Format :
- Genre Opéra-comique en deux actes (« comédie mêlée d’ariettes »).
- Musique : Egidio Duni.
- Livret : Louis Anseaume.
- Langue : Français
Création :
26 juillet 1757, Théâtre de la Foire Saint-Laurent, Paris.
Maître de chapelle du duc de Parme, Duni vient tout juste de s’installer à Paris lorsque cette première œuvre française, sa toute première incursion dans l’opéra-comique, triomphe à la Foire Saint-Laurent et y reste durablement au répertoire. Le succès est unanime chez les observateurs du temps : Jean Monnet, directeur des théâtres de la Foire, estime qu’elle « a fini par établir le goût français pour cette musique » ; les Mémoires secrets de Bachaumont saluent en Duni le musicien qui « a le premier révolutionné le genre de l’opéra-comique » ; Melchior Grimm, dans la Correspondance littéraire, y voit une étape majeure, et Diderot ira jusqu’à prédire, non sans malice, le déclin de l’Académie royale de musique face à ce nouveau genre. C’est en effet avec cette partition, presque entièrement composée (et non plus rapiécée de vaudevilles empruntés), que naît véritablement l’opéra-comique comme genre musical autonome.
Livret :
Louis Anseaume campe une intrigue typique de la comédie de barbon : un peintre vieillissant, Alberti, s’éprend de son jeune modèle, Laurette, sans savoir que le cœur de celle-ci est déjà pris par Zerbin, le jeune apprenti du peintre — qui finira par l’épouser. Au-delà de son ressort comique convenu, l’œuvre met en abyme la question de l’art lui-même : au classicisme figé du maître répond la spontanéité du trait de l’apprenti, comme la régularité de la tradition italienne cède, dans la partition de Duni, à une écriture plus souple et plus proche de la déclamation naturelle du français.
Intrigue :
- Acte I : Le peintre Alberti s’impatiente en attendant son modèle. Son jeune apprenti Zerbin s’ouvre à Jacinte, la confidente de Laurette, de son amour secret pour la jeune fille qui doit venir poser. Alberti annonce triomphalement avoir « trouvé la belle », puis accueille Laurette et Jacinte à l’atelier. Resté seul avec Laurette, il lui fait une cour empressée et lui déclare sa flamme, sans se douter qu’elle en aime un autre ; l’acte se referme sur un ensemble où chacun feint de partager l’enthousiasme du vieux peintre.
- Acte II : Laurette laisse deviner à demi-mot son amour pour Zerbin. Jacinte, qui a percé le secret des jeunes gens, favorise leurs rendez-vous sous couvert des séances de pose. Alberti, de plus en plus inquiet, interroge Jacinte puis, resté seul, laisse éclater son dépit et se raisonne contre sa passion tardive. Croyant enfin obtenir un tête-à-tête avec Laurette, il l’installe devant son chevalet pour achever son portrait et lui renouvelle sa déclaration — avant de découvrir que le sourire de la jeune fille s’adressait à Zerbin, cause dissimulée derrière lui puis derrière la toile. Démasqué, le vieux peintre doit s’incliner : la raison l’emporte sur l’amour, et tous se réjouissent de l’union prochaine de Zerbin et de Laurette.
Enregistrement(s) :

Wåhlberg — 2023
Format : CD (coffret de 2 disques ; l’œuvre occupe le CD1).
Label : Aparté.
Référence : AP314.
Année d’enregistrement : Février 2022, salle Øystein du Palais épiscopal (Erkebispegården), Trondheim, Norvège.
Distribution :
- Laurette : Pauline Texier, soprano
- Jacinte : Anaïs Yvoz, mezzo-soprano
- Zerbin : David Tricou, ténor (haute-contre)
- Alberti : Éric Huchet, ténor
Direction : Martin Wåhlberg.
Orchestre : Orkester Nord.
Langue : Français.
Particularité :
Premier enregistrement mondial de l’œuvre. La direction de Martin Wåhlberg, vive et précise, donne à cette partition toute sa vivacité et son urgence dramatique, avec quelques bruits de scène glissés discrètement pour en souligner la théâtralité. Éric Huchet compose un Alberti à la fois musical et touchant, David Tricou prête à Zerbin un raffinement de bon aloi, tandis qu’Anaïs Yvoz se montre ravissante de légèreté et de brio en Jacinte et que Pauline Texier impose une présence musicale et dramatique en Laurette. Si la partition elle-même reste d’un charme discret plutôt que d’une folle inventivité, elle pose déjà les stéréotypes appelés à faire florès dans tout le genre de l’opéra-comique.
Postérité :
L’œuvre reste durablement au répertoire de la Foire puis de l’Opéra-Comique, et voyage rapidement hors de France : sa version allemande est donnée à Vienne dès 1773, où le genre nouveau de l’opéra-comique — que l’empereur Joseph II désigne alors sous ce même nom pour parler du Singspiel — s’impose au Nationaltheater dans les années qui précèdent la création de La Flûte enchantée. Une de ses ariettes sera même reprise par le compositeur suédois Carl Michael Bellman en 1790. Duni poursuivra sur cette lancée avec La fille mal gardée (1758), achevant d’établir l’opéra-comique comme genre autonome, entièrement composé, et non plus tributaire du pastiche de vaudevilles — un tournant salué en leur temps par Grimm et Diderot.

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