle-titre ; Durastanti passe à Zenobia et Tiridate est réécrit pour la basse Giuseppe Maria Boschi. L’œuvre est encore reprise en 1721 et en 1728, avec Cuzzoni et Faustina.
Livret :
Le livret de Nicola Francesco Haym, violoncelliste et poète attitré de l’Académie, adapte L’amor tirannico, o Zenobia de Domenico Lalli, lui-même inspiré d’un livret de Matteo Noris. Le sujet est emprunté aux Annales de Tacite, qui rapportent l’histoire de Rhadamiste, prince d’Ibérie, et de son épouse Zénobie en Arménie vers 53 après J.-C. Haym en fait un drame de la fidélité conjugale face à la tyrannie : l’amour héroïque de Radamisto et de Zenobia s’oppose à la passion obsessionnelle du roi Tiridate. Le livret est dédié au roi George Ier.
Intrigue :
- Acte I : Tiridate, roi d’Arménie, marié à Polissena, fille du roi de Thrace Farasmane, s’est épris de Zenobia, épouse de Radamisto, frère de Polissena. Pour l’obtenir, il envahit la Thrace, fait prisonnier Farasmane et assiège la ville où se sont réfugiés Radamisto et Zenobia, menaçant d’exécuter le vieux roi s’ils ne se rendent pas. Polissena, humiliée, reste pourtant fidèle à son époux, tandis que Tigrane, prince du Pont et allié de Tiridate, l’aime en secret. La ville est prise d’assaut ; Radamisto et Zenobia s’enfuient par un passage souterrain.
- Acte II : Au bord de l’Araxe, Zenobia, épuisée, supplie Radamisto de la tuer plutôt que de la laisser tomber aux mains du tyran ; il la blesse légèrement et elle se jette dans le fleuve. Radamisto, désespéré, pleure sa femme qu’il croit morte (« Ombra cara »). Repêchée par les soldats de Tigrane, Zenobia est conduite auprès de Tiridate, qui la courtise. Radamisto, épargné par Tigrane, se présente à la cour déguisé en ambassadeur sous le nom d’Ismeno ; les deux époux se retrouvent en secret.
- Acte III : Tigrane et Fraarte, frère de Tiridate, écœurés par la tyrannie du roi, préparent un soulèvement. L’identité de Radamisto est découverte ; Tiridate ordonne sa mort si Zenobia ne cède pas. Polissena, déchirée entre son époux et son frère, s’interpose. L’armée se révolte sous la conduite de Tigrane et Fraarte, et Tiridate est renversé. Radamisto lui pardonne ; le tyran repenti revient à Polissena, rend son trône à Farasmane et tous célèbrent la réconciliation.
Enregistrements :

Horst-Tanu Margraf — 1961 (HWV 12a, version allemande)
Format : Enregistrement studio, 3 CD.
Label : Eterna (édition originale), réédité par Berlin Classics.
Référence : Eterna 8 25 323 (LP) ; Berlin Classics 0093342BC (CD).
Année d’enregistrement : 1961.
Distribution :
- Radamisto : Hellmuth Kaphahn, baryton
- Zenobia : Sigrid Kehl, mezzo-soprano
- Polissena : Hanne-Lore Kuhse, soprano
- Tigrane : Rolf Apreck, ténor
- Tiridate : Günther Leib, baryton
- Farasmane : Reiner Süß, basse
Direction : Horst-Tanu Margraf
Orchestre : Händel-Festspielorchester Halle ; Rundfunkchor Leipzig
Langue : allemand
Particularité :
Témoignage de la « renaissance Händel » en RDA autour des Händel-Festspiele de Halle, ville natale du compositeur, dont Horst-Tanu Margraf fut l’un des principaux artisans. Selon l’usage de l’époque, l’opéra est chanté en traduction allemande et les rôles écrits pour castrats ou voix féminines en travesti sont confiés à des voix d’hommes, transposées à l’octave : Radamisto devient baryton, Tigrane ténor. Le rôle de Fraarte est supprimé, les da capo sont abrégés et l’orchestre sonne avec l’ampleur d’un orchestre symphonique moderne. Loin de toute préoccupation historiciste, cette version vaut par l’engagement dramatique d’une troupe homogène, notamment le Tiridate de Günther Leib et la Polissena de Hanne-Lore Kuhse, future grande wagnérienne.

Nicholas McGegan — 1994 (HWV 12b)
Format : Enregistrement studio, 3 CD.
Label : harmonia mundi (production USA).
Référence : HMU 907111.13.
Année d’enregistrement : 1993, en lien avec la production des Händel-Festspiele de Göttingen (paru en 1994).
Distribution :
- Radamisto : Ralf Popken, contre-ténor
- Zenobia : Juliana Gondek, soprano
- Polissena : Lisa Saffer, soprano
- Tigrane : Dana Hanchard, soprano
- Fraarte : Monika Frimmer, soprano
- Tiridate : Michael Dean, baryton-basse
- Farasmane : Nicolas Cavallier, basse
Direction : Nicholas McGegan
Orchestre : Freiburger Barockorchester
Langue : italien
Particularité :
Première intégrale sur instruments d’époque, cet enregistrement suit la seconde version de décembre 1720, conçue pour Senesino, avec un Tiridate basse. Nicholas McGegan, alors directeur artistique du Festival Händel de Göttingen (où Radamisto avait été le premier opéra de Händel ressuscité, en 1927), dirige un Freiburger Barockorchester d’une vivacité et d’une précision remarquables. Juliana Gondek est une Zenobia noble et intense, Lisa Saffer une Polissena touchante, et Michael Dean un tyran de belle stature. Le contre-ténor Ralf Popken, au timbre parfois un peu mince, offre néanmoins un « Ombra cara » d’une grande sensibilité. Une version théâtrale et cohérente, longtemps la référence de l’œuvre.

Alan Curtis — 2003 (HWV 12a)
Format : Enregistrement studio, 3 CD.
Label : Virgin Classics (repris dans le coffret « Handel : Six Operas » d’Alan Curtis).
Référence : Virgin Classics 5 45673 2.
Année d’enregistrement : 2003, Sienne (paru en 2005).
Distribution :
- Radamisto : Joyce DiDonato, mezzo-soprano
- Zenobia : Maite Beaumont, mezzo-soprano
- Polissena : Patrizia Ciofi, soprano
- Tigrane : Laura Cherici, soprano
- Fraarte : Dominique Labelle, soprano
- Tiridate : Zachary Stains, ténor
- Farasmane : Carlo Lepore, basse
Direction : Alan Curtis
Orchestre : Il Complesso Barocco
Langue : italien
Particularité :
Premier enregistrement de la version originale d’avril 1720 (HWV 12a), avec un Radamisto soprano (ici mezzo) et un Tiridate ténor, telle que Händel la conçut pour Durastanti et Alexander Gordon. Alan Curtis, fidèle à sa démarche philologique, restitue une partition plus longue et plus variée que la révision de décembre. Joyce DiDonato, alors en pleine ascension, est un Radamisto bouleversant, notamment dans « Ombra cara » ; Maite Beaumont est une Zenobia d’une grande densité et Patrizia Ciofi une Polissena expressive. On a parfois reproché à Curtis une direction un peu placide pour un drame aussi tendu, mais la distribution et l’intérêt de la version en font un complément indispensable à l’enregistrement de McGegan.
Postérité :
Grand succès du vivant de Händel, Radamisto assoit sa suprématie à la tête de la Royal Academy of Music, qu’il dirigera jusqu’en 1728. Son air « Ombra cara » était considéré par Burney et Hawkins comme l’un des plus beaux jamais écrits par le compositeur. Tombé ensuite dans l’oubli comme tout l’opera seria, Radamisto est le premier opéra de Händel à avoir été ressuscité au XXe siècle, à Göttingen en 1927, inaugurant le mouvement de redécouverte des opéras de Händel en Allemagne, relayé après-guerre par Halle. Il a depuis connu de nombreuses productions scéniques, notamment à l’Opéra de Santa Fe (2008), à l’English National Opera (2010) et au Theater an der Wien (2013).

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