Format :
- Comédie mêlée d’ariettes (opéra-comique) en un acte.
- Livret : Louis Anseaume (Paris, 1721-1784), d’après deux fables de Jean de La Fontaine : L’Ours et les deux compagnons et La Laitière et le pot au lait.
- Langue : français
Création :
21 juillet 1763, Théâtre des Comédiens Italiens (Hôtel de Bourgogne), Paris.
Représentée par la troupe des Comédiens Italiens, cette petite pièce fut ensuite jouée de très nombreuses fois à l’Opéra-Comique, publiée rapidement, et connut une popularité croissante dans les théâtres européens entre les années 1780 et le début du XIXe siècle.
Livret :
Le livret de Louis Anseaume réunit deux fables très connues de La Fontaine, dont les morales avaient déjà donné naissance à des expressions passées dans le langage courant : « pleurer sur son lait renversé » et « il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué ». Ce fonds de sagesse populaire, mêlé à un cadre pastoral et à un comique de situation très enlevé, assura à l’ouvrage un succès qui dépassa largement le public parisien ; Marie-Antoinette elle-même aurait chanté le rôle de Perrette en 1783, au Théâtre de la Reine du Petit Trianon à Versailles.
Intrigue :
- Acte unique : Deux chasseurs, Colas et Guillot, ont passé la nuit sous la pluie et l’orage à guetter un ours, sans succès : la bête leur échappe au moment où ils croyaient la tenir. Guillot, d’humeur légère, se console en chantant l’amour et la bonne fortune, tandis que Colas reste transi et maussade. Survient Perrette, la jeune laitière, qui porte son pot de lait au marché ; Guillot entreprend aussitôt de la courtiser, sur le mode d’un badinage où elle se compare à une perdrix rusée échappant au renard. Restée seule, Perrette se laisse emporter par une rêverie ambitieuse : avec l’argent de son lait, elle achètera des œufs, puis des poulets, puis un troupeau tout entier de moutons, vaches et chevaux. Emportée par son imagination, elle laisse tomber son pot : tout son projet de fortune s’effondre avec le lait répandu. Peu après, une masure croule sur les trois personnages réunis ; Colas et Guillot, meurtris, se lamentent bruyamment de leurs blessures, tandis que Perrette, malgré sa propre déconvenue, se moque doucement de leur mésaventure. La pièce s’achève sur un vaudeville où chacun des trois tire, à tour de rôle, la morale de son échec — ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir abattu, ne pas compter sur un lait qui n’est pas encore vendu — avant un chœur final rappelant que le sort « nous berce, puis nous renverse ».
Enregistrement(s) :

Roberto Balconi — 2016
Format : 1 CD
Label : Brilliant Classics
Référence : 95422BR
Année d’enregistrement : 13-16 juillet 2010, Salle de concert de l’École de musique M. Karłowicz, Poznań, Pologne (parution : 9 décembre 2016).
Distribution :
- Perrette : Agnieszka Budzińska-Bennett, soprano
- Guillot : Maciej Straburzyński, baryton
- Colas : Łukasz Wilda, ténor
Direction : Roberto Balconi
Orchestre : Accademia dell’Arcadia (Poznań), sur instruments d’époque
Langue : français
Particularité :
Cet enregistrement, réalisé sur instruments anciens par l’Accademia dell’Arcadia de Poznań sous la direction du contre-ténor et chef Roberto Balconi, constitue l’une des rares gravures modernes de cette comédie mêlée d’ariettes, pourtant considérée en son temps comme l’un des sommets du genre. Le disque complète la partition de Duni (dialogues parlés non enregistrés) par la Sinfonia en fa majeur du compositeur polonais Michał Orłowski, figure quasi inconnue de la seconde moitié du XVIIIe siècle active à Częstochowa, dont l’œuvre puise dans les danses populaires polonaises (cracovienne, mode lydien des Highlands de Podhale) : un pendant discret à la redécouverte du répertoire galant français que propose Balconi.
Postérité :
Les deux chasseurs et la laitière fait figure d’exception parmi les productions du style galant : comme le Stabat Mater de Pergolèse ou la Passion de Graun, l’ouvrage s’est maintenu au répertoire bien après l’évolution du goût vers le classicisme, porté par la légèreté et l’efficacité de sa musique autant que par l’universalité de ses deux fables sources. Napolitain formé au Conservatorio di Santa Maria di Loreto puis maître de chapelle à Parme, Egidio Romualdo Duni s’installe à Paris en 1757 et devient en 1761 directeur musical de la Comédie-Italienne ; aux côtés des librettistes Favart et Anseaume, il contribue de façon décisive à la naissance de la comédie mêlée d’ariettes, forme d’opéra-comique alternant airs brefs nouvellement composés et dialogues parlés, où se mêlent influences italiennes et françaises. L’œuvre a fait l’objet de reprises modernes occasionnelles, dont un enregistrement plus récent (2024, label Aparte) témoigne de la persistance de l’intérêt pour ce compositeur trop peu joué aujourd’hui.

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