Note personnelle : ,

Graun, Carl Heinrich — Iphigenia in Aulis (1728)

Format :

  • Singspiel baroque en trois actes (à l’origine en cinq actes).
  • Musique : Carl Heinrich Graun.
  • Livret : Georg Caspar Schürmann, d’après Christian Heinrich Postel.
  • Langue : allemand.

Création :

1728, Hofoper de la cour de Brunswick-Wolfenbüttel (Braunschweig), au Theater am Hagenmarkt.
Graun, alors âgé de vingt-quatre ans, avait rejoint la cour de Brunswick en 1726 comme ténor avant d’y devenir vice-Kapellmeister aux côtés de Georg Caspar Schürmann ; Iphigenia in Aulis est le troisième ouvrage lyrique qu’il compose pour la scène brunswickoise. L’œuvre fut reprise en 1731-1732 au Gänsemarkt-Oper de Hambourg, sous un livret imprimé légèrement remanié — c’est ce texte hambourgeois qui a servi de base à la présente édition de concert.

Livret :

Schürmann remania pour Graun le livret de Christian Heinrich Postel, initialement écrit pour l’opéra de Reinhard Keiser Die wunderbar errettete Iphigenia, créé au Gänsemarkt-Oper de Hambourg en 1699 — lui-même tiré de la tragédie d’Euripide Iphigénie à Aulis. Schürmann réduisit le texte de cinq à trois actes et simplifia les récitatifs pour l’adapter aux formes classiques de l’opera seria, avec ses airs da capo.

Intrigue :

  • Acte I : Le général grec Agamemnon a irrité la déesse Diane en tuant un cerf qui lui était consacré ; celle-ci déchaîne la peste puis un calme plat qui immobilise la flotte grecque à Aulis. Un oracle exige le sacrifice d’Iphigénie, fille d’Agamemnon. Tourmenté, celui-ci écrit à son épouse Clytemnestre pour faire venir leur fille sous prétexte de l’unir à Achille. La lettre est portée par Deidamia, princesse de Scyros éprise d’Achille et déguisée en homme sous le nom d’Erastus ; sans la reconnaître, Achille lui confie fièrement qu’il doit épouser Iphigénie. Le roi scythe Thoas, présent au camp grec sous le nom d’emprunt d’Anaximène, aime lui aussi secrètement Iphigénie. Menelaüs découvre le stratagème de son frère et l’accuse publiquement de vouloir soustraire sa fille au sacrifice, provoquant une violente querelle. Iphigénie et Clytemnestre arrivent cependant à Aulis.
  • Acte II : Le roi Thoas, toujours sous le nom d’Anaximène, accueille Iphigénie et Clytemnestre par des réjouissances. Iphigénie, croyant à un mariage, se déclare prête à tout donner par amour ; Anaximène, désespéré, veut se poignarder plutôt que la voir promise à Achille, mais celui-ci l’en empêche. Nestor révèle à Clytemnestra le sort funeste réservé à sa fille ; folle de rage, elle communique sa colère à Achille, qui comprend alors que le mariage n’était qu’un leurre pour attirer Iphigénie à la mort et jure de la délivrer. Anaximène, bouleversé, révèle son amour à Iphigénie et lui offre en gage un linge trempé dans son sang, prêt à mourir à sa place. L’acte s’achève sur une fête galante.
  • Acte III : Clytemnestre, seule dans ses appartements du château d’Aulis, accable Agamemnon, lui-même rongé par le remords. Achille console Iphigénie, qui se résout à son sort et fait ses adieux à sa mère et à son bien-aimé. Après un bref intermède comique où Thersite raille une dernière fois l’inconstance des femmes, Anaximène révèle son identité véritable de roi Thoas et s’offre en sacrifice à la place d’Iphigénie ; Deidamia, ôtant à son tour son déguisement, se propose également. Mais au moment où Agamemnon donne l’ordre fatal, un prodige se produit : un nuage descend du ciel, et la déesse Diane apparaît sur un char tiré par deux cerfs. Elle sauve Iphigénie, substituant une biche blanche au sacrifice, réunit les couples d’amants et s’efface devant les réjouissances nuptiales générales.

Enregistrement(s) :

Ira Hochman — 2023

Format : Enregistrement public (live), 2 CD.
Label : cpo.
Référence : 555475-2.
Année d’enregistrement : 18 mars 2021, Christuskirche Othmarschen, Hambourg ; sortie en 2023.
Distribution :

  • Iphigenia : Hanna Zumsande, soprano
  • Deidamia : Santa Karnīte, soprano
  • Clytemnestra : Geneviève Tschumi, mezzo-soprano
  • Anaximenes (Thoas) : Terry Wey, alto
  • Achilles : Mirko Ludwig, ténor
  • Nestor : Mirko Ludwig et Dominik Wörner
  • Thersites : Andreas Heinemeyer, baryton
  • Agamemnon : Dominik Wörner, basse

Direction : Ira Hochman.
Orchestre : barockwerk hamburg.
Langue : allemand.

Particularité :

Cet enregistrement, capté en concert, constitue la première exécution moderne de l’œuvre depuis sa création, 293 ans plus tôt. Les sources manuscrites conservées à Wolfenbüttel et à Sondershausen étant lacunaires — il manquait notamment l’entrée de Clytemnestre au IIIe acte et le chœur final —, Ira Hochman a dû reconstituer ces pages : le chœur conclusif a été composé en adaptant la musique du finale « La gloria è un gran bene » de l’opéra Caio Fabricio de Graun (1746), et les textes de liaison entre les numéros ont été rédigés par Marcus Stäbler pour cette édition de concert.

Postérité :

Composé alors que Graun n’avait que vingt-quatre ans, Iphigenia in Aulis compte parmi les rares témoins conservés du répertoire lyrique de la cour de Brunswick-Wolfenbüttel et du Gänsemarkt-Oper de Hambourg au XVIIIe siècle, une scène allemande qui produisit un « Singspiel » distinct de l’opera seria italien contemporain. Resté inédit à la scène pendant près de trois siècles, l’ouvrage a été redécouvert par l’ensemble barockwerk hamburg et sa directrice Ira Hochman, qui avaient déjà consacré un disque à un autre opéra de jeunesse de Graun, Polydorus.

 

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