Format :
- Opéra comique en quatre actes.
- Musique : Friedrich von Flotow
- Livret : Friedrich Wilhelm Riese, d’après le livret du ballet-pantomime Lady Henriette, ou La servante de Greenwich de Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges
- Langue : allemand
Création :
25 novembre 1847, Kärntnertortheater, Vienne.
En 1844, l’Opéra de Paris avait chargé Flotow de composer le premier acte d’un ballet-pantomime en trois actes, Lady Henriette, ou La servante de Greenwich, sur un argument de Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges, les deux actes suivants étant confiés à Friedrich Burgmüller et Édouard Deldevez. Séduit par ce sujet, Flotow le reprit trois ans plus tard avec son librettiste habituel Friedrich Wilhelm Riese pour en tirer un opéra chanté en allemand, créé à Vienne sous le titre Martha, oder Der Markt zu Richmond. Le succès fut immédiat et l’œuvre gagna en quelques années la plupart des scènes européennes, puis les États-Unis et l’Australie dès le milieu des années 1850.
Livret :
L’intrigue transpose à Richmond, sous le règne de la reine Anne, un argument déjà utilisé pour le ballet parisien de 1844 : une dame de la cour lassée de son existence se travestit en servante pour se rendre incognito à la foire aux domestiques, où elle est engagée par un fermier qui tombe amoureux d’elle sans connaître sa véritable identité. Riese conserva cette trame en l’adaptant au goût de l’opéra-comique allemand, y intégrant notamment la mélodie populaire irlandaise The Last Rose of Summer (« Letzte Rose »), que l’héroïne chante à plusieurs reprises et qui devint l’un des numéros les plus célèbres de la partition.
Intrigue :
- Acte I : Lasse de la vie de cour, Lady Harriet Durham, dame d’honneur de la reine Anne, décide avec sa suivante Nancy de se rendre déguisée à la foire aux domestiques de Richmond, entraînant malgré lui son cousin Sir Tristan Mickleford. Sous les noms de « Martha » et « Julia », les deux jeunes femmes sont engagées comme servantes, pour un contrat d’un an, par les fermiers Plunkett et Lyonel.
- Acte II : Installées chez les deux fermiers, Harriet et Nancy découvrent les tâches domestiques qu’elles ignorent tout à fait, au grand embarras de leurs employeurs. Lyonel s’éprend sincèrement de « Martha », qui n’ose lui avouer la vérité ; à la faveur de la nuit, les deux femmes s’enfuient pour échapper à leur engagement.
- Acte III : Lors d’une chasse royale, Plunkett et Lyonel reconnaissent Harriet et Nancy, qui feignent de ne pas les connaître. Lyonel, désespéré, chante son amour (« Ach, so fromm », le fameux « M’appari » des versions italiennes). On découvre alors qu’il est en réalité le fils d’un comte de Derby injustement banni, dont l’honneur vient d’être réhabilité ; devenu noble, il repousse à son tour Harriet par dépit, avant de comprendre qu’elle l’aime réellement.
- Acte IV : Bouleversée, Harriet se confie à Nancy et à Plunkett, qui organisent une reconstitution de la foire de Richmond près de la ferme afin de ramener Lyonel à de meilleurs sentiments. Retrouvant « Martha » dans son costume de servante, Lyonel lui pardonne et les deux couples, Harriet et Lyonel, Nancy et Plunkett, se retrouvent enfin réunis.
Enregistrement(s) :

Heinz Wallberg — 1978
Format : Intégrale (2 CD / coffret 3 LP)
Label : Eurodisc (réédité par RCA dans la collection « Opera! »)
Référence : Eurodisc 25 422 XGR (LP) ; RCA 74321 32231 2 (réédition CD)
Année d’enregistrement : octobre 1977, Munich.
Distribution :
- Lady Harriet Durham : Lucia Popp, soprano
- Nancy : Doris Soffel, mezzo-soprano
- Lyonel : Siegfried Jerusalem, ténor
- Plunkett : Karl Ridderbusch, basse
- Sir Tristan Mickleford : Siegmund Nimsgern, basse
Direction : Heinz Wallberg
Orchestre : Münchner Rundfunkorchester (Orchestre de la Radio de Munich)
Chœur : Chor des Bayerischen Rundfunks (Chœur de la Radio bavaroise)
Langue : allemand
Particularité :
Cette version studio réunit une distribution particulièrement homogène pour l’époque : Lucia Popp apporte à Lady Harriet la fraîcheur et l’aisance vocale qui ont fait sa réputation dans le répertoire lyrique allemand, tandis que Siegfried Jerusalem, encore au début de sa carrière internationale, campe un Lyonel au timbre clair et à la ligne soignée, notamment dans « Ach, so fromm ». Karl Ridderbusch et Doris Soffel donnent tout leur relief comique au couple Plunkett-Nancy, et Heinz Wallberg conduit le Münchner Rundfunkorchester avec une élégance et un sens du rythme qui restituent bien l’esprit demi-français, demi-allemand de la partition. Elle demeure l’une des intégrales les plus recommandées de l’ouvrage.
Postérité :
Martha fut, jusqu’au milieu du XXe siècle, l’un des opéras les plus joués sur les scènes de langue allemande, portée notamment par le succès international d’Enrico Caruso dans le rôle de Lyonel, qu’il chanta en italien (l’air « M’appari tutt’amor » devenant l’un des grands tubes du répertoire ténor). Sa popularité déclina ensuite nettement à partir des années 1920, l’œuvre étant aujourd’hui bien plus rarement représentée qu’elle ne le fut en son temps, même si elle reste, de loin, la plus durable des quelque trente opéras de Flotow et connaît, depuis les années 1980, un regain d’intérêt discographique et scénique ponctuel.

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