Format :
- Tragédie lyrique (« tragédie-opéra ») en trois actes.
- Musique : Christoph Willibald Gluck (1714-1787).
- Livret : François-Louis Gand Le Blanc Du Roullet, d’après Iphigénie de Jean Racine (1674), lui-même inspiré d’Euripide.
- Langue : français (adaptation allemande de Richard Wagner, 1847).
Création :
19 avril 1774, Académie royale de musique (Opéra de Paris).
Premier opéra français de Gluck, précédant Orphée et Eurydice (version française, 1774), Alceste (1776), Armide (1777) et Iphigénie en Tauride (1779). Arrivé à Paris avec l’appui de la dauphine, puis reine, Marie-Antoinette, Gluck s’y était engagé par contrat à fournir plusieurs ouvrages. La création réunissait Sophie Arnould (Iphigénie), Rosalie Duplant (Clytemnestre), Joseph Legros (Achille), Henri Larrivée (Agamemnon) et Nicolas Gélin (Calchas), sous la direction de Louis-Joseph Francœur. Les répétitions furent tumultueuses : Gluck exigea des musiciens et des chanteurs un jeu plus vigoureux et fit participer le chœur à l’action. L’accueil resta d’abord partagé, mis à part l’ouverture, et la série fut interrompue par la mort de Louis XV. Gluck remania l’œuvre pour la reprise du 10 janvier 1775.
Livret :
Le diplomate et librettiste Du Roullet adapte la tragédie de Racine en réduisant l’intrigue au drame familial : le sacrifice d’une fille par son père, face à un grand prêtre qui incarne le devoir et la raison d’État. L’intrigue amoureuse passe au second plan et les personnages sont peints dans leurs contradictions. Le dénouement de 1774 se passe de deus ex machina ; pour la reprise de 1775, Gluck et Du Roullet ajoutent l’apparition de Diane.
Intrigue :
- Acte I : À Aulis, Diane a promis des vents favorables à la flotte grecque à condition qu’Agamemnon lui sacrifie sa fille Iphigénie ; le grand prêtre Calchas presse le roi de s’exécuter. Agamemnon, désespéré, veut tromper la déesse en faisant croire à sa fille, par Arcas, qu’Achille a rompu ses fiançailles. Mais Iphigénie et sa mère Clytemnestre sont déjà arrivées pour célébrer le mariage ; Achille dément toute infidélité et persuade Iphigénie de rester.
- Acte II : On prépare les noces devant le peuple assemblé. Arcas révèle à Iphigénie qu’elle doit être sacrifiée ; elle se soumet à son destin, mais Clytemnestre et Achille condamnent la cruauté d’Agamemnon et jurent de la défendre. Devant la fureur d’Achille, le roi hésite, puis se ressaisit au nom de l’intérêt supérieur.
- Acte III : Les Grecs exigent le sacrifice. Iphigénie, résolue à mourir, fait ses adieux à Achille et à Clytemnestre. Sur l’ordre d’Achille, les Thessaliens attaquent le temple où Calchas s’apprête à l’immoler. Saisi de visions, Calchas annonce que la déesse, émue par le courage de la jeune fille et l’amour de sa mère et de son fiancé, renonce à la victime, et le mariage est célébré. (Dans la version de 1775, Diane apparaît en personne.)
Enregistrement(s) :

Eichhorn — 1972
Format : 2 LP (RCA Red Seal), puis 2 CD, enregistrement de studio.
Label : RCA Red Seal (réédition CD BMG / RCA).
Référence : ARL2-1104 (LP) ; 74321 32236 2 (CD, 1996).
Année d’enregistrement : juin-juillet 1972, Munich.
Distribution :
- Iphigenie : Anna Moffo, soprano
- Klytemnestra : Trudeliese Schmidt, mezzo-soprano
- Agamemnon : Dietrich Fischer-Dieskau, baryton
- Achilles : Ludovic Spiess, ténor
- Kalchas : Thomas Stewart, basse
- Artemis : Arleen Auger, soprano
- Arkas : Bernd Weikl, baryton
- Un officier thessalien : Nikolaus Hillebrand, basse
Direction : Kurt Eichhorn
Orchestre : Münchner Rundfunkorchester, Chor des Bayerischen Rundfunks (chef de chœur : Heinz Mende)
Langue : allemand (Iphigenie in Aulis, adaptation de Richard Wagner). Durée : environ 1 h 42.
Particularité :
Seul enregistrement de la liste chanté en allemand, dans la révision que Richard Wagner avait donnée de l’œuvre pour Dresde en 1847, avec un dénouement différent et des passages de sa plume ; Diane y devient Artemis, confiée à Arleen Auger. Le plateau rassemble de grands noms du chant allemand de l’époque, autour de Dietrich Fischer-Dieskau en Agamemnon et d’Anna Moffo en Iphigénie.

Gardiner — 1987
Format : 2 CD, enregistrement de studio.
Label : Erato, en coproduction avec Radio France et l’Opéra de Lyon (collection « Gardiner Collection »), paru en 1990.
Référence : 2292-45003-2.
Année d’enregistrement : juillet 1987, Opéra de Lyon.
Distribution :
- Iphigénie : Lynne Dawson, soprano
- Clytemnestre : Anne Sofie von Otter, mezzo-soprano
- Achille : John Aler, ténor
- Agamemnon : José van Dam, basse-baryton
- Calchas : Gilles Cachemaille, baryton-basse
- Patrocle : Bernard Deletré, basse
- Arcas : René Schirrer, basse
- Diane : Guillemette Laurens, mezzo-soprano
- Une esclave / une Grecque : Ann Monoyios, soprano
- Une Grecque : Isabelle Eschenbrenner, soprano
Direction : John Eliot Gardiner
Orchestre : Orchestre de l’Opéra de Lyon, Monteverdi Choir
Langue : français. Durée : environ 2 h 13.
Particularité :
Présenté comme le premier enregistrement mondial de l’ouvrage, il suit la version remaniée de 1775 avec l’apparition de Diane. Gardiner, à la tête de l’orchestre lyonnais et du Monteverdi Choir, s’appuie sur une distribution soignée où se distinguent Lynne Dawson, Anne Sofie von Otter et José van Dam.

Chauvin — 2022
Format : 2 CD, enregistrement de studio (instruments d’époque), paru le 4 octobre 2024.
Label : Alpha Classics (Outhere Music), coproduction du Centre de musique baroque de Versailles, de l’ADAMA, de la Cité de la musique et de la danse de Soissons, du Festival de Laon et du Concert de la Loge.
Référence : Alpha 1073.
Année d’enregistrement : octobre 2022, Soissons (l’œuvre avait été donnée en concert au Théâtre des Champs-Élysées le 7 octobre 2022).
Distribution :
- Iphigénie : Judith van Wanroij, soprano
- Clytemnestre : Stéphanie d’Oustrac, mezzo-soprano
- Achille : Cyrille Dubois, ténor
- Agamemnon : Tassis Christoyannis, baryton
- Calchas : Jean-Sébastien Bou, baryton
- Patrocle, Arcas, un Grec : David Witczak, baryton
- Première Grecque : Anne-Sophie Petit
- Deuxième Grecque : Jehanne Amzal
- Troisième Grecque : Marine Lafdal-Franc
Direction : Julien Chauvin
Orchestre : Le Concert de la Loge ; Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles (direction : Fabien Armengaud)
Langue : français. Partition : édition Bärenreiter (Marius Flothuis). Durée : 1 h 55.
Particularité :
Enregistrement sur instruments d’époque fondé sur les manuscrits ayant servi aux représentations de 1774 : retour au premier dénouement, sans descente de Diane, danses réduites au minimum et ouvrage refermé sur le dernier chœur. Julien Chauvin et Benoît Dratwicki (livret du disque) ont cherché à restituer le style de déclamation de l’Opéra de l’époque, avec récitatifs libres, appuis « à la française » et distribution pensée d’après les emplois des créateurs (Iphigénie, Clytemnestre, Achille haute-contre, Agamemnon baryton).
Postérité :
Après ses débuts difficiles, l’ouvrage devint l’opéra de Gluck le plus joué à Paris, avec plus de quatre cents représentations entre 1774 et 1824 ; son ouverture est restée un morceau de concert. Wagner en donna en 1847 à Dresde une version allemande retravaillée, jouée en Allemagne jusqu’au début du XXe siècle. Longtemps oubliée dans sa version originale, l’œuvre fut redécouverte au disque par Gardiner (1987) puis relue sur instruments d’époque d’après la partition de 1774 par Julien Chauvin (2022-2024).

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