Format :
- Idylle polynésienne en 3 actes.
- Musique : Reynaldo Hahn
- Livret : Georges Hartmann et André Alexandre, d’après Le Mariage de Loti de Pierre Loti
- Langue : français
Création :
23 mars 1898, Paris, Opéra-Comique (alors installé, en attendant la reconstruction de la salle Favart détruite par l’incendie de 1887, dans l’ancienne salle du Théâtre-Lyrique).
Hahn n’a pas vingt ans lorsqu’il entreprend l’ouvrage comme « devoir de vacances » pour son maître Jules Massenet au Conservatoire : l’acte I est composé à l’été 1891 (Münster, Aix-la-Chapelle, Hambourg), l’acte II l’été suivant en Normandie, l’acte III à Saint-Germain-en-Laye en 1893 ; la réduction pour piano, achevée à Londres en septembre 1893, est révisée en 1894, année où s’achève l’orchestration. Présentée à Léon Carvalho, directeur de l’Opéra-Comique, qui la refuse malgré le soutien de Massenet, la partition est publiée chez Heugel en 1897. Ce n’est qu’après la mort de Carvalho, le 27 décembre 1897, et l’arrivée d’Albert Carré à la tête de l’Opéra-Comique le 13 janvier 1898, que l’ouvrage est monté, en lever de rideau du Roi l’a dit de Léo Delibes. La création, dirigée par André Messager, réunit Julia Guiraudon (Mahénu), Edmond Clément (Loti), Jeanne Marié de l’Isle (Téria) et Hippolyte Belhomme, dans des décors d’Amable.
Livret :
Georges Hartmann (1843-1900), éditeur de musique et librettiste (déjà collaborateur d’Hérodiade et de Werther de Massenet), et André Alexandre (1860-1928) adaptent Le Mariage de Loti (1880), second roman de Pierre Loti — pseudonyme de l’officier de marine Julien Viaud —, lui-même inspiré de l’idylle tahitienne vécue par le frère de l’écrivain. Les librettistes rebaptisent les personnages (Rarahu devient Mahénu, l’officier anglais Harry Grant devient le Français Georges de Kerven) et resserrent la matière touffue du roman en trois tableaux organisés autour de la liaison de Kerven, dit « Loti », et de la jeune Tahitienne.
Intrigue :
- Acte I : au pied de la cascade de Faatüa, dans l’île du rêve, l’officier français Georges de Kerven, accompagné de la princesse Oréna, rencontre Mahénu et ses compagnes venues se baigner. Kerven est baptisé selon la coutume de l’île et reçoit le nom de « Loti » ; le vieux marchand chinois Tsen-Lee, épris de Mahénu, est chassé en riant par les jeunes filles. À la nuit tombée, cédant au charme du lieu, Loti s’unit à Mahénu.
- Acte II : dans la case de Mahénu, son père lit la Bible et bénit gravement l’union devant un Tsen-Lee dépité. Loti apprend que Téria, jeune veuve de son frère mort un an plus tôt, a sombré dans la folie de chagrin ; cette détresse n’entame cependant pas le bonheur des jeunes amants, qui reçoivent la bénédiction du père de Mahénu.
- Acte III : lors d’une fête chez la princesse Oréna, Mahénu découvre par hasard l’annonce du départ prochain de Loti et pousse un cri de douleur. Le lieutenant, pris de court, lui promet aussitôt de l’emmener en France, mais Oréna fait comprendre à l’enfant de l’île l’impossibilité d’un tel voyage. Loti s’éloigne sans adieu, laissant Mahénu, rejointe par Téria, à un destin désormais brisé.
Enregistrement(s) :

Hervé Niquet — 2020
Format : 1 CD (livre-disque)
Label : Palazzetto Bru Zane, en partenariat avec les Éditions Alphonse Leduc
Référence : BZ 1042 (collection « Opéra français / French opera » n° 26)
Année d’enregistrement : 24 et 26 janvier 2020, Prinzregententheater, Munich.
Distribution :
- Mahénu : Hélène Guilmette, soprano
- Georges de Kerven, dit Loti : Cyrille Dubois, ténor
- Oréna : Anaïk Morel, mezzo-soprano
- Tsen-Lee / 1er Officier : Artavazd Sargsyan, ténor
- Téria / Faïmana : Ludivine Gombert, soprano
- Taïrapa / Henri / 2e Officier : Thomas Dolié, baryton
Chœur : Chœur du Concert Spirituel
Direction : Hervé Niquet
Orchestre : Münchner Rundfunkorchester
Langue : français
Particularité :
Premier enregistrement mondial de cet ouvrage de jeunesse, réalisé grâce à un partenariat éditorial entre le Palazzetto Bru Zane et les Éditions Alphonse Leduc, qui a permis d’établir un matériel d’orchestre neuf sur une partition soigneusement révisée, restituant plusieurs mesures coupées au cours du XXe siècle. Vingt-sixième volume de la collection « Opéra français » du Palazzetto Bru Zane.
Postérité :
Accueillie fraîchement par une critique parisienne prompte à railler la jeunesse, l’origine étrangère et jusqu’à l’homosexualité de son auteur — Gaston Salvayre allant, dans Le Gaulois, jusqu’à le qualifier de « jeune amateur de musique vénézuélien » —, L’Île du rêve ne dépasse pas neuf représentations à l’Opéra-Comique en 1898 avant de tomber dans l’oubli. Elle n’est reprise que de façon sporadique : exécution privée du premier acte chez Madeleine Lemaire en 1900, à Toulon en 1903, à Cannes en 1942 sous la direction de Hahn lui-même, alors réfugié en zone libre, puis à Papeete en 2000 et à Rochefort — ville natale de Pierre Loti — en 2016, dans une mise en scène ensuite reprise à Paris au théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet. La genèse de l’œuvre, contemporaine de la rencontre de Hahn avec Marcel Proust en mai 1894, confère aujourd’hui à cette « île déserte » du répertoire lyrique français un intérêt biographique autant que musical.

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