Note personnelle : ,

Gagliano, Marco da — La Dafne (1608)

Format :

  • Favola in musica (drame pastoral en musique) en un prologue et six scènes, sans découpage en actes.
  • Musique : Marco da Gagliano.
  • Livret : Ottavio Rinuccini (1562-1621), d’après le mythe d’Apollon et Daphné conté par Ovide dans les Métamorphoses. Ce même livret avait déjà été mis en musique par Jacopo Peri en 1598, dans ce qui est généralement considéré comme le tout premier opéra de l’histoire — mais dont la musique de Peri est en grande partie perdue.
  • Langue : Italien.

Création :

Février 1608, palais ducal de Mantoue.
L’œuvre devait initialement servir de divertissement d’appoint pour les fêtes du mariage du prince François IV Gonzague et de Marguerite de Savoie, le somptueux Arianna de Monteverdi étant encore inachevé ; la représentation fut finalement avancée, l’arrivée de la mariée ayant pris du retard. Le cardinal Ferdinand Gonzague, qui venait d’être élevé au cardinalat le jour de Noël précédent, en commanditait l’exécution. Gagliano, alors jeune maître de chapelle formé dans le sillage de la Camerata florentine, y démontre la vitalité du nouveau style recitar cantando inventé une décennie plus tôt à Florence. La partition, imprimée à Florence le 20 octobre 1608 et accompagnée d’une longue préface où le compositeur détaille les usages de l’exécution (ornementation, disposition des instruments, etc.), compte parmi les toutes premières partitions d’opéra conservées dans leur intégralité.

Livret :

Ottavio Rinuccini reprend le texte qu’il avait déjà fourni dix ans plus tôt à Jacopo Peri : le mythe d’Apollon et Daphné conté par Ovide au livre I des Métamorphoses, où la nymphe échappe aux assiduités du dieu en se changeant en laurier. Gagliano compose une musique entièrement nouvelle sur ce même livret, dans la tradition du recitar cantando inaugurée par les débuts de l’opéra florentin.

Intrigue :

  • Prologue : Ovide évoque la métamorphose de Daphné en laurier, le pouvoir de l’Amour sur les mortels, et les souffrances d’Apollon malgré sa condition divine.
  • Scène I : Apollon triomphe du monstrueux serpent Python qui ravageait la contrée des bergers et des nymphes, répondant ainsi à leurs prières.
  • Scène II : Vénus et l’Amour croisent Apollon dans les bois. Le dieu raille la cécité présumée de l’Amour, qui viserait mal, tandis que lui-même vient de vaincre le dragon ; Vénus met en garde son fils contre cette moquerie, et l’Amour jure de faire pleurer Apollon sous le coup de ses flèches.
  • Scène III : La nymphe chasseresse Daphné apprend des bergers la défaite de Python. Rencontrant Apollon, elle est touchée par le récit du combat et la vue du champ ensanglanté. Il l’invite à devenir sa compagne de chasse, mais elle s’enfuit, invoquant une loi immuable qui interdit à une nymphe mortelle d’accompagner un dieu.
  • Scène IV : L’Amour triomphe : Apollon et Daphné sont tous deux frappés par ses flèches. Apollon se consume de passion tandis que Daphné fuit ses avances ; Vénus paraît et ramène son fils auprès des dieux.
  • Scène V : Daphné se change en laurier pour échapper à Apollon. Le messager Tirsi rapporte cette tragique métamorphose aux nymphes et aux bergers en deuil.
  • Scène VI : Apollon se joint au chœur pour pleurer sa bien-aimée perdue, sublimant sa douleur par un attachement éternel au laurier, désormais emblème de la poésie.

Enregistrement :

Jürgen Jürgens — 1976

Format : 1 LP, réédité en CD.
Label : Archiv Produktion (Deutsche Grammophon).
Référence : 2533 348.
Année d’enregistrement : 7 et 8 août 1976, Saal des Festspielhauses, Hitzacker (Allemagne).
Distribution :

  • Dafne / Venere : Norma Lerer, alto
  • Apollo / Ovidio : Nigel Rogers, ténor
  • Amore / Ninfa I : Barbara Schlick, soprano
  • Tirsi : Ian Partridge, ténor
  • Pastore I : David Thomas, basse
  • Pastore II : Berthold Possemeyer, baryton
  • Ninfa II : Ine Kollecker

Direction : Jürgen Jürgens.
Orchestre : Camerata Accademica Hamburg, avec le Monteverdi-Chor Hamburg.
Langue : Italien.

Particularité :

Premier enregistrement discographique de l’œuvre, pionnier de sa redécouverte moderne. Jürgens y retient une distribution réduite avec doublage des rôles — Norma Lerer chantant à la fois Dafne et Vénus, Nigel Rogers à la fois Apollon et le narrateur Ovide —, à l’image de l’économie de moyens propre aux représentations de cour du début du XVIIe siècle.

Gabriel Garrido — 1995

Format : 1 CD.
Label : K617 (France).
Référence : K617058.
Année d’enregistrement : 1995, avec le soutien de l’Ente Autonomo Teatro Massimo de Palerme.
Distribution : Maria Cristina Kiehr, Roberta Invernizzi et Adriana Fernández, sopranos ; Jordi Ricart, baryton ; Achim Schulz Anderson, ténor ; Furio Zanasi, baryton — les sources disponibles ne détaillent pas l’attribution précise de chaque rôle à chaque chanteur.
Direction : Gabriel Garrido.
Orchestre : Ensemble Elyma, avec le Studio di Musica Antica Antonio Il Verso.
Langue : Italien.

Particularité :

Gravure sur instruments anciens s’inscrivant dans le vaste travail de redécouverte des débuts de l’opéra florentin et mantouan mené par Gabriel Garrido et l’Ensemble Elyma, qui devaient également graver L’Orfeo de Monteverdi et L’Euridice de Peri.

Jay Bernfeld — 2007

Format : 1 CD.
Label : Arion.
Référence : ARN68776.
Année d’enregistrement : avril 2007.
Distribution :

  • Dafne : Chantal Santon, soprano
  • Apollo : Mathieu Abelli, ténor
  • Venere : Guillemette Laurens, mezzo-soprano
  • Amore : Daphné Touchais, soprano
  • Tirsi : Benoît Porcherot, ténor
  • Pastore : Marc Manodritta
  • Pastore : Philippe Roche

Direction : Jay Bernfeld.
Orchestre : Ensemble Fuoco e Cenere.
Langue : Italien.

Particularité :

Distingué par un Orphée d’or de l’Académie du disque lyrique et salué unanimement par la critique (5 diapasons, 4 étoiles du Monde de la musique). Sur ResMusica, le critique Hubert Stoecklin y voit un « flamboyant manifeste » réfutant l’idée reçue d’un opéra naissant réduit à un récitatif fastidieux, saluant en particulier « le timbre inimitable et prenant » de Guillemette Laurens en Vénus.

Postérité :

La Dafne de Gagliano occupe une place particulière dans l’histoire de l’opéra : composée sur le même livret que la toute première œuvre du genre (la Dafne de Peri, 1598, aujourd’hui perdue à l’exception de fragments), sa partition intégralement conservée et abondamment commentée par son auteur en fait l’une des sources les plus précieuses pour comprendre les pratiques d’exécution du tout jeune répertoire florentin et mantouan. Sa redécouverte discographique, entamée par Jürgens en 1976 puis poursuivie par Garrido en 1995 et par Bernfeld en 2007, a accompagné le regain d’intérêt porté depuis un demi-siècle aux origines de l’opéra.

 

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