Format :
- Dramma per musica en trois actes (HWV 36).
- Musique : Georg Friedrich Händel.
- Livret : adaptation anonyme de l’Arminio d’Antonio Salvi (Pratolino, 1703).
- Langue : italien.
Création :
12 janvier 1737, Theatre Royal de Covent Garden, Londres.
Composé en hâte du 15 septembre au 3 octobre 1736, en même temps que Giustino, Arminio naît au plus fort de la rivalité avec l’Opera of the Nobility, qui dispose de Farinelli, Senesino et Cuzzoni. Pour y faire face, Händel a engagé le castrat Domenico Annibali, venu de Dresde, qui crée le rôle-titre aux côtés d’Anna Strada del Pò (Tusnelda), du castrat soprano Gioacchino Conti (Sigismondo), de Francesca Bertolli (Ramise), de Maria Caterina Negri (Tullio), du ténor John Beard (Varo) et de la basse Henry Reinhold (Segeste). Malgré quelques éloges — un auditeur affirma n’avoir jamais été aussi charmé par un duo —, l’accueil est tiède : six représentations seulement, dans une saison qui épuise le compositeur, victime d’une attaque au printemps 1737.
Livret :
Le texte d’Antonio Salvi, écrit pour Giacomo Antonio Perti et la villa médicéenne de Pratolino en 1703, puis repris à Rome par Alessandro Scarlatti, s’inspire des Annales de Tacite : le chef germain Arminius (Hermann), vainqueur des légions de Varus dans la forêt de Teutoburg en l’an 9, face à son beau-père Ségeste, rallié aux Romains. L’adaptateur londonien, anonyme, raccourcit drastiquement les récitatifs — au point de rendre parfois l’intrigue obscure — et déplace certains textes d’un personnage à l’autre. Händel n’en compose pas moins une partition d’une grande densité, où domine le conflit entre fidélité conjugale, amour et devoir filial.
Intrigue :
- Acte I : Vaincu par le général romain Varo, Arminio, prince des Chérusques, regagne le camp germain ; son épouse Tusnelda le presse de fuir pour reprendre le combat (duo « Il fuggir, cara mia vita »). Varo, amoureux de Tusnelda, s’installe au camp avec le tribun Tullio. Segeste, père de Tusnelda, passé du côté romain, fait Arminio prisonnier pour le livrer à Varo ; Tusnelda est déchirée entre son époux et son père. Arminio refuse toute soumission et Segeste ordonne sa mort. Sigismondo, fils de Segeste, est lui aussi partagé entre son père et son amour pour Ramise, sœur d’Arminio, qui l’accuse de trahison.
- Acte II : Tullio pousse Segeste à se débarrasser d’Arminio et à marier Tusnelda à Varo ; ce dernier apporte une lettre de l’empereur Auguste exigeant la mort du chef germain. Arminio, sollicité de pactiser avec Rome, préfère la mort à l’esclavage ; Tusnelda se montre aussi inflexible. Ramise tente de poignarder Segeste, mais Sigismondo s’interpose, puis lui déclare à nouveau son amour. Tusnelda et Ramise veulent délivrer Arminio ; face à Sigismondo qui le garde, elles menacent de se donner la mort sous ses yeux.
- Acte III : Sigismondo cède enfin : il libère Arminio, lui remet son épée et le presse de rejoindre la bataille. Segeste fait arrêter son fils et Ramise, qui se jurent fidélité dans leur prison. Les Germains remportent la victoire et Varo trouve la mort. Arminio, triomphant, épargne Segeste et lui offre la paix ; touché par tant de générosité, celui-ci l’accepte, et les deux couples célèbrent leur bonheur retrouvé.
Enregistrements :

Alan Curtis — 2000
Format : 2 CD (studio).
Label : Virgin Classics (Veritas).
Référence : VCD 5 45461 2.
Année d’enregistrement : juillet 2000, Sienne, à la suite du concert du 26 juillet 2000 en l’église Sant’Agostino (publication 2001).
Distribution :
- Arminio : Vivica Genaux, mezzo-soprano
- Tusnelda : Geraldine McGreevy, soprano
- Sigismondo : Dominique Labelle, soprano
- Ramise : Manuela Custer, mezzo-soprano
- Varo : Luigi Petroni, ténor
- Tullio : Sytse Buwalda, contre-ténor
- Segeste : Riccardo Ristori, basse
Direction : Alan Curtis.
Orchestre : Il Complesso Barocco.
Langue : italien.
Particularité :
Premier enregistrement mondial de l’œuvre, qui n’avait jamais été donnée en Italie avant le concert de Sienne de juillet 2000. Alan Curtis, dans une longue introduction, prend la défense d’un opéra longtemps jugé sans intérêt, soulignant l’originalité de ses formes et la justesse psychologique de ses airs. Vivica Genaux, mezzo à la virtuosité fulgurante, fait d’Arminio un héros d’une grande intensité ; Dominique Labelle, Sigismondo lumineux, et Geraldine McGreevy, Tusnelda sensible, complètent une distribution homogène. Le coffret, avec un texte de la romancière Donna Leon sur le livret, a révélé une partition méconnue.

George Petrou — 2016
Format : 2 CD (studio).
Label : Decca (Parnassus Arts Productions).
Référence : 478 4699.
Année d’enregistrement : 7-18 septembre 2015, Megaron, salle de concert d’Athènes (publication 2016).
Distribution :
- Arminio : Max Emanuel Cencic, contre-ténor
- Tusnelda : Layla Claire, soprano
- Ramise : Ruxandra Donose, mezzo-soprano
- Sigismondo : Vince Yi, contre-ténor (sopraniste)
- Varo : Juan Sancho, ténor
- Tullio : Xavier Sabata, contre-ténor
- Segeste : Petros Magoulas, basse
Direction : George Petrou.
Orchestre : Armonia Atenea (sur instruments d’époque).
Langue : italien.
Particularité :
Enregistré à Athènes en vue de la production scénique du festival Händel de Karlsruhe (2016), mise en scène par Max Emanuel Cencic lui-même, cet enregistrement, d’après l’édition de la Hallische Händel-Ausgabe, restitue les rôles de castrats à des voix d’hommes. Cencic prête à Arminio un timbre sombre et une autorité dramatique remarquables ; le sopraniste Vince Yi aborde avec éclat l’écriture aiguë de Sigismondo, créée par Gizziello. George Petrou dirige avec énergie et sens des contrastes son ensemble grec, dans une lecture théâtrale et vivante.

Laurence Cummings — 2018
Format : 2 CD (live).
Label : Accent (coproduction NDR Kultur).
Référence : ACC 26409.
Année d’enregistrement : 12 mai 2018, Deutsches Theater, Göttingen (Internationale Händel-Festspiele Göttingen).
Distribution :
- Arminio : Christopher Lowrey, contre-ténor
- Tusnelda : Anna Devin, soprano
- Sigismondo : Sophie Junker, soprano
- Ramise : Helena Rasker, contralto
- Varo : Paul Hopwood, ténor
- Tullio : Owen Willetts, contre-ténor
- Segeste : Cody Quattlebaum, baryton-basse
Direction : Laurence Cummings.
Orchestre : FestspielOrchester Göttingen.
Langue : italien.
Particularité :
Captation de la production du festival de Göttingen mise en scène par Eric Sidler, d’après l’édition de la Hallische Händel-Ausgabe. Laurence Cummings, directeur artistique du festival, en donne une lecture vive et théâtrale, portée par l’énergie du direct. Christopher Lowrey campe un Arminio noble et virtuose, Anna Devin une Tusnelda touchante, et Sophie Junker relève avec brio le rôle aigu de Sigismondo ; Cody Quattlebaum fait de Segeste un père tourmenté. Une troisième version qui confirme la réhabilitation de l’ouvrage.
Postérité :
Retiré après six représentations, Arminio ne fut jamais repris du vivant de Händel, même si quelques airs, comme le brillant « Quella fiamma » de Sigismondo, circulèrent au concert. Charles Burney y voyait des « belles choses qui frappent l’œil et révèlent le grand maître », tandis que la critique du XIXe et du XXe siècle l’a longtemps jugé mineur. Il ne réapparaît en Angleterre qu’en 1972, et en Italie qu’en 2000 avec Alan Curtis. Depuis, les productions de Karlsruhe (2016) et de Göttingen (2018) et trois enregistrements ont révélé la qualité d’une partition dense et inventive, du duo initial au chœur final en sol mineur, qui témoigne de l’énergie créatrice de Händel au moment même où son entreprise lyrique touchait à sa fin.

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