Note personnelle : ,

Giacobbi, Girolamo — L’Aurora ingannata (1605)

Format :

  • Intermèdes (« intermedi ») en quatre parties, pour le Filarmindo de Ridolfo Campeggi ; publiés sous le titre Dramatodia overo canti rappresentativi sopra l’Aurora ingannata (« favoletta per gl’intermedi in musica »).
  • Musique : Girolamo Giacobbi (1567-1629).
  • Livret : Ridolfo Campeggi (comte, membre de l’Accademia dei Gelati sous le nom de « Rugginoso »).
  • Langue : italien.

Création :

1605, Bologne, dans la maison du docteur Melchiorre Zoppio (siège de l’Accademia dei Gelati), rue Maggiore.
Les intermèdes sont donnés à l’occasion du mariage du marquis Ferdinando Riario et de la comtesse Laura Pepoli : à la fin du banquet, la tragi-comédie pastorale Il Filarmindo de Campeggi est présentée aux époux et à leurs invités, et ses cinq actes sont entrecoupés de quatre intermèdes chantés. Giacobbi, récemment nommé maître de chapelle de la basilique San Petronio (1604), compte parmi les musiciens les plus estimés de la ville. La musique est publiée à Venise en 1608 (« Dramatodia »), avec une dédicace à Campeggi qui évoque « l’Aurora ingannata, belle de nature ». Le poète Cesare Rinaldi décrit un effet de scène spectaculaire : à dix heures du soir, une « machine argentée » s’ouvre en deux parties dans un léger grondement de tonnerre pour révéler un ciel étoilé où quatre dieux, assis sur des trônes d’or, chantent avec lyres et cithares en l’honneur des époux, avant qu’une pluie de fleurs ne referme le nuage.

Livret :

Les intermèdes n’appartiennent pas à l’univers arcadien de la comédie pastorale de Campeggi, mais au monde de la mythologie classique : les personnages sont des divinités ou des personnifications, et la déesse Vénus en est la figure centrale. L’histoire d’Aurore (Éos) et de Céphale est traitée comme une allégorie : Aurore, condamnée par Vénus à s’éprendre sans cesse, est trompée puis démasquée, et l’arrivée des époux légitimes, Tithon et Procris, au lever d’un nouveau jour, fait écho aux noces célébrées ce soir-là. Selon les commentateurs, le texte illustre la fonction des intermèdes décrite par Angelo Ingegneri en 1598 : procurer « paix et douceur » aux esprits fatigués par les intrigues de la comédie.

Intrigue :

  • Intermezzo primo : Aurore, amoureuse de Céphale qui ne répond pas à son amour, supplie Vénus d’intercéder pour elle. Vénus, rejointe par le chœur des Grâces, demande à son fils Amour de décocher ses flèches sur Céphale ; l’enfant refuse, car Céphale n’aime que sa Procris. Une querelle éclate entre la mère et le fils, et la déesse doit se charger elle-même de la tâche.
  • Intermezzo secondo : Un chœur de chasseurs annonce l’entrée de Céphale. Aurore le rejoint et tente de le séduire par tous les moyens, en vain ; le jeune homme la repousse durement et s’en va. Vénus se lamente, l’écho lui répond dans les vallées, et les trois Grâces entonnent une déploration pour consoler Aurore.
  • Intermezzo terzo : Vénus pleure le départ d’Adonis et se désole de consoler Aurore alors qu’elle a elle-même besoin de réconfort. Dans une grotte obscure, avec les Grâces, elle implore les divinités de la nuit. Sommeil, après une brève résistance, obéit à la déesse et doit plonger Céphale dans un profond sommeil ; Morphée lui fera rêver qu’il courtise Procris, tandis qu’Aurore est présente en chair et en os. Vénus et les Grâces célèbrent le pouvoir de persuasion de la beauté.
  • Intermezzo quarto : Céphale s’endort, Morphée accomplit sa tâche et le chasseur rêve de sa bien-aimée. Aurore arrive et implore Céphale ; endormi, il lui répond par des paroles tendres, ce dont Vénus se réjouit. Au moment où ils vont s’embrasser, leurs conjoints légitimes, Tithon, furieux d’avoir été négligé, et Procris, jalouse de la « trahison » de Céphale, surgissent. Aurore découvre le piège dont elle est victime, tandis que Céphale se réveille en proie à un amer repentir.

Enregistrements :

Gian Luca Lastraioli — 2012

Format : CD (durée : 61 minutes environ).
Label : Tactus.
Référence : TC 563201.
Année d’enregistrement : publication le 1er octobre 2012 (date et lieu d’enregistrement non précisés dans les sources consultées).
Distribution :

  • Vénus et Aurore : Santina Tomasello
  • Procris : Mya Fracassini
  • Écho : Antonia Mazzantini
  • Céphale : Paolo Fanciullacci
  • Sommeil, Tithon et un chasseur : Marcello Vargetto
  • Morphée : Marco Perrella
  • Adonis : Nino Marini
  • Amour : Paolo Maccartini

Direction : Gian Luca Lastraioli (concertatore)
Orchestre : Gran Consort Li Stromenti
Chœur : Insieme vocale L’Homme Armé
Langue : italien.

Particularité :

Version de l’œuvre présentée en quatre intermèdes comprenant huit scènes, avec voix et ensemble instrumental, qui rend accessible ce témoignage rare de la musique de fête bolonaise du début du XVIIe siècle.

Alberto Allegrezza — 2025

Format : CD.
Label : Tactus.
Référence : TC 560702.
Année d’enregistrement : 2025 (ingénieur du son : Silvano Landonio ; montage : Stefano Albarello ; lieu et date d’enregistrement non précisés dans le livret).
Distribution :

  • Aurora : Alberto Allegrezza
  • Cefalo : Riccardo Pisani
  • Venere : Maria Chiara Gallo
  • Amore : Maria Dalia Albertini
  • Procri : Sonia Tedla
  • Titone : Marco Saccardin
  • Sonno : Guglielmo Buonsanti
  • Morfeo et Adone : Andrés Montilla-Acurero
  • Eco : Michele Vannelli
  • Chœur des Grâces : Francesca Santi, Maria Dalia Albertini, Michele Vannelli
  • Chœur des chasseurs : Andrés Montilla-Acurero, Riccardo Pisani, Marco Saccardin, Guglielmo Buonsanti

Direction : Alberto Allegrezza (direction, concertation et diminutions instrumentales) ; direction musicale : Maria Dalia Albertini
Ensemble : Dramatodía — Alberto Allegrezza (flûtes à bec), Enrico Parizzi (violon), Rosita Ippolito (viole de gambe), Margherita Burattini (harpe triple), Giovanni Bellini, Domenico Cerasani et Luca Tarantino (luths, théorbes et guitare), Michele Vannelli (clavecin et orgue)
Langue : italien.

Particularité :

L’ensemble Dramatodía, dont le nom reprend le titre de l’édition de 1608, propose une lecture qui limite ornements et diminutions dans les récitatifs, attribue à Aurore une voix masculine (l’examen des parties vocales suggère qu’elle était destinée à un interprète masculin) et complète la partition par des pièces instrumentales d’Aurelio Bonelli, organiste bolonais, comme le veut l’usage des intermèdes. La notice de Sara Dieci souligne la ligne claire du récitatif, l’écriture « miniature » et la douceur suspendue de cette musique.

Roberto Cascio — 2026

Format : CD / numérique.
Label : Da Vinci Classics.
Référence : non précisée dans les sources consultées.
Année d’enregistrement : parution en 2026.
Distribution : chanteurs non précisés dans les sources consultées.
Direction : Roberto Cascio (archiluth et direction)
Ensemble : Fortuna Reditus Ensemble
Langue : italien.

Particularité :

Publiée sous le titre complet de l’édition vénitienne de 1608 (« Dramatodia overo canti rappresentativi sopra l’Aurora ingannata, favoletta per gl’intermedi in musica dell’illustrissimo signor conte Ridolfo Campeggi »), cette version est dirigée depuis l’archiluth par Roberto Cascio et confiée au Fortuna Reditus Ensemble.

Postérité :

Œuvre emblématique de la culture des académies bolonaises au début du XVIIe siècle, L’Aurora ingannata a poursuivi sa carrière grâce à l’édition de 1608 et à l’estime que l’on portait à Giacobbi ; sa collaboration avec Campeggi se prolonge avec L’Andromeda (1610) et Il Reno sacrificante (1617). Sa redécouverte moderne, au disque en 2012, 2025 puis 2026, éclaire les débuts de la représentation en musique à Bologne au début du XVIIe siècle.

 

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