Note personnelle : ,

Galuppi, Baldassare — Il Re alla Caccia (1763)

Format :

  • Dramma giocoso en trois actes.
  • Musique : Baldassare Galuppi
  • Livret : Carlo Goldoni
  • Langue : italien

Création :

30 novembre 1763, Teatro San Samuele, Venise.
L’ouvrage marque le chant du cygne de la collaboration entre Galuppi et Goldoni : c’est la dernière fois que les deux hommes travaillent ensemble, le librettiste ayant depuis gagné Paris, d’où il fait parvenir son texte au compositeur. Galuppi vient alors tout juste d’accéder, en 1762, aux postes de maître de chapelle de la basilique Saint-Marc et de maître de chœur de l’Ospedale degli Incurabili, au sommet d’une carrière qui l’enverra bientôt, de 1765 à 1768, à la cour de Catherine II à Saint-Pétersbourg.

Livret :

Pour ce qui restera son dernier livret pour Galuppi, Goldoni adapte Le Roi et le Fermier, l’opéra-comique que Michel-Jean Sedaine et Pierre-Alexandre Monsigny avaient donné à Paris l’année précédente, en 1762. Le résultat mélange les registres avec une grande liberté : les deux nobles anglais, Milord et Miledi, relèvent de l’opera seria et se voient chacun attribuer un grand air « di furore » à l’ancienne mode, les couples populaires (Giannina/Giorgio et Lisetta/Pascale) chantent dans le pur style de l’opera buffa, tandis que le courtisan Riccardo et le roi Enrico occupent un registre intermédiaire, mêlant autorité et bonhomie. Le rôle de Riccardo, courtisan, est écrit pour une chanteuse travestie en homme, suivant un usage alors courant pour les rôles d’« amoroso » dans l’opera buffa naissante.

Intrigue :

  • Acte I : Dans un pavillon royal en forêt, toute la cour est partie chasser lorsque Miledi Marignon arrive secrètement pour demander justice au roi Enrico IV : après lui avoir promis son cœur, Milord Fidelingh l’a abandonnée pour une belle meunière, Giannina, qu’il a même fait enlever et enfermer dans son château. Le courtisan Riccardo est le premier à rencontrer Miledi et lui promet une audience auprès du roi, sans vouloir toutefois agir à l’insu de son ami Milord. Enrico IV reçoit Miledi et lui promet justice. Ailleurs dans le parc royal, le garde-chasse Giorgio confie à son ami et subordonné Pascale toute son inquiétude devant la disparition de Giannina, sa fiancée, enlevée par Milord. C’est Lisetta, sœur de Giorgio et amoureuse de Pascale, qui apporte la bonne nouvelle : Giannina s’est libérée et va rejoindre Giorgio. À son arrivée, le garde-chasse est partagé entre jalousie et soupçon d’un côté, joie et sérénité de l’autre : son amour l’emporte, mais aussi son désir de vengeance envers Milord.
  • Acte II : La nuit venue, les deux gardes-chasse se séparent pour terminer leur ronde. Giorgio croise soudain un inconnu en grande difficulté : il s’agit du roi Enrico, qui ne se fait pas reconnaître mais reçoit néanmoins toute l’aide du garde-chasse. En l’accompagnant au moulin voisin de Giannina pour l’héberger, Giorgio le met au courant des événements du jour et de la cruauté de Milord. Pascale, de son côté, croise Miledi, puis Milord et enfin Riccardo, qu’il prend tous pour des braconniers et fait aussitôt arrêter. La scène se déplace au moulin de Giannina : la meunière et Lisetta y reçoivent la visite de Giorgio et du roi, toujours pris pour un simple voyageur de qualité. L’hospitalité est simple et généreuse, et cette visite permet à Enrico IV de mesurer la perfidie de Milord et la sincérité des accusations de Giorgio, non sans une pointe d’envie pour cette vie simple et sereine. Après un bref souper, Pascale arrive avec les prisonniers : tandis que Milord multiplie les menaces d’une colère injuste, le roi se fait enfin reconnaître, réprimande sévèrement le noble et promet sa bienveillance aux autres personnes présentes.
  • Acte III : Dans le pavillon royal, à l’orée du bois, Enrico IV rend son jugement. Pascale, qui vante ses propres mérites, est promu capitaine et fiancé à Lisetta ; Riccardo est pardonné, car s’il a commis des erreurs, c’est par amitié pour Milord, qualité assez rare chez un courtisan pour mériter récompense. Milord, qui paraît sincèrement repentant de sa conduite indigne, est pardonné à condition d’épouser Miledi, sa promise de longue date. Giorgio et Giannina, faits nobles à leur tour par le roi, connaissent un moment de faiblesse bien humaine : avant même de connaître le montant de leur nouvelle rente, ils craignent qu’elle ne suffise pas à soutenir leur nouveau rang ; c’est un appel du roi lui-même qui les ramène à la raison et les persuade de ne rien changer à ce mode de vie qui faisait déjà leur bonheur et que le souverain leur enviait. L’opéra s’achève sur la célébration du triple mariage de Milord et Miledi, de Pascale et Lisetta, et de Giorgio et Giannina.

Enregistrement(s) :

Giulio Svegliado — 2007

Format : 1 DVD + 2 CD
Label : Bongiovanni
Année d’enregistrement : DVD (captation de la mise en scène) : 8 avril 2000, Teatro Carlo Goldoni, Venise. CD (studio) : octobre 1998, Biblioteca del Centro di Cultura San Francesco, Cittadella (PD), et Mozart Studio, Padoue.
Distribution :

  • Enrico IV, re d’Inghilterra : Claudio Zancopè, basse
  • Milord Fidelingh : Vito Martino, ténor
  • Miledi Marignon : Giovanna Donadini, soprano
  • Giannina, meunière : Elena Belfiore, mezzo-soprano (DVD) / Sonia Zaramella, mezzo-soprano (CD)
  • Lisetta, sœur de Giorgio : Roberta Canzian, soprano
  • Giorgio, garde-chasse : Maurizio Dalena, ténor (DVD) / Nicola Pamio, ténor (CD)
  • Pascale, garde forestier : Daniele Gaspari, ténor (DVD) / Filippo Piccolo, ténor (CD)
  • Riccardo, courtisan : Alla Simonishvili, soprano

Direction : Giulio Svegliado
Orchestre : Orchestre du Collegium Symphonium Veneto (continuo : Riccardo Favero, clavecin ; Nicola Marsilio, viole de gambe ; Maurizio Galvanelli, violoncelle)
Langue : italien

Particularité :

Présenté comme la première reprise de l’œuvre en temps modernes, ce coffret réunit deux captations distinctes : un DVD de la production scénique donnée au Teatro Carlo Goldoni de Venise le 8 avril 2000, mise en scène par Renato Stanisci, et deux CD d’une version de studio enregistrée dès octobre 1998, avec une distribution partiellement différente pour les rôles de Giannina, Giorgio et Pascale. La partition suivie est celle du manuscrit conservé à Venise, l’un des quatre exemplaires complets connus de l’ouvrage avec ceux de Paris, Naples et Washington.

Postérité :

Triomphe dès sa création, Il Re alla caccia connaît une fortune européenne exceptionnelle : repris à Turin (1764), Macerata (1765), Dresde (1767, avec livret bilingue italien-allemand) et au Théâtre royal de Prague (1768), il revient à Dresde en 1770 et passe par Bologne en 1769. La même année, Londres en donne une version sur une musique de Felice Alessandri ; une adaptation viennoise de 1777 porte le nom de Giuseppe Ponzo, tandis qu’une autre est créée à Malte dès 1775. En 1780, Naples accueille une version d’Angelo Tarchi ; rebaptisé La caccia di Enrico IV (ou Le gelosie di Giorgio) sur une musique de Giacomo Rust, le sujet revient à Venise en 1783, avant une version d’Antonio Tozzi à Barcelone en 1788. Le livret de Goldoni continue de circuler au siècle suivant, mis en musique par Pietro Generali à Venise en 1810, puis à Londres (1814) et à Paris (1815, musique de Vincenzo Puccitta), et une dernière fois à Naples en 1822 sur une musique de Pietro Raimondi. Cette longévité exceptionnelle, à travers pas moins de huit partitions différentes en soixante ans, dit assez la place qu’occupait cet argument dans le goût européen du siècle des Lumières, avant que l’œuvre, comme la quasi-totalité du théâtre lyrique de Galuppi, ne sombre dans un long oubli jusqu’à cette résurrection discographique.

 

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