Format :
- Tragedia per musica (opera seria) en trois actes.
- Musique : Carl Heinrich Graun.
- Livret : scénario de Frédéric II de Prusse, versifié en italien par Giampietro Tagliazucchi.
- Langue : italien.
Création :
6 janvier 1755, Königliches Opernhaus de Berlin.
L’argument est l’œuvre de Frédéric II lui-même, qui en rédigea le scénario en prose française, puisant à la tragédie Alzire, ou les Américains de Voltaire (1736) et aux récits historiques de la conquête espagnole, notamment ceux de Francisco López de Gómara. Giampietro Tagliazucchi le mit en vers italiens pour Graun. La création réunit le castrat Giovanni Cinzio Tedeschi, dit Amadori (Montezuma), et le castrat Antonio Hubert, dit Porporino (Fernando Cortés) ; l’ouvrage connut treize représentations à sa création.
Livret :
Sous l’apparence d’un sujet exotique, Frédéric II y développe une critique du fanatisme religieux et de l’intolérance catholique espagnole, tout en présentant Montezuma comme une figure de tolérance et de libéralité proche des idéaux des Lumières — une œuvre à visée philosophique autant que spectaculaire, considérée aujourd’hui comme un jalon de l’opera seria « pré-gluckiste » par sa variété dramatique et sa profondeur d’expression.
Intrigue :
- Acte I : Fernando Cortés et les Espagnols débarquent à Tenochtitlan. Montezuma, confiant et épris de tolérance, accueille les nouveaux venus en paix malgré les mises en garde de sa fiancée Eupaforice, reine de Tlascala, et de son conseiller Tezeuco, qui pressentent le danger.
- Acte II : Les intentions belliqueuses des Espagnols se révèlent. Cortés proclame la supériorité de sa religion ; Montezuma lui oppose une foi fondée sur l’amour et la tolérance et dénonce la traîtrise espagnole. Les Aztèques, menés par le général Pilpatoè, entament la résistance.
- Acte III : Vaincu et fait prisonnier, Montezuma exprime son désespoir puis chante un duo d’adieu avec Eupaforice avant d’être exécuté sur l’ordre de Cortés. Eupaforice se donne la mort plutôt que de se soumettre. Cortés fait détruire la ville ; l’opéra s’achève sur une lamentation du chœur aztèque.
Enregistrement(s) :

Hans Hilsdorf — 1982 (version allemande)
Format : DVD, captation scénique.
Label : Arthaus Musik.
Référence : 101 629.
Année d’enregistrement : 1982, production du Deutsche Oper Berlin, captée au Markgräfliches Opernhaus de Bayreuth (coproduction BR/SFB, aujourd’hui rbb).
Distribution :
- Montezuma : Alexandra Papadjiakou
- Eupaforice : Sophie Boulin
- Erissena : Gudrun Sieber
- Tezeuco : Catherine Gayer
- Pilpatoè : Barbara Vogel
- Fernando Cortés : Walton Grönroos
- Narvès : Karl-Ernst Mercker
Direction : Hans Hilsdorf (également auteur de la transcription et de l’instrumentation de cette version).
Mise en scène, décors et costumes : Herbert Wernicke.
Orchestre : orchestre du Deutsche Oper Berlin.
Clavecin : Kevin McCutcheon.
Livret : adaptation allemande de Georg Quander d’après le scénario de Frédéric II et le texte de Tagliazucchi.
Langue : allemand (sous-titres anglais, français, espagnol, italien disponibles).
Particularité :
Cette captation restitue la production historique du Deutsche Oper Berlin mise en scène par Herbert Wernicke, dans une version allemande transcrite et instrumentée par le chef Hans Hilsdorf, filmée au Markgräfliches Opernhaus de Bayreuth. La Frankfurter Allgemeine Zeitung salua « un joyau lyrique sauvé de l’oubli », tandis que la Süddeutsche Zeitung vit dans cette représentation « l’un des sommets théâtraux de l’année ».

Johannes Goritzki — 1992 (version italienne)
Format : Enregistrement studio, 2 CD.
Label : Capriccio.
Référence : 60 032-2 (rééditée sous le numéro C7085).
Année d’enregistrement : 1er-5 juin 1992, Gürzenich, Cologne.
Distribution :
- Montezuma : Encarnación Vázquez, mezzo-soprano
- Eupaforice : Dorothea Wirtz, soprano
- Erissena : Angelica Uribe Sánchez, soprano
- Tezeuco : Conchita Julián, soprano
- Pilpatoè : Lourdes Ambríz, soprano
- Fernando Cortés : María Luisa Támez, soprano
- Narvès : Ana Caridad Acosta, alto
Direction : Johannes Goritzki.
Orchestre : Deutsche Kammerakademie Neuss.
Chœur : Kammerchor Cantica Nova.
Langue : italien.
Particularité :
Premier enregistrement intégral de l’opéra dans sa version originale italienne, cette gravure en studio confie à des voix entièrement féminines les rôles travestis (Tezeuco, Cortés, Narvès) initialement tenus par des castrats lors de la création berlinoise.
Postérité :
Longtemps éclipsé, Montezuma n’avait été connu au XXe siècle qu’à travers un disque d’extraits Decca (1966-67) réunissant Joan Sutherland, Lauris Elms et Elizabeth Harwood sous la direction de Richard Bonynge. La production berlinoise de 1982 mise en scène par Herbert Wernicke contribua largement à sa redécouverte scénique moderne, suivie par l’enregistrement intégral de Johannes Goritzki en 1992 puis par des reprises à Montpellier (1990), Potsdam-Sans-Souci (2010), Madrid (2010) et Mexico. Le sujet même de l’œuvre — la rencontre entre Montezuma et Cortés, vue comme une allégorie de la tolérance et du fanatisme — continue de nourrir les lectures postcoloniales de la musicologie contemporaine.

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