Format :
- Opera seria (opéra magique) en 3 actes, HWV 11.
- Musique : Georg Friedrich Händel.
- Livret : adaptation anonyme (probablement Nicola Francesco Haym) d’Amadis de Grèce d’Antoine Houdar de La Motte (Paris, 1699).
- Langue : italien.
Création :
25 mai 1715, King’s Theatre de Haymarket, Londres.
Installé à Londres depuis 1712, Händel a donné Il pastor fido, Teseo et, peut-être en privé, Silla. L’avènement de George Ier, l’ancien Électeur de Hanovre et employeur de Händel, fait rebaptiser le Queen’s Theatre en King’s Theatre, dont la saison 1714-1715 culmine avec Amadigi. Le compositeur vit alors vraisemblablement à Burlington House, chez le jeune comte de Burlington, auquel le directeur du théâtre, John James Heidegger, dédie le livret imprimé. L’annonce de la création promet des décors et costumes entièrement neufs et tant de « machines » qu’on interdit aux spectateurs de s’asseoir sur la scène ; la scène de la fontaine du deuxième acte utilisait de la vraie eau. Les quatre rôles principaux sont tous écrits pour voix aiguës : Amadigi pour le célèbre castrat alto Nicolò Grimaldi, dit Nicolini ; Melissa pour Elisabetta Pilotti-Schiavonetti, spécialiste des magiciennes éconduites ; Oriana pour la jeune Anastasia Robinson ; Dardano pour la contralto Diana Vico. Händel dirige du clavecin, avec les violonistes Pietro et Prospero Castrucci et le hautboïste John Ernest Galliard. L’œuvre ne connaît que six représentations en 1715 (maladie de Robinson, chaleur écrasante, puis première rébellion jacobite), avant des reprises en 1716 et 1717.
Livret :
La source est la tragédie en musique Amadis de Grèce d’Antoine Houdar de La Motte, mise en musique par Destouches pour l’Opéra de Paris en 1699, elle-même tirée d’une des suites de l’Amadis de Gaula de Montalvo, le roman de chevalerie qui fit perdre la tête à Don Quichotte. L’adaptateur londonien, sans doute Nicola Francesco Haym, supprime le prologue à la gloire de Louis XIV et les divertissements, resserre les cinq actes en trois, réduit la distribution à quatre personnages (plus le deus ex machina Orgando) et écrit de nouveaux textes d’airs, tout en conservant les scènes spectaculaires de furies et de démons. La morale oppose l’amour sincère et désintéressé d’Amadigi et d’Oriana aux passions possessives de Melissa et de Dardano. Händel y réutilise l’ouverture et neuf numéros vocaux de Silla. Le livret prévoyait une « danse de chevaliers et dames enchantés » dont la musique est perdue.
Intrigue :
- Acte I : Retenu dans un jardin enchanté par la magicienne Melissa, qui l’aime, le chevalier Amadigi tente de s’enfuir de nuit avec son ami Dardano, prince de Thrace. Il lui confie son amour pour Oriana, fille du roi des Îles Fortunées, captive dans une tour ; Dardano, qui aime secrètement Oriana, décide de trahir son ami. Melissa surgit avec ses esprits infernaux et menace Amadigi, qui la repousse. Devant une loggia enflammée que seul un amant fidèle peut franchir, Dardano se révèle rival d’Amadigi ; le héros traverse les flammes sans dommage, Dardano échoue et s’enfuit rejoindre Melissa. Amadigi retrouve Oriana, mais Melissa les surprend, fait enlever Oriana par ses démons et laisse le héros à son désespoir.
- Acte II : Dans un jardin, Amadigi contemple la « fontaine du véritable amour », qui lui montre par magie Oriana dans les bras de Dardano ; il s’évanouit. Oriana, le croyant mort, veut se tuer avec son épée ; il reprend ses sens mais l’accuse d’infidélité, et elle s’éloigne indignée. Melissa l’empêche de se donner la mort et le soumet en vain à ses monstres. Dardano, repoussé par Oriana, accepte que Melissa lui donne l’apparence d’Amadigi ; mais, apercevant le véritable Amadigi, il se précipite pour le combattre et est tué en duel. Oriana, menacée de mort, refuse de renoncer à Amadigi.
- Acte III : Oriana attend la mort. Dans son antre, Melissa ne parvient pas à étouffer son amour pour Amadigi. Les deux amants implorent chacun la grâce de l’autre ; Melissa évoque l’ombre de Dardano, qui lui annonce que les dieux protègent le couple et ont décidé sa perte. Une force invisible l’empêche de poignarder Oriana ; rejetée par le ciel et l’enfer, Melissa se frappe elle-même et fait ses adieux à Amadigi. La caverne se change en palais ; le magicien Orgando, oncle d’Oriana, descend dans un char de nuées, unit les amants et célèbre leurs noces par une danse pastorale.
Enregistrements :

Marc Minkowski — 1991
Format : Enregistrement studio, 2 CD.
Label : Erato.
Référence : Erato 2292-45490-2.
Année d’enregistrement : novembre-décembre 1989, Studio 103 de la Maison de la Radio, Paris (paru en 1991).
Distribution :
- Amadigi : Nathalie Stutzmann, contralto
- Oriana : Jennifer Smith, soprano
- Melissa : Eiddwen Harrhy, soprano
- Dardano : Bernarda Fink, contralto
- Orgando : Pascal Bertin, contre-ténor
Direction : Marc Minkowski
Orchestre : Les Musiciens du Louvre
Langue : italien
Particularité :
Première mondiale discographique de l’opéra, coproduite avec Radio France. Le jeune Minkowski et ses Musiciens du Louvre y montrent déjà leur fougue et leur sens théâtral, avec des tempos vifs et des couleurs instrumentales accentuées. Nathalie Stutzmann, contralto au timbre profond, fait d’Amadigi un héros noble et mélancolique, tandis que Bernarda Fink campe un Dardano sombre et ardent. Eiddwen Harrhy est une Melissa véhémente et Jennifer Smith une Oriana pure. Une version pionnière qui a longtemps fait référence.

Eduardo López Banzo — 2007
Format : Enregistrement studio, 2 CD.
Label : Ambroisie (Naïve).
Référence : AM 133.
Année d’enregistrement : juillet et novembre 2006, Auditori Palau de Congressos de Gérone (paru en 2007).
Distribution :
- Amadigi : Maria Riccarda Wesseling, mezzo-soprano
- Oriana : Elena de la Merced, soprano
- Melissa : Sharon Rostorf-Zamir, soprano
- Dardano : Jordi Domènech, contre-ténor
Direction : Eduardo López Banzo
Orchestre : Al Ayre Español
Langue : italien
Particularité :
Eduardo López Banzo, grand défenseur de Händel en Espagne, propose une lecture plus intime et plus sombre que celle de Minkowski, attentive aux couleurs des vents (hautbois, basson, flûtes à bec) et à la poésie des nombreux Largos. Maria Riccarda Wesseling donne à Amadigi un mezzo chaleureux et engagé, et Sharon Rostorf-Zamir fait de Melissa une figure pathétique autant que menaçante. Le choix d’un contre-ténor, Jordi Domènech, pour Dardano apporte un contraste de timbres bienvenu dans cette partition sans voix graves.

Christian Curnyn — 2022
Format : Enregistrement studio, 2 SACD.
Label : Chandos (collection Chaconne).
Référence : CHSA 0406(2).
Année d’enregistrement : 29 novembre – 3 décembre 2021, St Jude on the Hill, Hampstead Garden Suburb, Londres (paru en 2022).
Distribution :
- Amadigi : Tim Mead, contre-ténor
- Oriana : Anna Dennis, soprano
- Melissa : Mary Bevan, soprano
- Dardano : Hilary Summers, contralto
- Orgando : Patrick Terry, contre-ténor
Direction : Christian Curnyn
Orchestre : Chorus and Orchestra of Early Opera Company
Langue : italien
Particularité :
Réalisé sur une édition de Peter Jones, avec des notes de David Vickers, cet enregistrement bénéficie de la prise de son Chandos en haute définition, qui met en valeur la riche palette de l’orchestre (trompette solo, hautbois, basson, flûtes à bec, cordes à cinq parties). Tim Mead est un Amadigi d’une grande élégance, notamment dans « Notte, amica dei riposi » et le « Sussurrate, onde vezzose ». Mary Bevan fait de Melissa un portrait saisissant de passion éconduite, Anna Dennis une Oriana lumineuse et touchante (« Dolce vita del mio petto »), et Hilary Summers prête son contralto sombre à Dardano, sommet émotionnel de l’œuvre dans la sarabande « Pena tiranna ». La direction souple et dramatique de Christian Curnyn en fait sans doute la version la plus accomplie de l’œuvre.
Postérité :
Händel ne reprit plus Amadigi après 1717, sans doute en raison de sa distribution inhabituelle (quatre voix aiguës, sans ténor ni basse) ; il en réutilisa peu la musique, sinon dans les anthems de Cannons, Acis and Galatea et l’air « Cieca notte » d’Ariodante. Keiser en monta à Hambourg une version pasticcio très remaniée sous le titre Oriana (1717). L’opéra ne fut redonné qu’en 1929 à Osnabrück, puis en Grande-Bretagne à Abingdon en 1968. Depuis 1991, une vingtaine de productions scéniques ont confirmé sa réputation : par sa concision, sa construction dramatique et la richesse de son invention musicale, Amadigi passe aujourd’hui pour le plus accompli des premiers opéras londoniens de Händel, ce que Charles Burney avait déjà noté au XVIIIe siècle.

Laisser un commentaire