Note personnelle : ,

Händel, Georg Friedrich — Faramondo (1738)

Format :

  • Dramma per musica en trois actes (HWV 39).
  • Musique : Georg Friedrich Händel.
  • Livret : adaptation anonyme du Faramondo d’Apostolo Zeno (Venise, 1698), d’après la version mise en musique par Francesco Gasparini (Rome, 1720).
  • Langue : italien.

Création :

3 janvier 1738, King’s Theatre de Haymarket, Londres.
Premier opéra composé par Händel après l’attaque qui l’avait frappé au printemps 1737 et sa cure à Aix-la-Chapelle, Faramondo est écrit entre novembre et décembre 1737 — la composition est interrompue par la mort de la reine Caroline, pour laquelle Händel compose un grand anthem funèbre. Il est destiné à la nouvelle entreprise de John Jacob Heidegger au King’s Theatre, après la faillite des deux compagnies rivales. La distribution réunit le célèbre castrat Gaetano Majorano dit « Caffarelli » (Faramondo), Élisabeth Duparc dite « la Francesina » (Clotilde), la basse Antonio Montagnana (Gustavo), Maria Antonia Marchesini (Rosimonda), Margherita Chimenti (Adolfo), Antonia Merighi (Gernando), Antonio Lottini (Teobaldo) et le jeune William Savage (Childerico). L’accueil est correct mais sans éclat : huit représentations.

Livret :

Le texte d’Apostolo Zeno (1668-1750), l’un des grands réformateurs du livret d’opera seria avant Métastase, avait été créé à Venise en 1698 puis repris par de nombreux compositeurs ; Händel s’appuie sur la version abrégée mise en musique par Francesco Gasparini à Rome en 1720, dont il avait étudié la partition. L’intrigue, située dans une Germanie légendaire, met en scène Pharamond, roi mythique des Francs saliens, et le roi des Cimbres Gustavo, liés par un cycle de vengeance que dénoue la révélation d’une substitution d’enfants. Les récitatifs sont extrêmement resserrés et l’action d’une grande densité, au service d’un idéal de magnanimité et de sacrifice.

Intrigue :

  • Acte I : Faramondo, roi des Francs, a tué au combat Sveno, supposé fils de Gustavo, roi des Cimbres. Gustavo jure une vengeance éternelle : quiconque tuera Faramondo obtiendra son trône et la main de sa fille Rosimonda. Il condamne d’abord à mort Clotilde, sœur de Faramondo, puis la fait libérer ; celle-ci demande à Adolfo, fils de Gustavo, qui l’aime, de sauver son frère. Les troupes de Faramondo prennent le palais ; Rosimonda le supplie de la tuer, mais, séduit, il décide de conquérir son cœur, ce qui lui vaut l’hostilité de son allié Gernando, roi des Suèves, lui aussi épris de la princesse. Gustavo courtise Clotilde, qui le repousse. Au combat, Adolfo empêche son père de frapper Faramondo ; vainqueur, celui-ci rend la liberté au roi et à ses enfants, mais Gustavo refuse la paix.
  • Acte II : Gernando offre à Gustavo la tête de Faramondo en échange de la main de Rosimonda, qui le méprise. Faramondo traverse les lignes ennemies pour revoir Rosimonda ; encore liée par son serment de vengeance, elle le fait arrêter, tout en empêchant Teobaldo, général de Gustavo, de le tuer. Adolfo, qui refuse d’exécuter l’ennemi, est jeté aux fers par son père. Gustavo promet d’épargner Faramondo si Clotilde l’épouse ; horrifiée, elle refuse. Le jeune Childerico, gardien de Faramondo, apprend de Teobaldo un secret sur l’identité de Sveno ; Rosimonda avoue enfin son amour à Faramondo et l’aide à s’enfuir.
  • Acte III : Gustavo, furieux, condamne Clotilde et Adolfo à mort. Gernando projette d’enlever Rosimonda, et Teobaldo de livrer Gustavo. Faramondo, sommé de se rendre pour sauver les siens, vole au secours de Gustavo assailli par les Suèves, sous une armure qui le rend méconnaissable ; le roi embrasse le chevalier inconnu, qui se découvre. Faramondo offre sa vie en échange du bonheur de Clotilde et d’Adolfo ; au moment où Gustavo lève l’épée, Childerico l’arrête : Teobaldo avoue avoir échangé les enfants — Sveno était son propre fils, et Childerico l’héritier légitime de Gustavo. Libéré de son serment, Gustavo se réconcilie avec Faramondo, et tous célèbrent le triomphe de la vertu sur la haine.

Enregistrements :

Rudolph Palmer — 1996

Format : 3 CD (studio).
Label : Vox Classics.
Référence : VOX3 7536.
Année d’enregistrement : 1996 (publication 1997).
Distribution :

  • Faramondo : D’Anna Fortunato, mezzo-soprano
  • Clotilde : Julianne Baird, soprano
  • Rosimonda : Jennifer Lane, mezzo-soprano
  • Gernando : Drew Minter, contre-ténor
  • Adolfo : Mary Ellen Callahan, soprano
  • Gustavo : Peter Castaldi, baryton-basse
  • Childerico : Lorie Gratis, soprano
  • Teobaldo : Mark Singer, basse

Direction : Rudolph Palmer.
Orchestre : Brewer Chamber Orchestra (clavecin : Edward Brewer).
Langue : italien.

Particularité :

Premier enregistrement mondial de l’œuvre, réalisé par la même équipe américaine que la Berenice de Newport Classic : Rudolph Palmer à la direction et les fidèles Julianne Baird, D’Anna Fortunato, Jennifer Lane et Drew Minter. Le rôle-titre, écrit pour Caffarelli, est confié à la mezzo D’Anna Fortunato. Une lecture honnête et soignée, qui a eu le mérite de révéler une partition alors totalement inconnue, avant d’être surpassée par les versions ultérieures.

Diego Fasolis — 2008

Format : 3 CD (studio).
Label : Virgin Classics (réédition Erato).
Référence : 50999 2 16611 2 9.
Année d’enregistrement : 19-24 octobre 2008, Auditorio Stelio Molo (RSI), Lugano (publication 2009).
Distribution :

  • Faramondo : Max Emanuel Cencic, contre-ténor
  • Clotilde : Sophie Karthäuser, soprano
  • Rosimonda : Marina De Liso, mezzo-soprano
  • Adolfo : Philippe Jaroussky, contre-ténor
  • Gernando : Xavier Sabata, contre-ténor
  • Gustavo : In-Sung Sim, basse
  • Teobaldo : Fulvio Bettini, baryton
  • Childerico : Terry Wey, contre-ténor

Direction : Diego Fasolis.
Orchestre : I Barocchisti, Coro della Radiotelevisione Svizzera.
Langue : italien.

Particularité :

Enregistrement réunissant quatre contre-ténors, dont trois dans les rôles de castrats et de travestis. Max Emanuel Cencic, qui porta le projet, livre en Faramondo l’une de ses plus belles incarnations, d’une ampleur de mezzo et d’une beauté de timbre bouleversante ; Philippe Jaroussky, Adolfo à la virtuosité étincelante, et le jeune Terry Wey, Childerico plein de grâce naturelle, l’entourent, aux côtés de Sophie Karthäuser, Clotilde lumineuse. Diego Fasolis, attentif à chaque nuance, choisit des tempos toujours justes et dirige I Barocchisti avec énergie : une version de référence.

Laurence Cummings — 2014

Format : 3 CD (live).
Label : Accent (coproduction NDR Kultur).
Référence : ACC 26402.
Année d’enregistrement : 2 juin 2014, Deutsches Theater, Göttingen (Internationale Händel-Festspiele Göttingen).
Distribution :

  • Faramondo : Emily Fons, mezzo-soprano
  • Clotilde : Anna Devin, soprano
  • Rosimonda : Anna Starushkevych, mezzo-soprano
  • Gustavo : Njål Sparbo, basse
  • Adolfo : Maarten Engeltjes, contre-ténor
  • Gernando : Christopher Lowrey, contre-ténor
  • Teobaldo : Edward Grint, baryton
  • Childerico : Iryna Dziashko, soprano

Direction : Laurence Cummings.
Orchestre : FestspielOrchester Göttingen.
Langue : italien.

Particularité :

Captation de la production du festival de Göttingen mise en scène par Paul Curran (décors et costumes de Gary McCann), qui transpose l’action dans un univers contemporain de milices et de règlements de comptes. Dirigée par Laurence Cummings, directeur artistique du festival, cette version restitue toute la tension dramatique d’une partition resserrée. La mezzo américaine Emily Fons prête à Faramondo un timbre chaleureux et une belle présence, entourée d’Anna Devin, Clotilde touchante, d’Anna Starushkevych et du contre-ténor Christopher Lowrey ; Njål Sparbo campe un Gustavo imposant.

Postérité :

Oublié après ses huit représentations de 1738, Faramondo ne connut sa première exécution moderne qu’en 1976. Stefan Zweig, dans ses Grandes Heures de l’humanité, a pourtant immortalisé cette période en racontant la « résurrection » de Händel après son attaque, et c’est précisément Faramondo, premier opéra écrit par sa main retrouvée, qu’il évoque. La redécouverte récente — Palmer, Fasolis, la production de Göttingen en 2014 — a mis en lumière une partition dense et énergique, riche en airs brillants et en ensembles, qui témoigne de la vitalité intacte du compositeur au seuil de ses dernières années lyriques, avant Serse et le tournant définitif vers l’oratorio.

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