Note personnelle : ,

Händel, Georg Friedrich — HWV 10 – Silla (1713)

Format :

  • Opera seria en 3 actes, HWV 10 (titre complet : Lucio Cornelio Silla).
  • Musique : Georg Friedrich Händel.
  • Livret : Giacomo Rossi, d’après la Vie de Sylla de Plutarque.
  • Langue : italien.

Création :

Probablement le 2 juin 1713, Londres (lieu incertain : Queen’s Theatre de Haymarket ou Burlington House).
Aucun opéra de Händel n’est aussi énigmatique que Silla, son quatrième opéra londonien, composé deux ans après le triomphe de Rinaldo (1711) qui avait lancé à Londres la mode de l’opera seria italien. Aucune représentation contemporaine n’étant documentée, les premiers spécialistes ont longtemps supposé une exécution privée chez le comte de Burlington, alors mécène du compositeur. La découverte en 1969 d’un livret imprimé daté du 2 juin 1713, portant une dédicace extravagante au duc d’Aumont, ambassadeur de France récemment arrivé à Londres après la fin des hostilités de la guerre de Succession d’Espagne, suggère une représentation organisée par ou pour ce diplomate, ce qui expliquerait l’absence de traduction anglaise et la brièveté de l’œuvre. Le Queen’s Theatre, seul théâtre alors capable de réaliser les effets scéniques du troisième acte, reste le lieu le plus plausible. Le rôle-titre était tenu par le castrat alto Valentino Urbani, Flavia par la soprano Margherita de L’Épine, et Mars par la basse Richard Leveridge.

Livret :

Giacomo Rossi, déjà librettiste de Rinaldo, s’inspire du récit de Plutarque sur la fin de la vie de Lucius Cornelius Sulla, qui s’empara de Rome, se fit nommer dictateur, fit massacrer ses adversaires, puis se retira brusquement dans sa villa de campagne. Il en fait l’un des personnages les plus odieux de l’opéra baroque : un tyran sanguinaire et un prédateur sexuel qui tente de séduire trois femmes, dont une sous les yeux de son épouse. On a voulu y voir une allégorie politique, notamment une attaque des tories contre le duc de Marlborough, sans preuve décisive. Winton Dean jugeait ce livret « le pire que Händel ait mis en musique », sans doute maladroitement adapté d’un livret antérieur non identifié. Les airs sont souvent brefs, de nombreux airs n’étant accompagnés que du continuo, avec ritournelles orchestrales, dans un style qui rappelle les cantates italiennes et Agrippina.

Intrigue :

  • Acte I : Sur une place de Rome, le consul victorieux Silla, accueilli par son épouse Metella et le tribun Lepido, annonce qu’il va prendre la dictature ; Metella et Lepido sont horrifiés par son ambition. Flavia, épouse de Lepido, raconte une vision prémonitoire de Rome réduite en cendres par un monstre, aussitôt confirmée par la foudre qui frappe l’arc de triomphe. Celia, fille du lieutenant de Silla, Catulus, aime le chevalier Claudio, adversaire de Silla ; dans un jardin, Claudio défie ouvertement le dictateur, qui s’éloigne furieux.
  • Acte II : Près d’un temple de Cybèle où se sont réfugiés des fugitifs, Silla tente de séduire Flavia, qui le repousse. Endormi, il voit en songe un dieu l’exhorter à faire régner la terreur ; à son réveil, il ordonne le massacre des réfugiés, puis exige de Lepido qu’il lui cède sa femme. Il poursuit aussi Celia de ses avances, sous les yeux de Metella, puis fait arrêter Claudio et enfermer Celia. Il charge son confident Scabro de faire assassiner Claudio et Lepido, mais Metella persuade Scabro de les épargner ; celui-ci rapporte à Silla un vêtement ensanglanté présenté comme celui de Lepido, tandis qu’un soulèvement éclate contre le dictateur.
  • Acte III : Lepido remercie Metella de l’avoir sauvé. Silla, contraint de partir en mission pour la Sicile, fait une dernière tentative auprès de Celia en lui annonçant la mort de Claudio, puis jette le vêtement ensanglanté aux pieds de Flavia emprisonnée, qui attend la mort ; Lepido la retrouve bientôt. Le navire de Silla est pris dans une violente tempête ; naufragé, il est sauvé par Metella. À Rome, Lepido et Claudio appellent à la liberté ; Mars apparaît dans une nuée, et Silla, à genoux, renonce à tous ses titres pour se retirer avec son épouse.

Enregistrements :

Denys Darlow — 2000

Format : Enregistrement en concert, 2 CD.
Label : Somm Recordings (en collaboration avec la London Handel Society).
Référence : SOMMCD 227-8.
Année d’enregistrement : 11 avril 2000, Concert Hall du Royal College of Music, Londres (London Handel Festival).
Distribution :

  • Silla : James Bowman, contre-ténor
  • Claudio : Simon Baker, contre-ténor
  • Flavia : Natasha Marsh, soprano
  • Celia : Elizabeth Cragg, soprano
  • Metella : Rachel Nicholls, soprano
  • Lepido : Joanne Lunn, soprano
  • Il Dio (Mars) : Christopher Dixon, basse

Direction : Denys Darlow (clavecin : Laurence Cummings)
Orchestre : London Handel Orchestra
Langue : italien

Particularité :

Premier enregistrement mondial de l’œuvre, capté lors de la production du London Handel Festival fondé par Denys Darlow, avec des notes et une traduction d’Anthony Hicks. James Bowman, figure historique du renouveau du contre-ténor, prête au dictateur une autorité et une ironie de vétéran, face à une jeune équipe de chanteurs issus des conservatoires londoniens, parmi lesquels se distinguent Joanne Lunn et Rachel Nicholls. La direction de Darlow est solide et vivante, mais la prise de son de concert et un orchestre moins affûté que les grandes formations baroques en font surtout un document pionnier, précieux pour avoir révélé une partition jusqu’alors inconnue.

Fabio Biondi — 2017

Format : Enregistrement en concert, 2 CD.
Label : Glossa.
Référence : GCD 923408.
Année d’enregistrement : 28-30 janvier 2017, Konzerthaus (Großer Saal), Vienne.
Distribution :

  • Silla : Sonia Prina, contralto
  • Claudio : Martina Belli, mezzo-soprano
  • Metella : Sunhae Im, soprano
  • Lepido : Vivica Genaux, mezzo-soprano
  • Flavia : Roberta Invernizzi, soprano
  • Celia : Francesca Lombardi Mazzulli, soprano
  • Il Dio (Mars) : Luca Tittoto, basse

Direction : Fabio Biondi (violon et direction)
Orchestre : Europa Galante
Langue : italien

Particularité :

Réalisé à l’occasion d’une exécution en concert au Konzerthaus de Vienne, cet enregistrement offre à Silla une distribution de premier plan. Sonia Prina, contralto au timbre sombre et mordant, campe un dictateur vantard et inquiétant, notamment dans l’air martial « Alza il volo ». Roberta Invernizzi est une Flavia bouleversante, dont le « Stelle rubelle » final est un sommet de virtuosité et de désespoir ; Vivica Genaux (Lepido), Sunhae Im (Metella) et Martina Belli (Claudio, avec l’éclatant « Con tromba guerriera » et sa trompette obligée) complètent un plateau très homogène. Biondi et Europa Galante insufflent à la partition une énergie théâtrale et des couleurs instrumentales qui font de cette version la référence actuelle de l’œuvre.

Postérité :

Resté dans l’ombre pendant près de trois siècles, Silla n’a jamais été repris du vivant de Händel, mais le compositeur, qui tenait visiblement cette musique en haute estime, en réutilisa une part importante deux ans plus tard dans Amadigi di Gaula (1715). Redécouvert au London Handel Festival en 2000, l’opéra a ensuite été monté au Festival Händel de Halle (2015) et au Leeds Opera Festival (2022). Si les invraisemblances du livret rendent improbable son installation durable au répertoire, la partition, concise et riche en airs de grande qualité, suffit à justifier sa redécouverte.

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