Note personnelle : ,

Gasparini, Francesco — Il Bajazet (1719)

Format :

  • Dramma per musica en 3 actes.
  • Musique : Francesco Gasparini.
  • Livret : Agostino Piovene, révisé par Ippolito Zanelli.
  • Langue : italien.

Création :

Cette version d’Il Bajazet fut créée au théâtre de Reggio Emilia à l’occasion de la Fiera (foire) de 1719, sous le titre nouveau d’Il Bajazet, avec une dédicace à Son Altesse Sérénissime Rinaldo I d’Este, duc de Reggio, Modène et Mirandola. Le livret, à l’origine dû à Agostino Piovene sous le titre Tamerlano (créé par Gasparini au Teatro San Cassiano de Venise en 1711, d’après la tragédie de Jacques Pradon Tamerlan, ou la mort de Bajazet, 1675), fut retravaillé pour l’occasion par Ippolito Zanelli. Gasparini composa au total trois versions de ce drame ; c’est cette troisième mouture, celle de 1719, qui reste aujourd’hui la mieux conservée (le manuscrit est conservé à la Bibliothèque nationale d’Autriche à Vienne) et celle enregistrée ici par Auser Musici.

Livret :

Le livret adapte la tragédie française de Jacques Pradon consacrée à la chute du sultan ottoman Bajazet, prisonnier du conquérant mongol Tamerlan. C’est ce même sujet et, dans une large mesure, ce même matériau littéraire (via Piovene) qui inspireront cinq ans plus tard le Tamerlano de Haendel (Londres, 1724) : les musicologues ont relevé plusieurs échos frappants entre les deux partitions, notamment dans la scène de la mort de Bajazet à l’acte III.

Intrigue :

  • Acte I : Bajazet, intrépide empereur turc captif du tyran mongol Tamerlan, méprise la liberté conditionnelle que lui offre son geôlier, malgré la présence à ses côtés de sa fille bien-aimée Asteria. Celle-ci, amoureuse d’Andronico, confident grec de Tamerlan, se voit pourtant offrir un nouveau prétendant en la personne de Tamerlan lui-même, tandis que ce dernier est fiancé à Irene, princesse de Trébizonde qu’il n’a jamais rencontrée. Bajazet demande à Andronico de le seconder auprès de Tamerlan pour obtenir la main de sa fille ; Tamerlano, lui, suggère à Andronico d’épouser Irene et de régner sur Trébizonde à sa place. Tamerlan, tiraillé entre l’amour et le devoir, refuse d’abord sa proposition à Asteria, qui reproche à Andronico sa trahison. Irene, arrivée incognito accompagnée de sa confidente Zaida, croise Andronico et Clearco, un ancien soupirant d’Asteria ; celui-ci, une autre relation grecque de Tamerlan, suggère qu’elle se présente à la cour déguisée en servante afin d’observer les intentions de Tamerlan. Zaida met en garde Asteria contre un jugement trop sévère envers Andronico, mais Asteria jure de se venger.
  • Acte II : Les fiançailles d’Asteria et de Tamerlan sont annoncées à la cour, au grand désespoir d’Andronico et d’Irene. Cette dernière, ayant rencontré Tamerlan sans être reconnue, le réprimande sur son inconstance. Devant la colère de Bajazet, Asteria avoue qu’elle n’a accepté la cour de Tamerlan que pour trouver l’occasion de le tuer, au soulagement de Bajazet et d’Andronico. Mis au défi, Asteria s’empare d’une dague, qu’elle n’utilise finalement pas par amour pour son père et son prétendant. Rejetée, Asteria jure de punir son père comme son prétendant.
  • Acte III : Bajazet partage son poison avec sa fille, ne voyant guère d’espoir de bonheur. Leone, confident d’Asteria, et Zaida révèlent à Andronico qu’Irene lui restera fidèle envers et contre tout. Andronico se révèle à Tamerlan comme l’amant d’Asteria. Bajazet, venu chercher Asteria aux pieds de Tamerlan, se voit menacé, avec sa fille, de mort si celle-ci n’épouse pas Tamerlan. Asteria et Andronico refusent de fuir. Irene déclare son amour continu pour Tamerlan et sa détermination à conquérir son cœur. Mise au défi, Asteria feint d’accepter, sert à Tamerlan la coupe empoisonnée, l’empêche d’y boire, puis révèle son identité véritable. Tamerlan menace de faire enfermer Bajazet et de tuer Asteria et Andronico, tandis que ceux-ci envisagent le suicide. Bajazet boit le poison, meurt, et maudit son bourreau. Touché par le courage d’Asteria, Tamerlan pardonne finalement à Andronico et à Asteria, et leur promet le trône de Byzance.

Enregistrement(s) :

Carlo Ipata — 2015

Format : 3 CD.
Label : Glossa.
Référence : GCD923504.
Année d’enregistrement : du 29 juin au 6 juillet 2014, en l’église du Crocifisso de Barga, Italie (paru en 2015).
Distribution :

  • Bajazet : Leonardo De Lisi, ténor
  • Tamerlano : Filippo Mineccia, contre-ténor
  • Asteria : Giuseppina Bridelli, mezzo-soprano
  • Irene : Ewa Gubańska, mezzo-soprano
  • Andronico : Antonio Giovannini, contre-ténor
  • Clearco : Benedetta Mazzucato, alto
  • Leone : Raffaele Pè, contre-ténor
  • Zaida : Giorgia Cinciripi, soprano

Direction : Carlo Ipata.
Orchestre : Auser Musici.
Langue : italien.

Particularité :

Ce disque constitue le premier enregistrement jamais consacré à l’œuvre lyrique de Francesco Gasparini. Il revêt un intérêt musicologique particulier en tant que source directe d’inspiration du Tamerlano de Haendel (1724) : la légende veut que le baryton Francesco Borosini, créateur du rôle de Bajazet à Reggio Emilia en 1719 avant de l’incarner pour Haendel à Londres, ait apporté dans ses bagages la partition de Gasparini, dont des pages annotées de sa main subsistent aujourd’hui à la bibliothèque de Meiningen. Plusieurs correspondances précises entre les deux partitions ont été identifiées par la musicologie, notamment dans la scène de la mort de Bajazet à l’acte III.

Postérité :

Éclipsé par la gloire posthume du Tamerlano de Haendel, l’Il Bajazet de Gasparini demeure un jalon méconnu de l’opera seria italien du début du XVIIIe siècle. Cet enregistrement, issu du festival Opera Barga et soutenu par une campagne de financement participatif, a permis la redécouverte discographique d’une partition que la critique considère comme l’un des sommets de la production lyrique de son auteur.

 

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