Format :
- Dramma per musica en trois actes (HWV 34).
- Musique : Georg Friedrich Händel.
- Livret : adaptation anonyme de L’isola di Alcina d’Antonio Fanzaglia (Rome, 1728, musique de Riccardo Broschi), d’après les chants VI et VII de l’Orlando furioso de l’Arioste.
- Langue : italien.
Création :
16 avril 1735, Theatre Royal de Covent Garden, Londres.
Composée quelques mois après Ariodante, pour la même saison de Covent Garden et la même troupe, Alcina bénéficie elle aussi de la présence de la danseuse Marie Sallé et de sa compagnie, pour lesquelles Händel écrit de grands divertissements chorégraphiques. La distribution réunit le castrat Giovanni Carestini (Ruggiero), Anna Strada del Pò (Alcina), Cecilia Young (Morgana), Maria Caterina Negri (Bradamante), le ténor John Beard (Oronte), la basse Gustavus Waltz (Melisso) et le jeune soprano William Savage (Oberto). C’est un triomphe : dix-huit représentations dans la saison, le dernier grand succès lyrique de Händel, qui reprend l’ouvrage en 1736 et 1737.
Livret :
Le texte provient de L’isola di Alcina, livret d’Antonio Fanzaglia mis en musique par Riccardo Broschi, frère du castrat Farinelli, à Rome en 1728 ; Händel s’en était vraisemblablement procuré une copie lors de son voyage en Italie en 1729. L’adaptateur londonien, anonyme, s’inspire de l’épisode de l’Orlando furioso où le paladin Ruggiero, prisonnier des enchantements de la magicienne Alcina sur son île, est délivré par sa fiancée Bradamante. Händel avait déjà traité le sujet de la magicienne amoureuse avec Rinaldo et Orlando ; il fait ici d’Alcina, souveraine toute-puissante dont le pouvoir s’effondre à mesure qu’elle aime vraiment, l’un de ses personnages les plus bouleversants.
Intrigue :
- Acte I : Bradamante, déguisée en homme sous le nom de son frère Ricciardo et accompagnée de son précepteur Melisso, aborde l’île enchantée de la magicienne Alcina pour y délivrer son fiancé Ruggiero, envoûté par la sorcière qui transforme ses amants délaissés en rochers, arbres ou bêtes sauvages. La sœur d’Alcina, Morgana, s’éprend aussitôt du faux Ricciardo, au grand dépit de son amant Oronte, général d’Alcina. Le jeune Oberto cherche son père Astolfo, disparu sur l’île. Ruggiero, ensorcelé, ne reconnaît pas Bradamante et proclame son amour pour Alcina ; Oronte, jaloux, lui fait croire qu’Alcina s’est éprise de Ricciardo.
- Acte II : Melisso, sous les traits d’Atlante, le précepteur de Ruggiero, lui passe l’anneau magique qui dissipe les illusions : Ruggiero voit l’île telle qu’elle est, un désert peuplé de victimes métamorphosées, et reconnaît Bradamante, sans oser encore s’en ouvrir. Il feint auprès d’Alcina de vouloir partir à la chasse (« Verdi prati »). Alcina, qui aime sincèrement Ruggiero, pressent sa trahison ; Oronte lui révèle sa fuite imminente. Abandonnée, elle invoque en vain les esprits infernaux, qui ne lui obéissent plus (« Ah ! mio cor », « Ombre pallide »).
- Acte III : Morgana, détrompée, revient à Oronte. Alcina supplie Ruggiero de rester, puis le menace ; il la brave avec Bradamante (« Sta nell’Ircana »). Oberto refuse de tuer le lion qu’Alcina lui présente — c’est son père métamorphosé. Ruggiero brise l’urne qui renferme le pouvoir de la magicienne : l’île s’effondre, les victimes retrouvent forme humaine, Astolfo est rendu à son fils, et Alcina et Morgana disparaissent, tandis que tous célèbrent la délivrance.
Enregistrements :

Ferdinand Leitner — 1959
Format : 2 CD (live, radio, mono).
Label : Deutsche Grammophon (WDR – The Cologne Broadcasts).
Référence : 477 8017.
Année d’enregistrement : 1959, Cologne, captation du Westdeutscher Rundfunk (publication officielle 2009).
Distribution :
- Alcina : Joan Sutherland, soprano
- Ruggiero : Fritz Wunderlich, ténor
- Bradamante : Norma Procter, contralto
- Morgana : Jeannette van Dijck, soprano
- Oronte : Nicola Monti, ténor
- Melisso : Thomas Hemsley, baryton
Direction : Ferdinand Leitner.
Orchestre : Cappella Coloniensis, Kölner Rundfunkchor (chef de chœur : Bernhard Zimmermann).
Langue : italien.
Particularité :
Captation historique d’une représentation donnée à Cologne par la WDR, où Joan Sutherland et Fritz Wunderlich, alors deux jeunes chanteurs prometteurs, avaient été appelés au dernier moment en remplacement : ce fut la seule fois qu’ils chantèrent ensemble. Sutherland, qui venait de triompher dans le rôle à Londres en 1957, y révèle déjà la virtuosité et l’éclat qui feront sa gloire ; Wunderlich chante Ruggiero transposé pour ténor, selon l’usage de l’époque. La Cappella Coloniensis, l’un des tout premiers orchestres sur instruments anciens, est dirigée par Leitner : un document exceptionnel, publié officiellement pour la première fois par Deutsche Grammophon.

Nicola Rescigno — 1960
Format : 2 CD (live).
Label : Bella Voce (licence Intermusic).
Référence : BLV 107.220.
Année d’enregistrement : 19 février 1960, Gran Teatro La Fenice, Venise.
Distribution :
- Alcina : Joan Sutherland, soprano
- Ruggiero : Monica Sinclair, contralto
- Bradamante : Oralia Domínguez, mezzo-soprano
- Morgana : Cecilia Fusco, soprano
- Oronte : Nicola Monti, ténor
- Melisso : Plinio Clabassi, basse
Direction : Nicola Rescigno.
Orchestre : Orchestra e Coro del Teatro La Fenice.
Langue : italien.
Particularité :
Témoignage de la célèbre production vénitienne de Franco Zeffirelli, qui valut à Joan Sutherland le surnom de « La Stupenda » décerné par le public de La Fenice. La soprano australienne, au sommet de sa fraîcheur vocale, y déploie une virtuosité ébouriffante et des ornements spectaculaires, dans l’esthétique belcantiste de l’époque. Monica Sinclair et Oralia Domínguez l’entourent solidement. Le son, issu d’une captation d’époque, est limité, et la partition largement coupée, mais l’engagement du plateau reste saisissant. Le coffret propose en bonus « Let the bright Seraphim » extrait de Samson.

Richard Bonynge — 1962
Format : 3 LP, réédité en 3 CD (avec des extraits de Giulio Cesare).
Label : Decca.
Référence : 433 723-2 (CD).
Année d’enregistrement : 1962, Londres (studio).
Distribution :
- Alcina : Joan Sutherland, soprano
- Ruggiero : Teresa Berganza, mezzo-soprano
- Bradamante : Monica Sinclair, contralto
- Oronte : Luigi Alva, ténor
- Morgana : Graziella Sciutti, soprano
- Oberto : Mirella Freni, soprano
- Melisso : Ezio Flagello, basse
Direction : Richard Bonynge.
Orchestre : London Symphony Orchestra.
Langue : italien.
Particularité :
Premier enregistrement de studio de l’opéra et longtemps sa version de référence. Joan Sutherland, dirigée par son époux Richard Bonynge, y réunit une distribution de luxe : Teresa Berganza, Ruggiero au timbre chaleureux et à l’agilité exemplaire, les jeunes Mirella Freni et Graziella Sciutti, et Luigi Alva. Sutherland fait d’Alcina un personnage d’une émotion bouleversante dans « Ah ! mio cor ». L’orchestre moderne, les coupures et les ornementations abondantes marquent la lecture de leur époque, mais la splendeur vocale de l’ensemble en fait un classique de la discographie.

Richard Hickox — 1985
Format : 3 CD (studio).
Label : EMI.
Référence : CDS 7 49771 2.
Année d’enregistrement : 1985, Londres, après la production de l’Opera Stage (℗ 1986, publication 1988).
Distribution :
- Alcina : Arleen Augér, soprano
- Morgana : Eiddwen Harrhy, soprano
- Ruggiero : Della Jones, mezzo-soprano
- Bradamante : Kathleen Kuhlmann, contralto
- Oberto : Patrizia Kwella, soprano
- Oronte : Maldwyn Davies, ténor
- Melisso : John Tomlinson, basse
Direction : Richard Hickox.
Orchestre : City of London Baroque Sinfonia (premier violon : Simon Standage), Opera Stage Chorus.
Langue : italien.
Particularité :
Premier enregistrement intégral sur instruments d’époque, issu d’une production scénique londonienne (« The Opera Stage »). Arleen Augér, à la ligne d’une pureté exceptionnelle, fait d’Alcina une magicienne vulnérable et touchante, face au Ruggiero ardent de Della Jones et à la Bradamante au grave généreux de Kathleen Kuhlmann ; John Tomlinson prête à Melisso sa basse imposante. Hickox dirige avec style et vivacité une lecture intégrale qui a marqué le tournant de la discographie vers l’interprétation historiquement informée.

William Christie — 1999
Format : 3 CD (live).
Label : Erato.
Référence : 8573-80233-2.
Année d’enregistrement : juin 1999, Palais Garnier, Opéra national de Paris.
Distribution :
- Alcina : Renée Fleming, soprano
- Ruggiero : Susan Graham, mezzo-soprano
- Morgana : Natalie Dessay, soprano
- Bradamante : Kathleen Kuhlmann, contralto
- Oronte : Timothy Robinson, ténor
- Melisso : Laurent Naouri, basse
- Oberto : Juanita Lascarro, soprano
Direction : William Christie.
Orchestre : Les Arts Florissants.
Langue : italien.
Particularité :
Captation de la production de Robert Carsen au Palais Garnier, l’un des grands événements händéliens de la fin du XXe siècle. Christie réunit trois stars du chant : Renée Fleming, Alcina sensuelle et pathétique au timbre somptueux, parfois critiquée pour un style jugé trop romantique, Susan Graham, Ruggiero d’une noblesse et d’une ardeur superbes, et Natalie Dessay, Morgana pétillante et virtuose. Kathleen Kuhlmann reprend Bradamante, qu’elle chantait déjà chez Hickox. Les Arts Florissants apportent raffinement et sens théâtral à une version devenue une référence.

Ivor Bolton — 2005
Format : 3 SACD (live).
Label : Farao Classics.
Référence : S 108080.
Année d’enregistrement : juillet 2005, Prinzregententheater, Munich (Münchner Opernfestspiele) (publication 2007).
Distribution :
- Alcina : Anja Harteros, soprano
- Ruggiero : Vesselina Kasarova, mezzo-soprano
- Morgana : Veronica Cangemi, soprano
- Oronte : John Mark Ainsley, ténor
- Bradamante : Sonia Prina, contralto
- Oberto : Deborah York, soprano
- Melisso : Christopher Purves, basse
Direction : Ivor Bolton.
Orchestre : Bayerisches Staatsorchester.
Langue : italien.
Particularité :
Captation du festival d’opéra de Munich, dans la mise en scène de Christof Loy, jalon du cycle Händel de l’Opéra d’État de Bavière. Ivor Bolton dirige, depuis le clavecin, un orchestre moderne gagné au style baroque (édition de Clifford Bartlett). Anja Harteros impose une Alcina d’une grande intensité dramatique, face au Ruggiero passionné et très personnel de Vesselina Kasarova ; Veronica Cangemi, Sonia Prina et John Mark Ainsley complètent une distribution de premier ordre.

Alan Curtis — 2007
Format : 3 CD (studio).
Label : Deutsche Grammophon (Archiv Produktion).
Référence : 477 7374.
Année d’enregistrement : septembre 2007, Chiesa di Sant’Agostino (Italie) (publication 2009).
Distribution :
- Alcina : Joyce DiDonato, mezzo-soprano
- Ruggiero : Maite Beaumont, mezzo-soprano
- Morgana : Karina Gauvin, soprano
- Bradamante : Sonia Prina, contralto
- Oronte : Kobie van Rensburg, ténor
- Oberto : Laura Cherici, soprano
- Melisso : Vito Priante, basse
Direction : Alan Curtis.
Orchestre : Il Complesso Barocco.
Langue : italien.
Particularité :
Version intégrale confiant le rôle-titre à une mezzo-soprano, Joyce DiDonato, qui en fait une Alcina de feu, à la virtuosité flamboyante, au récitatif d’un naturel parfait et d’une humanité bouleversante. Karina Gauvin est une Morgana lumineuse, Maite Beaumont un Ruggiero sensible et Sonia Prina une Bradamante aux graves profonds. La critique a salué une lecture « polie et passionnée », à l’ornementation des da capo inégalée, qui s’impose parmi les meilleures versions de l’œuvre.
Marc Minkowski — 2010
Format : Blu-ray / DVD (vidéo, live).
Label : Arthaus Musik (Monarda Arts).
Référence : 108 028 (Blu-ray).
Année d’enregistrement : novembre 2010, Wiener Staatsoper (publication 2011).
Distribution :
- Alcina : Anja Harteros, soprano
- Ruggiero : Vesselina Kasarova, mezzo-soprano
- Morgana : Veronica Cangemi, soprano
- Bradamante : Kristina Hammarström, mezzo-soprano
- Oberto : Alois Mühlbacher, soprano garçon (Sängerknaben de Saint-Florian)
- Oronte : Benjamin Bruns, ténor
- Melisso : Adam Plachetka, baryton-basse
Direction : Marc Minkowski.
Orchestre : Les Musiciens du Louvre – Grenoble, Wiener Staatsballett.
Langue : italien.
Particularité :
Captation de la production d’Adrian Noble (décors et costumes d’Anthony Ward) qui marqua, sous la direction de Dominique Meyer, l’entrée de l’opéra baroque à l’Opéra d’État de Vienne. Le spectacle, élégant et plein d’humour, transpose l’action dans un salon aristocratique du XVIIIe siècle où l’on joue Alcina. Anja Harteros et Vesselina Kasarova retrouvent les rôles chantés à Munich, entourées de Veronica Cangemi et de Kristina Hammarström ; Minkowski dirige avec fougue ses Musiciens du Louvre. Une soirée saluée par des ovations et par la critique internationale.
Andrea Marcon — 2015
Format : Blu-ray / DVD (vidéo, live).
Label : Erato.
Référence : 9029597435 (Blu-ray) ; 9029597436 (DVD).
Année d’enregistrement : juillet 2015, Théâtre de l’Archevêché, Festival d’Aix-en-Provence.
Distribution :
- Alcina : Patricia Petibon, soprano
- Ruggiero : Philippe Jaroussky, contre-ténor
- Morgana : Anna Prohaska, soprano
- Bradamante : Katarina Bradić, mezzo-soprano
- Oronte : Anthony Gregory, ténor
- Melisso : Krzysztof Bączyk, basse
- Oberto : Elias Mädler, soprano garçon
Direction : Andrea Marcon.
Orchestre : Freiburger Barockorchester, MusicAeterna (chœur).
Langue : italien.
Particularité :
Captation de la mise en scène de Katie Mitchell au festival d’Aix, dans un décor à deux niveaux de Chloe Lamford : une chambre luxueuse flanquée de laboratoires où les deux sœurs, doublées par des actrices plus âgées, révèlent leur vrai visage. Une lecture féministe et troublante sur le désir et le vieillissement. Patricia Petibon livre une Alcina d’une maîtrise et d’une intensité saisissantes ; Philippe Jaroussky est un Ruggiero délicat, sublime dans « Verdi prati », Anna Prohaska une Morgana raffinée. Marcon dirige le Freiburger Barockorchester avec intelligence et raffinement des couleurs.
Marc Minkowski — 2024
Format : 3 CD (studio).
Label : Pentatone.
Référence : PTC 5187084.
Année d’enregistrement : enregistré à la suite de la tournée de concerts de février 2023 (publication février 2024).
Distribution :
- Alcina : Magdalena Kožená, mezzo-soprano
- Morgana : Erin Morley, soprano
- Ruggiero : Anna Bonitatibus, mezzo-soprano
- Bradamante : Elizabeth DeShong, mezzo-soprano
- Oberto : Alois Mühlbacher, soprano (voix d’homme)
- Oronte : Valerio Contaldo, ténor
- Melisso : Alex Rosen, basse
Direction : Marc Minkowski.
Orchestre : Les Musiciens du Louvre.
Langue : italien.
Particularité :
Treize ans après Vienne, Minkowski revient à Alcina au disque, après une tournée européenne (Paris, Bordeaux…). Magdalena Kožená, au sommet de son art de tragédienne, trace l’itinéraire d’Alcina de la toute-puissance au désespoir ; Anna Bonitatibus apporte à Ruggiero un italien naturel et une lumière douce, Erin Morley une Morgana au soprano diamantin et à l’ornementation toujours dramatique, et Elizabeth DeShong une Bradamante d’une agilité impressionnante. Alois Mühlbacher, Oberto enfant à Vienne en 2010, reprend le rôle devenu adulte. Minkowski imprime un élan constant aux récitatifs et anime l’île enchantée d’effets scintillants : une version proche de la référence.
Postérité :
Dernier grand triomphe lyrique de Händel, Alcina disparut pourtant de la scène après 1738, jusqu’à sa résurrection à Leipzig en 1928. Mais c’est la production de la Handel Opera Society à Londres en 1957, avec Joan Sutherland, puis la mise en scène de Franco Zeffirelli à Venise (1960), qui en firent l’un des opéras de Händel les plus populaires. Depuis, l’œuvre est un pilier du répertoire baroque, servie par les plus grands metteurs en scène (Robert Carsen, Christof Loy, Jossi Wieler, Adrian Noble, Katie Mitchell) et les plus grandes voix. Sa magicienne, figure tragique d’une puissance qui s’effondre face à l’amour vrai, et ses airs célèbres — « Verdi prati », « Tornami a vagheggiar », « Ah ! mio cor », « Ombre pallide », « Sta nell’Ircana » — en font l’un des sommets absolus de l’opera seria.

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