Note personnelle : , ,

Donizetti, Gaetano — Pia de’ Tolomei (1837)

Format :

  • Tragedia lirica en deux actes.
  • Musique : Gaetano Donizetti
  • Livret : Salvadore Cammarano, d’après le roman en vers Pia de’ Tolomei de Bartolomeo Sestini (1822), lui-même inspiré des vers 130-136 du chant V du Purgatoire de Dante
  • Langue : Italien

Création :

18 février 1837, Teatro Apollo, Venise.
Composé peu après Lucia di Lammermoor (1835) et L’assedio di Calais (1836), Pia de’ Tolomei appartient à la dernière période italienne de Donizetti, avant son départ pour Paris en 1838. La distribution de la création réunit Fanny Tacchinardi Persiani (Pia), Antonio Poggi (Ghino), Giorgio Ronconi (Nello), Rosina Mazzarelli (Rodrigo) et Alessandro Meloni (Piero). Le finale original, tragique, est accueilli fraîchement par le public vénitien. Donizetti révise alors l’ouvrage à plusieurs reprises : une première fois dès le printemps 1837 (Senigallia, 31 juillet), puis pour Rome en mai 1838 (avec Giuseppina Strepponi en Pia), et enfin pour Naples (30 septembre 1838), où la censure napolitaine impose un dénouement édulcoré dans lequel Pia survit. L’œuvre, jouée dans toute l’Italie et en Europe jusque vers 1855, disparaît ensuite presque totalement du répertoire jusqu’à une résurrection à Sienne en 1967.

Livret :

Cammarano s’appuie sur le roman en vers de Bartolomeo Sestini, lui-même fondé sur la brève mais célèbre évocation que fait Dante de Pia dei Tolomei au chant V du Purgatoire : l’âme de la jeune femme y demande à être rappelée au monde des vivants en ces termes restés fameux, « Ricorditi di me, che son la Pia : / Siena mi fé, disfecemi Maremma » (« Souviens-toi de moi, qui suis la Pia : Sienne m’a faite, la Maremme m’a défaite »). Cammarano resserre l’intrigue autour du couple Pia-Nello et de la rivalité de Ghino, dans le contexte des luttes entre Guelfes et Gibelins qui déchirent la Toscane du XIIIe siècle.

Intrigue :

  • Acte I : À Sienne, en 1260. Ghino degli Armieri, cousin du seigneur gibelin Nello della Pietra, aime en secret Pia, l’épouse de ce dernier. Repoussé par elle, il se laisse gagner par le dépit. Pia, de son côté, retrouve secrètement de nuit son frère Rodrigo, un Guelfe proscrit qu’elle aide à échapper à ses poursuivants. Ghino surprend cette entrevue et, ignorant qu’il s’agit du frère de Pia, se persuade qu’elle a un amant. Il instille le soupçon dans l’esprit de Nello, qui, aveuglé par la jalousie, fait arrêter son épouse sans vouloir entendre sa défense.
  • Acte II : Pia est emmurée dans une tour perdue au cœur des marais de la Maremme. Ghino, rongé par le remords, découvre la vérité sur l’identité de Rodrigo et se précipite pour révéler l’innocence de Pia à Nello ; mais il arrive trop tard. Mourante, Pia pardonne à son époux et obtient de lui la réconciliation avec Rodrigo, scellant ainsi la paix entre les deux familles ennemies.

Enregistrement(s) :

Bruno Rigacci — 1976

Format : Enregistrement de studio (RAI), première mondiale au disque
Label : Bongiovanni
Référence : Bongiovanni (Bologne)
Année d’enregistrement : 3 octobre 1976, studios de la RAI, Milan.
Distribution :

  • Pia : Lella Cuberli, soprano
  • Ghino degli Armieri : Renzo Casellato, ténor
  • Nello della Pietra : Giulio Fioravanti, baryton
  • Rodrigo : Benedetta Pecchioli, mezzo-soprano
  • Piero : Alfredo Zanazzo, basse

Direction : Bruno Rigacci
Orchestre : Orchestra e Coro di Milano della RAI
Langue : Italien

Particularité :

Premier enregistrement jamais réalisé de Pia de’ Tolomei, exhumant l’ouvrage près de dix ans après sa résurrection scénique de Sienne (1967). Lella Cuberli, alors en plein essor, y campe une Pia d’une grande pureté vocale ; la prise de son de studio de la RAI, malgré son ancienneté, reste l’une des plus soignées du catalogue Bongiovanni.

Paolo Arrivabeni — 2005

Format : Enregistrement public (live), édition critique Ricordi
Label : Dynamic
Référence : CDS 488/1-2 (2 CD ; également publié en DVD, Dynamic 33488)
Année d’enregistrement : Janvier 2005, Teatro La Fenice, Venise.
Distribution :

  • Pia : Patrizia Ciofi, soprano
  • Ghino degli Armieri : Dario Schmunck, ténor
  • Nello della Pietra : Andrew Schroeder, baryton
  • Rodrigo : Laura Polverelli, mezzo-soprano
  • Piero : Daniel Borowski, basse
  • Ubaldo : Francesco Meli, ténor
  • Bice : Clara Polito, soprano
  • Lamberto : Carlo Cigni, basse

Direction : Paolo Arrivabeni
Orchestre : Orchestre et chœur du Teatro La Fenice de Venise
Langue : Italien

Particularité :

Captée à la Fenice sur la nouvelle édition critique publiée par Ricordi, cette production restitue le finale tragique original de la version de 1837, écarté par Donizetti dans les remaniements ultérieurs. On y remarque, dans le rôle secondaire d’Ubaldo, un tout jeune Francesco Meli, peu avant qu’il ne s’impose comme l’un des grands ténors verdiens de sa génération.

David Parry — 2005

Format : Enregistrement studio, édition critique Opera Rara
Label : Opera Rara
Référence : ORC30 (3 CD)
Année d’enregistrement : 2004, Londres ; publié en 2005.
Distribution :

  • Nello della Pietra : Roberto Servile, baryton
  • Pia : Majella Cullagh, soprano
  • Rodrigo : Manuela Custer, mezzo-soprano
  • Ghino degli Armieri : Bruce Ford, ténor
  • Piero : Mirco Palazzi, basse
  • Bice : Patrizia Biccirè, soprano
  • Lamberto : Marco Vinco, basse
  • Ubaldo : Mark Wilde, ténor
  • Le gardien de la tour de Sienne : Christopher Turner, ténor

Direction : David Parry
Orchestre : London Philharmonic Orchestra, Geoffrey Mitchell Choir
Langue : Italien

Particularité :

Édition discographique la plus complète de l’œuvre : le coffret Opera Rara comprend à la fois le finale tragique original de 1837 et la version révisée « à fin heureuse » imposée par la censure napolitaine de 1838, ainsi que plusieurs variantes musicales issues des reprises ultérieures, le tout accompagné d’un livret substantiel avec traduction anglaise intégrale.

Postérité :

Pia de’ Tolomei connaît un succès honorable dans l’Italie et l’Europe de son temps, jouée jusque vers le milieu des années 1850, avant de sombrer dans un oubli quasi total pendant plus d’un siècle. Sa résurrection scénique à Sienne en 1967 — ville même où se situe l’action, et que Dante associe pour toujours au destin de son héroïne — ouvre la voie à une lente redécouverte : premier enregistrement en 1976, puis, dans le sillage du renouveau donizettien porté par Opera Rara et par les éditions critiques Ricordi, les productions scéniques et discographiques concomitantes de la Fenice et de Londres en 2005 restituent à l’œuvre toute sa cohérence dramatique, jusqu’à sa création américaine au Festival de Spoleto (Charleston) en 2018.

 

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