Format :
- Dramma per musica en trois actes (HWV 37).
- Musique : Georg Friedrich Händel.
- Livret : adaptation anonyme du Giustino de Pietro Pariati (1711), lui-même tiré du livret de Nicolò Beregan (Venise, 1683).
- Langue : italien.
Création :
16 février 1737, Theatre Royal de Covent Garden, Londres.
Composé à l’automne 1736, en même temps qu’Arminio, Giustino appartient à l’ultime saison d’opéra que Händel mène de front contre l’Opera of the Nobility. La distribution réunit les castrats Domenico Annibali (Giustino) et Gioacchino Conti dit « Gizziello » (Anastasio), Anna Strada del Pò (Arianna), Francesca Bertolli (Leocasta), Maria Caterina Negri (Amanzio), le ténor John Beard (Vitaliano), la basse Henry Reinhold (Polidarte) et le jeune William Savage (la Fortune). Malgré une mise en scène spectaculaire, avec monstre marin et ours, l’opéra ne connaît que neuf représentations ; il est repris à Brunswick en 1741.
Livret :
Le livret remonte au Giustino de Nicolò Beregan, mis en musique par Legrenzi à Venise en 1683, remanié par Pietro Pariati pour Albinoni (Bologne, 1711) puis utilisé par Vivaldi (Rome, 1724). Il s’inspire librement de l’histoire de Justin Ier, simple paysan des Balkans devenu empereur byzantin au VIe siècle. L’adaptateur londonien conserve le caractère romanesque et merveilleux de l’intrigue — apparition de la Fortune, combat contre un ours, monstre marin, voix sortie d’un tombeau —, qui mêle épopée héroïque, conte et une pointe d’ironie sur la fortune et l’ascension sociale.
Intrigue :
- Acte I : À Constantinople, Anastasio vient d’être couronné empereur et d’épouser l’impératrice Arianna. Le tyran Vitaliano, qui assiège l’empire, exige qu’Arianna lui soit livrée ; elle part elle-même au combat. Dans la campagne, le jeune laboureur Giustino, rêvant de gloire, s’endort et voit en songe la Fortune qui lui promet un grand destin. À son réveil, il sauve d’un ours Leocasta, sœur de l’empereur, qui le conduit à la cour ; Anastasio, séduit par sa bravoure, lui confie un commandement, tandis que l’intrigant Amanzio, qui convoite le trône, se méfie de lui.
- Acte II : Arianna, capturée par Vitaliano, refuse ses avances et est enchaînée sur un rocher pour être livrée à un monstre marin. Giustino, jeté sur le rivage par une tempête, tue le monstre et délivre l’impératrice ; il fait ensuite Vitaliano prisonnier. Mais Amanzio attise la jalousie d’Anastasio en lui faisant remarquer qu’Arianna a offert à son sauveur la ceinture que l’empereur lui avait donnée.
- Acte III : Anastasio, persuadé de l’infidélité d’Arianna, fait arrêter Giustino et le condamne à mort ; le héros s’échappe. Dans une montagne, une voix surgie d’un tombeau révèle que Giustino et Vitaliano sont frères : ce dernier renonce à la rébellion. Profitant du désordre, Amanzio usurpe le trône, mais Giustino le défait et rend la couronne à Anastasio. L’empereur, détrompé, associe Giustino à l’empire et lui donne la main de Leocasta.
Enregistrement :

Nicholas McGegan — 1994
Format : 3 CD (studio).
Label : Harmonia Mundi USA.
Référence : HMU 907130.32.
Année d’enregistrement : 1994, à la suite de la production du festival de Göttingen (publication 1995).
Distribution :
- Giustino : Michael Chance, contre-ténor
- Arianna : Dorothea Röschmann, soprano
- Anastasio : Dawn Kotoski, soprano
- Leocasta : Jennifer Lane, mezzo-soprano
- Amanzio : Drew Minter, contre-ténor
- Vitaliano : Mark Padmore, ténor
- La Fortuna : Juliana Gondek, soprano
- Polidarte : Dean Ely, baryton-basse
Direction : Nicholas McGegan.
Orchestre : Freiburger Barockorchester, Kammerchor Cantamus Halle.
Langue : italien.
Particularité :
Seul enregistrement audio intégral de l’œuvre, réalisé dans le prolongement de la production scénique du festival de Göttingen de 1994. McGegan, alors directeur artistique du festival, en donne une lecture vive et colorée, portée par le jeu brillant du Freiburger Barockorchester. Michael Chance, l’un des contre-ténors les plus raffinés de sa génération, prête à Giustino un timbre élégant ; la jeune Dorothea Röschmann, au début de sa carrière, fait déjà forte impression en Arianna, et Mark Padmore campe un Vitaliano vigoureux. Une version qui a révélé une partition pleine de charme, de merveilleux et de pages orchestrales pittoresques.
Postérité :
Échec relatif en 1737, Giustino tomba dans l’oubli jusqu’à sa résurrection à Abingdon en 1963 ; Londres ne le réentendit qu’en 1983. La célèbre production de Harry Kupfer à la Komische Oper de Berlin (1984), dirigée par Hartmut Haenchen et filmée, puis la production de Göttingen en 1994 et l’enregistrement de McGegan ont fait redécouvrir cette œuvre singulière, où le merveilleux baroque côtoie la comédie et l’ironie. Plus récemment, le Royal Ballet and Opera de Covent Garden l’a remise à l’affiche (2025), sur la scène même de sa création. La partition séduit par sa variété, ses effets orchestraux (cors pour l’ours et la chasse, tempête, monstre marin) et quelques airs remarquables, comme ceux de Giustino rêvant de gloire au premier acte.

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