Note personnelle : ,

Duval, Mademoiselle — Les Génies ou Les Caractères de l’amour (1736)

Format :

  • Opéra-ballet (ballet à entrées) en un prologue et quatre actes (« entrées »).
  • Musique : Mademoiselle Duval (Duval « l’aînée », prénom inconnu ; dates incertaines, donnée ici comme 1718-1775)
  • Livret : Jacques Fleury
  • Langue : français

Création :

18 octobre 1736, Académie royale de musique, Paris.
Mademoiselle Duval est la seconde femme, après Élisabeth Jacquet de La Guerre (Céphale et Procris, 1694), dont un opéra est représenté à l’Académie royale de musique ; Henriette-Adélaïde de Villars (Mlle Beaumesnil) suivra en 1784. Elle a tout juste vingt-deux ans. Les Génies est son unique ouvrage lyrique, dédié au prince de Carignan, inspecteur général de l’Opéra et protecteur de la jeune femme. Pour lui assurer le succès, l’Opéra réunit les meilleurs éléments de la troupe : Marie Antier (la Principale Nymphe, Pircaride), Marie Pélissier (Zaïre, une Sylphide), Marie Fel (l’Amour, une Africaine), Denis-François Tribou (Léandre, un Sylphe) et Louis Chassé (Zoroastre, Numapire), auxquels s’ajoutent des danseurs comme Marie Sallé. Le public s’émerveille de voir la compositrice tenir le clavecin du continuo dans la fosse, entourée d’un orchestre d’hommes, tandis que Jean-Féry Rebel bat la mesure. L’œuvre est jouée neuf fois, du 18 octobre au 4 novembre 1736, puis donnée une fois à la cour lors des concerts de la reine Marie Leszczynska, les 11 et 13 août 1738 ; elle n’a jamais été reprise à l’Opéra.

Livret :

Jacques Fleury avait signé sept ans plus tôt la tragédie Biblis (musique de Lacoste), accueillie de façon mitigée. Pour son second essai lyrique, il choisit le ballet à intrigues multiples, très à la mode dans les années 1730, où plusieurs actes indépendants développent chacun une intrigue particulière sur un thème annoncé dans un prologue. Désireux à l’origine de construire l’œuvre autour des éléments, il dut revoir son plan car Les Éléments de Lalande et Destouches existaient déjà, de même que Les Caractères de l’Amour de Colin de Blamont (1736). Il conserve son plan en l’articulant autour des génies de l’eau (les Nymphes), de la terre (les Gnomes), du feu (les Salamandres) et de l’air (les Sylphes), et brosse un tableau contrasté des caractères de l’amour : indiscret, ambitieux, violent, léger. Le livret est ordinairement jugé faible, manquant de contrastes et de caractérisation, et Fleury rend lui-même hommage à sa collaboratrice dans son avertissement.

Intrigue :

  • Prologue : Au milieu d’un désert, Zoroastre invite les génies élémentaires à parcourir la terre, le feu, l’eau et les airs pour y répandre leurs bienfaits. L’Amour modère ses ardeurs en rappelant qu’il est seul maître de l’univers, ordonne aux Jeux et aux Plaisirs de se réjouir, puis annonce les différentes entrées qui évoquent les caractères de l’amour.
  • Première entrée, Les Nymphes, ou l’amour indiscret : Dans un jardin en bordure de mer, Léandre confie à Zerbin sa passion pour Lucile ; Zerbin dénonce à Lucile le caractère volage de son amant et l’invite à se cacher pour l’espionner. Léandre, se croyant à l’abri des regards, déclare sa flamme à une Nymphe. Lucile sort de sa cachette et lui jure de ne plus le revoir. Léandre décide de reconquérir Lucile ; la Nymphe outragée déchaîne un orage violent pour dévaster les lieux.
  • Deuxième entrée, Les Gnomes, ou l’amour ambitieux : Zaïre raconte à sa confidente un songe dans lequel elle a vu Adolphe, l’élu de son cœur, trôner au milieu d’une cour brillante. Elle espère s’unir à un homme d’un rang supérieur et, déçue que le songe ne se réalise pas quand paraît Adolphe, tente de le repousser. Adolphe se fait reconnaître comme roi des Gnomes et tous célèbrent leur amour.
  • Troisième entrée, Les Salamandres, ou l’amour violent : Captive dans le palais de Numapire, Isménide se désole d’être séparée de son amant Idas. Pircaride, montée sur un char de feu, veut tuer Isménide qu’elle croit sa rivale auprès de Numapire, mais s’arrête quand celle-ci évoque son amour pour Idas. Ayant pris les traits d’Isménide, Pircaride interroge Numapire, qui lui déclare sa flamme et avoue haïr Pircaride, puis appelle à célébrer leur union. Pircaride interrompt la fête, se dévoile et révèle à Numapire l’amour d’Isménide et d’Idas ; fou de rage, Numapire ordonne de ravager leur palais par les flammes.
  • Quatrième entrée, Les Sylphes, ou l’amour léger : Cet acte, dont le synopsis n’est pas repris dans le livret du disque, met en scène un Sylphe, une Sylphide et Florise, dans une intrigue d’amour inconstant, avec entrée des masques, chœurs et danses, et s’achève sur un chœur (« Chantons, ne songeons qu’aux plaisirs »).

Enregistrement :

Camille Delaforge — 2024

Format : 2 CD (141’57)
Label : Château de Versailles Spectacles (collection Opéra français, n° 20)
Référence : CVS121
Année d’enregistrement : 6-8 mars 2023, Salle des Croisades, Château de Versailles ; paru en 2024.
Distribution :

  • Lucile, Zaïre, Isménide, Florise : Marie Perbost
  • L’Amour, Zamide, une Sylphide : Florie Valiquette
  • La Principale Nymphe, Pircaride : Anna Reinhold
  • Léandre : Étienne de Bénazé
  • Un Indien, un Sylphe : Paco Garcia
  • Zoroastre, Numapire : Guilhem Worms
  • Zerbin, Adolphe : Matthieu Walendzik
  • L’Africaine, une Nymphe : Cécile Achille

Direction : Camille Delaforge, direction et clavecin
Orchestre : Ensemble Il Caravaggio
Chœur : Chœur de l’Opéra Royal (cheffe de chœur : Lucile de Trémiolles)
Langue : français

Particularité :

Première résurrection moderne de l’ouvrage, à l’initiative de Camille Delaforge, qui l’a découvert avec Benoît Dratwicki au Centre de musique baroque de Versailles et l’a préparé pendant deux ans (recherches, concerts). La partition réduite publiée en 1736 étant la seule source subsistante, il a fallu recomposer les parties manquantes des altos (haute-contre et taille de violon) et des voix de haute-contre et de taille du chœur, d’après la manière des contemporains, l’harmonie du chiffrage et la direction vocale impliquée par le dessus et la basse. Comme la compositrice, la cheffe joue elle-même le clavecin de l’ensemble.

Postérité :

Le Mercure de France de novembre 1736 se montre plutôt élogieux, mais l’œuvre ne connaît qu’un succès modeste et disparaît de l’affiche après neuf représentations, sans que l’on puisse en attribuer l’échec à l’interprétation. Le langage de Mlle Duval, plutôt conservateur, s’inspire de Campra, Mouret ou Colin de Blamont et évoque parfois Lully ; elle reste étrangère à la révolution ramiste amorcée trois ans plus tôt avec Hippolyte et Aricie. On loue sa fluidité mélodique, la virtuosité des voix légères, la théâtralité des rôles dramatiques et la qualité des chœurs ; le troisième acte (Les Salamandres) est jugé le plus réussi, et le duo de la Sylphide et du Sylphe le plus séduisant du dernier acte. Antoine de Léris rapporte en 1754 qu’elle accompagna elle-même tout son opéra au clavecin, sous les yeux ravis et étonnés du public.

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