Format :
- Melodramma burlesco (opera buffa) en deux actes.
- Musique : Gaetano Donizetti
- Livret : Gherardo Bevilacqua Aldobrandini, d’après la comédie-vaudeville française Le menuisier de Livonie, ou Les illustres voyageurs d’Alexandre Duval (1805/1816)
- Langue : Italien
Création :
26 décembre 1819, Teatro San Samuele, Venise.
Composé à l’âge de vingt-deux ans, Pietro il Grande est le second opéra vénitien de Donizetti, écrit dans la foulée de son Enrico di Borgogna et de la farsa Una follia, donnés quelques jours plus tôt au même théâtre. Le sujet, tiré de la célèbre anecdote du tsar Pierre le Grand travaillant incognito comme charpentier dans les chantiers navals de Livonie/Saardam, avait déjà inspiré la comédie française d’Alexandre Duval, traduite en italien dès 1816 sous le titre Pietro il Grande. Bevilacqua Aldobrandini, librettiste amateur mais peintre et historien de l’art de profession, en tire un livret original par sa structure, mêlant les emprunts à Metastasio et Da Ponte (jusqu’à une citation directe de l’Olimpiade et des Nozze di Figaro) à des trouvailles personnelles. L’opéra, bien accueilli, connaît plusieurs reprises dans les années 1820 (Bologne 1823-24, Ravenne et Trévise 1824, Rovigo et Vérone 1826, Venise 1827), avant de sombrer dans l’oubli.
Livret :
Bevilacqua Aldobrandini adapte la comédie-vaudeville d’Alexandre Duval Le menuisier de Livonie, ou Les illustres voyageurs, elle-même inspirée du séjour incognito du tsar Pierre Ier parmi les charpentiers de marine hollandais lors de sa Grande Ambassade. Le nom du personnage de Caterina — Scavronski — renvoie directement au patronyme réel (Skavronskaïa) de la future impératrice Catherine Ire, seconde épouse de Pierre le Grand, née de très modeste extraction : le librettiste construit ainsi une double révélation d’identité, celle du tsar caché sous les traits d’un simple charpentier, et celle de la propre future épouse de celui-ci.
Intrigue :
- Acte I : À l’aube, dans un village de Livonie, des villageois se préparent pour une partie de chasse. Le charpentier Carlo, au travail, chante son amour pour Annetta, fille innocente d’un traître à la patrie (le hetman cosaque Mazeppa). Survient l’usurier Firman, auprès duquel Carlo a mis en gage un collier ; une querelle éclate, interrompue par les préparatifs de la chasse. La jalousie de Carlo envers Hondediski, capitaine de la garnison qui courtise Annetta, manque de dégénérer en bagarre ; l’aubergiste Madama Fritz intervient pour calmer les esprits. Arrive un convoi de voyageurs étrangers, en réalité le tsar Pierre voyageant incognito avec sa suite. Pierre interroge Madama Fritz sur ce jeune charpentier aux origines mystérieuses, qui se prétend gentilhomme ; Carlo, irrité d’être ainsi questionné, s’emporte. Le grotesque magistrat local, Ser Cuccupis, se mêle à l’affaire et fait arrêter Carlo pour outrage envers Menzicoff (nom sous lequel voyage le tsar). Une voyageuse, Caterina, se trouble en apprenant l’histoire de Carlo : il pourrait être le frère qu’elle a perdu de vue depuis l’enfance. Au moment où le procès tourne à la condamnation, Madama Fritz fait irruption avec un document attestant la naissance noble de Carlo : Caterina comprend qu’il s’agit bien de son frère et se trouve mal sous le coup de l’émotion.
- Acte II : Madama Fritz se rend chez le Magistrat pour plaider la cause de Carlo, allant jusqu’à le faire miroiter un titre de noblesse. Carlo, libéré et vêtu désormais avec élégance, se heurte pourtant à la froideur d’Annetta. Le capitaine Hondediski, ayant appris que Carlo est le frère de Caterina, prend sa défense. Mais le tsar refuse d’abord de consentir à l’union de Carlo avec Annetta, celle-ci se révélant être la fille du rebelle Mazeppa ; à la nouvelle que le traître est mort dans l’infamie, Pierre, ému, pardonne à la jeune fille et bénit leur mariage. Alors que tous se préparent au départ, le capitaine révèle au Magistrat que Menzicoff n’est autre que le tsar en personne. Ser Cuccupis, pris de vertige devant Madama Fritz, rêve tout haut de la suivre à Saint-Pétersbourg dans les bagages du tsar ; il est promptement détrompé, chassé et frappé d’une forte amende pour son zèle intéressé, sous les rires et les acclamations de tous.
Enregistrement(s) :

Marco Berdondini — 2004
Format : Enregistrement public (live), édition critique (Maria Chiara Bertieri) — première mondiale au disque
Label : Dynamic
Référence : CDS 473/1-2 (2 CD)
Année d’enregistrement : 2004, Palazzo Ducale, Festival della Valle d’Itria, Martina Franca.
Distribution :
- Pietro il Grande : Vito Priante, baryton
- Caterina : Eufemia Tufano, mezzo-soprano
- Madama Fritz : Rosa Anna Peraino, soprano
- Annetta Mazeppa : Rosa Sorice, soprano
- Carlo Scavronski : Alessandro Codeluppi, ténor
- Ser Cuccupis : Giulio Mastrototaro, baryton
- Firman-Trombest : Claudio Sgura, baryton
- Hondediski : Vittorio Bari, ténor
- Il Notaio : Michele Bruno, basse
Mise en scène : Bepi Morassi
Direction : Marco Berdondini
Orchestre : Orchestra Internazionale d’Italia, Coro da Camera di Bratislava (chef de chœur : Pavol Procházka)
Langue : Italien
Particularité :
Premier enregistrement mondial de l’œuvre, capté lors des représentations données par le Festival della Valle d’Itria de Martina Franca en 2004, dans le cadre d’un cycle consacré par le festival au jeune Donizetti « burlesque » (aux côtés notamment de La Zingara). L’édition critique utilisée, établie par Maria Chiara Bertieri pour l’Edizione Nazionale delle Opere di Gaetano Donizetti, restitue pour la première fois la partition dans son état d’origine.
Postérité :
Œuvre de jeunesse encore redevable au style comique de Rossini, Pietro il Grande connaît une carrière honorable mais brève dans l’Italie des années 1820, avant de disparaître totalement du répertoire pendant près de deux siècles. Sa résurrection, comme celle de tant d’opere buffe méconnues de Donizetti, doit beaucoup au travail de redécouverte mené par le Festival della Valle d’Itria à partir de la fin des années 1970 (Il furioso all’isola di San Domingo, L’ajo nell’imbarazzo, Adelaide di Borgogna de Rossini, etc.), qui aboutit en 2004 à la remise en lumière scénique et discographique de cette curieuse comédie sur les origines du couple impérial russe.

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