Note personnelle : ,

Galuppi, Baldassare — Il Mondo alla Roversa (1750)

Galuppi, Baldassare — Il Mondo alla Roversa (1750)

Format :

  • Dramma bernesco (opera buffa) en 3 actes.
  • Musique : Baldassare Galuppi.
  • Livret : Carlo Goldoni (sous le pseudonyme de Polisseno Fegeio).
  • Langue : italien.

Création :

14 novembre 1750, Teatro San Cassiano, Venise.
Galuppi est alors au sommet de sa carrière vénitienne, en pleine collaboration fructueuse avec Goldoni, dont il met en musique plusieurs livrets dans ces années charnières du dramma giocoso. La création, montée avec faste (chorégraphies de Gasparo Caccioni, décors de Domenico Mauro), rencontre un accueil très favorable et l’œuvre voyage rapidement à travers l’Europe : Barcelone (1752), Prague, Leipzig, Dresde, Hambourg, Amsterdam (1754), Munich (1758), Moscou (1759) et de nouveau Dresde (1768).

Livret :

Goldoni imagine une île aux antipodes où les femmes détiennent tout le pouvoir — politique, militaire, amoureux — tandis que les hommes y occupent des rôles domestiques et soumis. Ce monde renversé sert de prétexte satirique à une réflexion, très dix-huitiémiste, sur l’exercice de l’autorité et la place des femmes dans la société. Le livret connaîtra une belle postérité littéraire, inspirant notamment La schiavitù per amore de Piccinni (1761) et Il mondo alla rovescia de Salieri (1795).

Intrigue :

  • Acte I : Sur l’île des Antipodes, trois femmes se partagent le pouvoir selon des visions rivales : la prudente Tullia, l’ambitieuse et autoritaire Cintia, et l’amoureuse exaltée Aurora. Les hommes — Rinaldino, Giacinto, Graziosino — leur sont soumis comme des esclaves. L’arrivée de Ferramonte, étranger naufragé qui refuse de se plier à cet ordre, trouble l’équilibre établi ; l’acte se clôt sur un grand ensemble marquant la montée des tensions.
  • Acte II : Les rivalités entre les trois femmes s’exacerbent, mêlant jalousie amoureuse et lutte pour le pouvoir : Giacinto, séducteur, tente de courtiser Cintia et Aurora simultanément, allant jusqu’à proposer de se « partager » entre elles. Encouragés par Ferramonte, les hommes commencent à refuser leur condition et à envisager la révolte.
  • Acte III : Le conflit atteint son paroxysme : Cintia exige de Giacinto qu’il tue cent femmes en gage de son amour, mais il se dérobe dès qu’il croise la beauté d’Aurora. Le soulèvement des hommes triomphe et renverse l’ordre établi ; les femmes, vaincues, se soumettent finalement à leurs prétendants, l’opéra concluant qu’un monde où les femmes gouvernent est nécessairement voué à l’échec.

Enregistrement(s) :

Diego Fasolis — 1998

Format : 2 CD.
Label : Chandos (série Chaconne).
Référence : CHAN 0676/77.
Année d’enregistrement : novembre 1998, Auditorio Stelio Molo, Lugano (Suisse).
Distribution :

  • Tullia : Marinella Pennicchi, soprano
  • Aurora : Rosa Dominguez, mezzo-soprano
  • Cintia : Mya Fracassini, mezzo-soprano
  • Rinaldino : Lia Serafini, soprano
  • Graziosino : Furio Zanasi, baryton
  • Giacinto : Fulvio Bettini, baryton
  • Ferramonte : Davide Livermore, ténor

Direction : Diego Fasolis.
Orchestre : I Barocchisti.
Chœur : Coro della Radio Svizzera.
Langue : italien.

Particularité :

Édition critique de Francesco Luisi, coproduite avec la Società dell’Opera Buffa di Milano. Premier enregistrement intégral de l’œuvre en studio, salué pour son authenticité baroque : voix légères et souples, peu de vibrato, dans une prise de son aérée et naturelle. Pennicchi impose une voix pure au suraigu sûr, tandis que Fasolis et son ensemble se montrent pleinement engagés dans la partition.

Franco Piva — 1999

Format : 3 CD.
Label : Bongiovanni.
Distribution :

  • Tullia : Lee So Yun, soprano
  • Cintia : Barbara Di Castri, mezzo-soprano
  • Aurora : Elisabetta Lombardi, soprano
  • Graziosino : Claudio Ottino
  • Giacinto : Gastone Sarti, basse
  • Rinaldino : Patrizio Saudelli
  • Ferramonte : Cristiano Olivieri

Direction : Franco Piva.
Orchestre : Intermusica Ensemble.
Langue : italien.

Particularité :

Gravure plus confidentielle, portée par une distribution de jeunes chanteurs italiens sous la baguette de Franco Piva, chef qui a par ailleurs consacré plusieurs enregistrements Bongiovanni au répertoire de Galuppi (Il filosofo di campagna, Il mondo della luna). Une alternative moins polie mais complémentaire à la version Fasolis, dans un style plus proche de la tradition italienne du genre.

Postérité :

Longtemps éclipsé par la production ultérieure de Galuppi et par les grands succès de sa collaboration avec Goldoni, Il mondo alla roversa demeure une rareté à la scène comme au disque. Sa redécouverte tardive, portée par l’enregistrement Fasolis puis par quelques productions scéniques comme celle d’Akadêmia en 2019, confirme l’intérêt d’un livret goldonien mordant sur les rapports de pouvoir entre les sexes, et la vitalité mélodique et orchestrale caractéristique du style de Galuppi.

 

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