Format :
- Genre Melodramma serio en deux actes.
- Musique : Gaetano Donizetti.
- Livret : Felice Romani.
- Langue : italien.
Création :
27 février 1834, Teatro della Pergola (Teatro dell’Accademia degli Immobili), Florence, sous le patronage de Léopold II, grand-duc de Toscane.
Donizetti est alors au faîte de sa réputation : fraîchement auréolé du succès milanais de Lucrezia Borgia et, depuis le départ de Bellini pour Paris, devenu le principal représentant de l’opéra italien. La commande de Rosmonda lui parvient très tardivement et n’est confirmée que quelques semaines avant la création, comme en témoigne une correspondance nourrie avec l’imprésario Alessandro Lanari ; pendant des mois le compositeur redoute de devoir écrire pour Giuseppina Ronzi de Begnis, dont il juge la voix « froide, froide même si juste et intonée », plutôt que pour Fanny Persiani, finalement retenue. Composé et monté dans l’urgence, l’opéra reçoit un accueil ni franchement négatif ni enthousiaste : la presse loue la qualité des vers mais s’interroge sur le traitement du sujet, jugé non pas tragique mais proche du fait divers horrifique, avec le meurtre d’une femme par une autre en pleine vue du public.
Livret :
Felice Romani rédige le livret dans l’urgence, en révisant pour l’essentiel un texte qu’il avait déjà écrit en 1829 pour Rosmunda, opéra de Carlo Coccia, lui-même tiré d’un roman homonyme de Walter Scott qui avait également inspiré un ballet mis en musique par Francesco Schira sur une chorégraphie de Giovanni Galzerani. L’œuvre dramatise, avec une grande liberté envers l’Histoire, la légende de la « Belle Rosemonde » (Rosamund Clifford), maîtresse cachée du roi Henri II d’Angleterre, et sa mort aux mains d’une reine Éléonore d’Aquitaine dévorée par la jalousie.
Intrigue :
- Acte I : De retour d’une victorieuse campagne d’Irlande, le roi Enrico II (Henri II) est accueilli avec joie par ses sujets. Mais il cache à tous, y compris à la reine Leonora (Éléonore d’Aquitaine), qu’il entretient en secret, dans une tour du château de Woodstock, une jeune maîtresse, Rosmonda, à laquelle il ne s’est jamais présenté que sous le faux nom d’« Edegardo ». Leonora, résolue à percer le mystère de cette trahison, tente d’exploiter le jeune page Arturo, lui-même secrètement épris de Rosmonda. Rentré de France, Clifford, conseiller et ancien précepteur du roi, ignore tout de la liaison de sa propre fille avec le souverain ; il presse Enrico de renoncer à son amante inconnue pour ne pas briser le lien sacré du mariage. Enrico l’assure qu’il sera lui-même comblé lorsqu’il connaîtra l’élue de son cœur — mais lorsque Clifford se rend à la tour, il découvre avec horreur que la maîtresse du roi n’est autre que sa propre fille. Survient alors Leonora en personne, qui feint d’ignorer la vérité tout en l’aggravant aux yeux de tous ; furieux, Enrico la chasse.
- Acte II : À la cour, les conseillers pressent le roi de répudier Leonora ; celle-ci tente en vain de le séduire et de le retenir avant d’être finalement renvoyée en Aquitaine. À la tour, Clifford, que Leonora a fait libérer dans l’espoir de s’en servir, exhorte au contraire sa fille à fuir l’Angleterre et à épouser Arturo, qui a ménagé un passage secret ; bouleversée, Rosmonda songe un temps au couvent avant de céder à la douleur de son père. Lorsque Enrico revient lui offrir mariage et couronne, elle refuse, lui rappelant qu’elle a donné son amour et sa foi à « Edegardo », non au roi. La nuit venue, dans les jardins du château, Rosmonda doit retrouver secrètement son père et Arturo pour s’enfuir vers l’Aquitaine ; mais c’est Leonora qui la surprend et, apprenant le projet de fuite, la soupçonne un instant d’être sa rivale amoureuse. Aveuglée par la jalousie, la reine poignarde Rosmonda. Enrico, Clifford et Arturo n’arrivent que trop tard : Rosmonda vient de rendre son dernier soupir.
Enregistrement(s) :

David Parry — 1994
Format : 2 CD.
Label : Opera Rara (avec le soutien de la Peter Moores Foundation).
Référence : ORC13.
Année d’enregistrement : juillet 1994, Henry Wood Hall, Londres.
Distribution :
- Rosmonda Clifford : Renée Fleming, soprano
- Leonora di Guienna : Nelly Miricioiu, soprano
- Enrico II, roi d’Angleterre : Bruce Ford, ténor
- Clifford : Alastair Miles, basse
- Arturo : Diana Montague, mezzo-soprano (rôle travesti)
Direction : David Parry.
Orchestre : Philharmonia Orchestra ; Chœur : Geoffrey Mitchell Choir.
Langue : italien.
Particularité :
Cet enregistrement s’inscrit dans le grand projet de redécouverte du bel canto mené par Opera Rara depuis 1975, année où son cofondateur Patric Schmid avait retrouvé le manuscrit autographe de l’œuvre au Conservatoire de Naples. Premier enregistrement intégral moderne de la partition, il révèle une Rosmonda éblouissante sous les traits de Renée Fleming, dont la voix fraîche et la vélocité dans les vocalises sont unanimement saluées, entourée d’une distribution jugée d’un niveau remarquablement homogène ; la critique y voit l’aboutissement exemplaire du travail musicologique d’Opera Rara.

Sebastiano Rolli — 2017
Format : 2 CD, enregistrement public. / DVD
Label : Dynamic.
Référence : CDS7757.02.
Année d’enregistrement : novembre 2016, Teatro Donizetti, Bergame (captation live dans le cadre du Festival Donizetti Opera).
Distribution :
- Rosmonda : Jessica Pratt, soprano
- Leonora : Eva Mei, soprano
- Enrico : Dario Schmunck, ténor
- Clifford : Nicola Ulivieri, basse
- Arturo : Raffaella Lupinacci, mezzo-soprano
Direction : Sebastiano Rolli.
Orchestre et Chœur : Orchestra e Coro Donizetti Opera (chef de chœur : Fabio Tartari).
Langue : italien.
Particularité :
Premier enregistrement mondial de la nouvelle édition critique établie par Alberto Sonzogni pour la Fondazione Donizetti, cette captation documente la première résurrection scénique moderne de l’œuvre. La critique salue particulièrement Eva Mei, en très grande forme vocale, et Raffaella Lupinacci, remarquée comme l’une des meilleures voix de la soirée, ainsi que le Clifford solide de Nicola Ulivieri ; Jessica Pratt, plus inégale, se montre nettement meilleure au second acte, tandis que le Enrico de Dario Schmunck est jugé plus tendu et en délicatesse.
Postérité :
Après un accueil mitigé et une seule reprise, à Livourne en 1845, Rosmonda d’Inghilterra disparaît du répertoire ; une refonte napolitaine destinée à la censure, rebaptisée Eleonora di Gujenna (1837), ne sera jamais représentée. L’œuvre reste oubliée jusqu’à sa redécouverte en 1975 par Patric Schmid, cofondateur d’Opera Rara, qui localise le manuscrit autographe de Donizetti au Conservatoire de Naples ; une exécution en version de concert au Queen Elizabeth Hall de Londres, avec Yvonne Kenny, relance alors l’intérêt pour la partition, suivie d’enregistrements en 1975, 1994 puis 2017. Il faut cependant attendre novembre 2016 et le Festival Donizetti Opera de Bergame pour que l’ouvrage retrouve enfin la scène dans une production entièrement nouvelle.

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