Format :
- Ópera escénica (adaptation hispanique du dramma per musica italien) en un acte, précédée d’une introduction allégorique (loa).
- Livret : anonyme.
- Langue : espagnol
Création :
Œuvre vraisemblablement composée en 1701-1702 pour célébrer le mariage de Philippe V et de Marie-Louise-Gabrielle de Savoie (célébré par procuration en 1701), sur commande probable du Ve comte de Salvatierra, dédicataire de la partition, à l’occasion de ses propres noces avec Doña María Leonor Dávila López de Zúñiga. Aucun document ni témoignage ne permet d’attester une représentation effective à l’époque ; l’œuvre nous est parvenue par un manuscrit unique, luxueusement copié (le copiste est vraisemblablement Juan Simón Barber, lié à la Chapelle royale), aujourd’hui conservé à la Bibliothèque nationale d’Espagne à Madrid (cote M/2278).
Livret :
L’auteur du texte demeure inconnu : le seul indice se trouve dans l’œuvre elle-même, à la scène 6, où Jupiter, prenant la voix du poète, s’excuse d’avoir eu la « hardiesse » d’écrire par obéissance plutôt que par métier, ce qui suggère un amateur agissant sur commande du comte de Salvatierra plutôt qu’un des collaborateurs habituels de Durón comme Antonio de Zamora ou José de Cañizares. L’ouvrage développe une double allégorie politique : l’introduction rend hommage au comte de Salvatierra et à son épouse à l’occasion de leur mariage, tandis que l’opéra proprement dit célèbre Philippe V, dont les quatre personnages incarnent les protagonistes de la guerre de Succession d’Espagne alors imminente : Hercule figure le jeune roi Philippe V, Jupiter le général des armées divines, Minerve — déesse de la Science et de la vaillance — la reine Marie-Louise-Gabrielle, et Palante, chef des Géants, l’alliance ennemie des Habsbourg.
Intrigue :
- Introduction : quatre figures allégoriques — la Renommée, le Temps, l’Immortalité et le Silence — rivalisent en une suite de tonadas et de coplas pour savoir laquelle mérite le plus de célébrer la fête du jour.
- Scène 1 : Palante convoque les Géants et leur annonce son intention de conquérir l’Olympe.
- Scène 2 : alertée par le tumulte, Minerve convoque Jupiter et lui demande de préparer la défense du ciel.
- Scène 3 : Hercule se plaint de n’avoir aucun adversaire à sa mesure ; Minerve, piquée par son insouciance, lui reproche son manque de vigilance face à la menace des Géants.
- Scène 4 : les deux armées se forment ; Jupiter harangue ses troupes, mais les dieux, effrayés par l’assaut, reculent ; Jupiter reconnaît alors l’importance de Minerve, qui lui reproche de ne pas avoir eu confiance en la Science et appelle Hercule à joindre ses armes aux siennes.
- Scène 5 : point culminant du drame — resté seul, abandonné de ses troupes, Palante fait face à Minerve et la supplie de lui laisser la vie ; celle-ci le transperce de sa lance, et Palante, mortellement blessé, entonne une plainte avant d’expirer.
- Scène 6 : célébration du triomphe des dieux sur Palante et les Géants.
Enregistrement(s) :

Rogério Gonçalves — 2013
Format : 1 CD
Label : Panclassics
Référence : PC10276
Année d’enregistrement : 13-15 janvier 2012, Temple de Sainte-Croix (Suisse) ; parution en 2013.
Distribution :
- Júpiter : Eva Juárez, soprano
- Hércules : Camilla de Falleiro, soprano
- Minerva : Anna Freivogel, mezzo-soprano
- Palante : Maria Weiss, mezzo-soprano
Direction : Rogério Gonçalves
Orchestre : A Corte Musical, sur instruments d’époque
Langue : espagnol
Particularité :
Réalisé à partir de la transcription critique établie par le musicologue Antonio Martín Moreno (Université de Grenade), ce disque constitue l’un des tout premiers enregistrements modernes de cette pièce restée inédite depuis sa composition. L’ensemble suisse A Corte Musical, fondé et dirigé par le bassoniste brésilien Rogério Gonçalves, y déploie une instrumentation typiquement ibérique — guitare et harpe espagnoles, théorbe, violone — aux côtés des cordes et d’une trompette, conforme à l’orchestration réduite (deux violons, un « clarín » aigu et un continuo fourni) que Durón emploie dans cette partition.

Darío Moreno — 2019
Format : 1 CD
Label : IBS Classical
Référence : IBS132019
Année d’enregistrement : 30-31 juillet et 1er août 2018, Auditorio Manuel de Falla, Grenade (Espagne) ; parution en 2019.
Distribution :
- Júpiter : Eva Juárez, soprano
- Hércules : Solomía Antonyak, mezzo-soprano
- Minerva : Aurora Peña, mezzo-soprano
- Palante : Marta Infante, mezzo-soprano
- La Fama : Pilar Alva, soprano
- El Tiempo : Soledad Cardoso, mezzo-soprano
- La Inmortalidad : Laura Sabatel, soprano
- El Silencio : Olalla Alemán, mezzo-soprano
- Ténor : Luis David Barrios
Direction : Darío Moreno (clavecin et direction musicale), Darío Tamayo (direction artistique)
Orchestre : Orquesta Barroca de Granada & Íliber Ensemble, sur instruments d’époque
Langue : espagnol
Particularité :
Cet enregistrement accompagne la toute première production scénique moderne de l’œuvre, montée en 2017 à Grenade par l’Orquesta Barroca de Granada en collaboration avec l’association Ars Hispana. Le livret du disque, doté d’une étude approfondie du musicologue Raúl Angulo Díaz (Asociación Ars Hispana), propose l’analyse la plus détaillée à ce jour du sens allégorique de l’œuvre et de son improbable histoire scénique, l’« Ópera escénica » n’ayant sans doute jamais été jouée du vivant de Durón.
Postérité :
Né à Brihuega (Guadalajara) le 19 avril 1660 et mort en exil à Cambo-les-Bains le 3 août 1716, Sebastián Durón fut formé par son demi-frère Diego Durón puis par Alonso Xuárez, avant d’occuper les orgues des cathédrales de Séville, du Burgo de Osma puis de Palencia. Nommé en 1691 maître de la Chapelle royale sous Charles II, point culminant de la carrière d’un musicien espagnol de son temps, il resta fidèle à la cause des Habsbourg après l’avènement des Bourbons en 1700 et fut exilé à Bayonne dès 1706, sans jamais revoir l’Espagne. Surtout connu aujourd’hui pour ses zarzuelas, Durón laisse avec La Guerra de los Gigantes l’un des rares exemples d’« ópera escénica » entièrement chantée du répertoire scénique espagnol de cette période charnière, où les formes nationales de la tonada et des coplas voisinent avec le récitatif et l’aria da capo récemment importés d’Italie par les musiciens de la cour de Philippe V. Longtemps oubliée, l’œuvre n’a resurgi qu’au XXe siècle grâce aux travaux d’édition critique d’Antonio Martín Moreno, avant de connaître deux enregistrements discographiques notables (Panclassics, 2013 ; IBS Classical, 2019) ainsi que sa première recréation scénique par l’Orquesta Barroca de Granada en 2017.

Laisser un commentaire