Note personnelle : , ,

Donizetti, Gaetano — L’Elisir d’Amore (1832)

Format :

  • Melodramma giocoso en deux actes.
  • Musique : Gaetano Donizetti
  • Livret : Felice Romani, d’après le livret d’Eugène Scribe pour Le Philtre, opéra-comique de Daniel-François-Esprit Auber (1831)
  • Langue : italien

Création :

12 mai 1832, Teatro della Canobbiana, Milan.
Donizetti aurait composé la partition dans l’urgence, en une quinzaine de jours, pour remplacer au pied levé un ouvrage resté inachevé et sauver l’ouverture de la saison de printemps du théâtre. Malgré cette gestation éclair, l’ouvrage triompha dès sa création et devint rapidement l’un des opéras les plus joués en Italie entre 1838 et 1848.

Livret :

Felice Romani reprend la trame du livret qu’Eugène Scribe avait écrit pour Le Philtre de Daniel-François-Esprit Auber, créé à Paris l’année précédente. Il en resserre l’action, la transpose dans un village basque puis italien, et surtout l’enrichit de numéros nouveaux voulus par Donizetti lui-même, dont la grande scène et le duo du premier acte et, plus tard, la romance Una furtiva lagrima qui deviendra l’un des airs les plus célèbres du répertoire de ténor.

Intrigue :

  • Acte I : Dans une ferme, le jeune et timide Nemorino aime en secret Adina, riche et capricieuse propriétaire, qui se moque de la légende de Tristan et Isolde unis par un philtre d’amour. Le sergent Belcore arrive avec sa troupe et fait sa cour à Adina. Le charlatan Dulcamara débarque au village et vend à Nemorino une simple bouteille de vin qu’il fait passer pour le philtre de la reine Isolde. Enivré et rendu soudain assuré, Nemorino agace Adina, qui, pour le contrarier, accepte d’épouser Belcore sans délai. Nemorino la supplie en vain d’attendre un jour de plus.
  • Acte II : Les préparatifs de noces battent leur plein. Désespéré et sans argent pour acheter une seconde fiole, Nemorino s’engage dans l’armée de Belcore pour vingt écus. La nouvelle de la mort de son oncle, qui lui laisse une fortune, se répand alors dans le village : toutes les filles se pressent soudain autour de lui, ce qu’il attribue à l’effet du philtre. Adina, prise de jalousie puis de remords, comprend qu’elle aime Nemorino ; elle rachète son engagement militaire et le lui rend. Touchée par sa fidélité, elle finit par lui avouer ses sentiments, tandis que Belcore se console en songeant aux « mille autres » femmes du monde et que Dulcamara repart, certain d’avoir vendu le véritable élixir d’amour.

Enregistrement(s) :

Francesco Molinari-Pradelli — 1966

Format : studio.
Label : HMV/Angel (réédité par Warner Classics, coll. « The Home of Opera »).
Référence : SAN 180 (Warner Classics, réédition CD).
Année d’enregistrement : 1966, Rome.
Distribution :

  • Adina : Mirella Freni, soprano
  • Nemorino : Nicolai Gedda, ténor
  • Belcore : Mario Sereni, baryton
  • Dulcamara : Renato Capecchi, basse-baryton
  • Giannetta : Angela Arena, soprano

Direction : Francesco Molinari-Pradelli.
Orchestre : Orchestre et Chœur du Teatro dell’Opera di Roma.
Langue : italien

Particularité :

Le premier grand enregistrement de studio stéréo de l’ouvrage, porté par le couple vedette Freni-Gedda alors au sommet de leur art lyrique : la fraîcheur juvénile de Mirella Freni et l’élégance racée de Nicolai Gedda en font une référence historique, malgré une direction de Molinari-Pradelli plus solide qu’inspirée.

Gianandrea Gavazzeni — 1967

Format : live.
Label : Opera d’Oro, coll. « Grand Tier ».
Référence : OPD 1138.
Année d’enregistrement : 1967, Maggio Musicale Fiorentino, Florence.
Distribution :

  • Adina : Renata Scotto, soprano
  • Nemorino : Carlo Bergonzi, ténor
  • Belcore : Giuseppe Taddei, baryton
  • Dulcamara : Carlo Cava, basse
  • Giannetta : Renza Jotti, soprano

Direction : Gianandrea Gavazzeni.
Orchestre : Orchestre et Chœur du Maggio Musicale Fiorentino.
Langue : italien

Particularité :

Document public de qualité sonore inégale mais précieux témoignage de scène : Carlo Bergonzi y déploie un legato et un raffinement stylistique exemplaires, tandis que Renata Scotto compose une Adina mordante, plus incisive que séductrice.

Richard Bonynge — 1970

Format : studio.
Label : Decca.
Référence : 414 461-2.
Année d’enregistrement : janvier et juin 1970, Kingsway Hall, Londres.
Distribution :

  • Adina : Joan Sutherland, soprano
  • Nemorino : Luciano Pavarotti, ténor
  • Belcore : Dominic Cossa, baryton
  • Dulcamara : Spiro Malas, basse
  • Giannetta : Maria Casula, soprano

Direction : Richard Bonynge.
Orchestre : English Chamber Orchestra.
Chœur : Ambrosian Opera Chorus (chef de chœur : John McCarthy).
Langue : italien

Particularité :

Enregistrement charnière qui révèle un Luciano Pavarotti au sommet de sa forme, à la fois solaire et bouleversant dans Una furtiva lagrima ; Joan Sutherland compose une Adina plus grande dame que soubrette, tandis que Richard Bonynge dirige avec un sens du théâtre et du rythme irrésistible.

John Pritchard — 1977

Format : studio.
Label : Sony Classical (CBS à l’origine), coll. « The Sony Opera House ».
Référence : M2K 34585.
Année d’enregistrement : 1977, Londres.
Distribution :

  • Adina : Ileana Cotrubas, soprano
  • Nemorino : Plácido Domingo, ténor
  • Belcore : Ingvar Wixell, baryton
  • Dulcamara : Geraint Evans, basse
  • Giannetta : Lillian Watson, soprano

Direction : John Pritchard.
Orchestre et Chœur : Royal Opera House, Covent Garden.
Langue : italien

Particularité :

Ileana Cotrubas y campe une Adina d’une tendresse et d’une vulnérabilité rares, tandis que Plácido Domingo, engagé et lyrique, apporte à Nemorino une gravité presque tragique inhabituelle pour ce rôle habituellement plus léger ; Geraint Evans compose un Dulcamara savoureux et très théâtral.

Gabriele Ferro — 1986

Format : studio.
Label : Deutsche Grammophon.
Référence : 423 076-2.
Année d’enregistrement : 1986, Florence.
Distribution :

  • Adina : Barbara Bonney, soprano
  • Nemorino : Gösta Winbergh, ténor
  • Belcore : Bernd Weikl, baryton
  • Dulcamara : Rolando Panerai, basse-baryton
  • Giannetta : Antonella Bandelli, soprano

Direction : Gabriele Ferro.
Orchestre et Chœur : Maggio Musicale Fiorentino.
Langue : italien

Particularité :

Distribution nordique et raffinée, dominée par le timbre clair et la diction soignée de Gösta Winbergh et par la fraîcheur juvénile de Barbara Bonney ; le vétéran Rolando Panerai, qui avait déjà chanté Belcore des décennies plus tôt, incarne ici un Dulcamara plein d’expérience et de métier.

James Levine — 1989

Format : studio.
Label : Deutsche Grammophon.
Référence : 429 744-2.
Année d’enregistrement : mai et septembre 1989, Manhattan Center, New York.
Distribution :

  • Adina : Kathleen Battle, soprano
  • Nemorino : Luciano Pavarotti, ténor
  • Belcore : Leo Nucci, baryton
  • Dulcamara : Enzo Dara, basse
  • Giannetta : Dawn Upshaw, soprano

Direction : James Levine.
Orchestre et Chœur : Metropolitan Opera, New York.
Langue : italien

Particularité :

Deuxième grand enregistrement studio de Luciano Pavarotti dans le rôle, aux côtés d’une Kathleen Battle très raffinée et d’une jeune Dawn Upshaw déjà remarquable en Giannetta ; James Levine dirige avec un allant et un soin des équilibres orchestraux qui doivent beaucoup à sa longue pratique du rôle à la fosse du Metropolitan Opera.

Marcello Viotti — 1992

Format : studio.
Label : Erato.
Référence : 4509-98483-2.
Année d’enregistrement : octobre 1992, All Saints Church, Petersham, Richmond (Londres).
Distribution :

  • Adina : Mariella Devia, soprano
  • Nemorino : Roberto Alagna, ténor
  • Belcore : Pietro Spagnoli, baryton
  • Dulcamara : Bruno Praticò, basse
  • Giannetta : Francesca Provvisionato, soprano

Direction : Marcello Viotti.
Orchestre : English Chamber Orchestra.
Chœur : Tallis Chamber Choir.
Langue : italien

Particularité :

Premier grand enregistrement studio du rôle de Nemorino par Roberto Alagna, alors en pleine ascension, qui y déploie un timbre solaire et une grande spontanéité ; Mariella Devia lui offre en retour une Adina d’une pureté vocale et d’une aisance dans la vocalise remarquables.

Evelino Pidò — 1996

Format : studio.
Label : Decca.
Référence : 455 691-2.
Année d’enregistrement : 12-17 septembre 1996, Opéra national de Lyon.
Distribution :

  • Adina : Angela Gheorghiu, soprano
  • Nemorino : Roberto Alagna, ténor
  • Belcore : Roberto Scaltriti, baryton
  • Dulcamara : Simone Alaimo, basse
  • Giannetta : Elena Dan, soprano

Direction : Evelino Pidò.
Orchestre et Chœur : Opéra national de Lyon.
Langue : italien

Particularité :

Enregistrement porté par la complicité scénique et vocale bien réelle du couple Angela Gheorghiu-Roberto Alagna, alors récemment marié : leur duo final séduit par sa sincérité, tandis qu’Evelino Pidò impose une direction vive et idiomatique à la tête de l’orchestre lyonnais.

Niels Muus — 2002

Format : live (DVD).
Label : Arthaus Musik.
Année d’enregistrement : été 2002, Sferisterio, Macerata.
Distribution :

  • Adina : Valeria Esposito, soprano
  • Nemorino : Aquiles Machado, ténor
  • Belcore : Enrico Marrucci, baryton
  • Dulcamara : Erwin Schrott, basse
  • Giannetta : Roberta Canzian, soprano

Direction : Niels Muus.
Mise en scène : Saverio Marconi.
Orchestre : Orchestra Filarmonica Marchigiana.
Chœur : Coro Lirico Marchigiano « Vincenzo Bellini ».
Langue : italien

Particularité :

Captation en plein air dans le cadre monumental du Sferisterio de Macerata, révélant un Erwin Schrott encore jeune mais déjà truculent en Dulcamara ; la mise en scène de Saverio Marconi joue pleinement la carte de la comédie populaire et du grand spectacle estival.

Alfred Eschwé — 2005

Format : live (DVD/Blu-ray).
Label : Erato / Warner (coll. « Wiener Staatsoper Live »).
Année d’enregistrement : 3 avril 2005, Wiener Staatsoper, Vienne.
Distribution :

  • Adina : Anna Netrebko, soprano
  • Nemorino : Rolando Villazón, ténor
  • Belcore : Leo Nucci, baryton
  • Dulcamara : Ildebrando D’Arcangelo, basse

Direction : Alfred Eschwé.
Mise en scène : Otto Schenk (décors et costumes : Jürgen Rose).
Orchestre et Chœur : Wiener Staatsoper.
Langue : italien

Particularité :

Devenu culte pour la fougue et la complicité scénique du couple Anna Netrebko-Rolando Villazón, dans la production traditionnelle et très aimée du public viennois signée Otto Schenk ; Leo Nucci, vétéran du rôle, campe un Belcore d’autorité et d’abattage.

Edward Gardner — 2006

Format : live (DVD).
Label : Bel Air Classiques.
Référence : BAC040.
Année d’enregistrement : juin 2006, Opéra national de Paris (Palais Garnier).
Distribution :

  • Adina : Heidi Grant Murphy, soprano
  • Nemorino : Paul Groves, ténor
  • Belcore : Laurent Naouri, baryton
  • Dulcamara : Ambrogio Maestri, basse
  • Giannetta : Aleksandra Zamojska, soprano

Direction : Edward Gardner.
Mise en scène et costumes : Laurent Pelly (décors : Chantal Thomas ; lumières : Joël Adam ; dramaturgie : Agathe Mélinand).
Orchestre et Chœur : Opéra national de Paris.
Langue : italien

Particularité :

Production emblématique de Laurent Pelly, transposée dans une Italie rurale et populaire des années 1950 (bottes de paille, bar-trattoria), qui renouvelle le regard comique sur l’ouvrage ; Ambrogio Maestri y impose un Dulcamara d’une présence physique et vocale considérable.

Riccardo Frizza — 2021

Format : live, sur instruments d’époque.
Label : Dynamic.
Référence : 7944.
Année d’enregistrement : 19 novembre 2021, Teatro Donizetti, Bergame (Festival Donizetti Opera).
Distribution :

  • Adina : Caterina Sala, soprano
  • Nemorino : Javier Camarena, ténor
  • Belcore : Florian Sempey, baryton
  • Dulcamara : Roberto Frontali, basse
  • Giannetta : Anaïs Mejias, soprano
  • Maître de cérémonie : Manuel Ferreira

Direction : Riccardo Frizza (édition critique d’Alberto Zedda).
Mise en scène : Frederic Wake-Walker.
Orchestre : Gli Originali, sur instruments d’époque.
Chœur : Coro Donizetti Opera (chef de chœur : Fabio Tartari).
Langue : italien

Particularité :

Captation la plus récente et la plus « historiquement informée » de la discographie, restituant les couleurs d’époque grâce à l’orchestre sur instruments originaux Gli Originali ; Javier Camarena y déploie un style belcantiste très raffiné, et la mise en scène de Frederic Wake-Walker, avec marionnettes doublant les personnages enfants, renouvelle avec malice la comédie villageoise voulue par Romani et Donizetti.

Postérité :

L’Elisir d’Amore demeure l’un des opéras-comiques italiens les plus joués au monde, porté par la popularité intacte de sa romance Una furtiva lagrima. Son entrée à La Scala en 1901, avec un jeune Enrico Caruso salué par Arturo Toscanini comme promis à une carrière internationale, marque une étape fondatrice de sa légende. Depuis, l’ouvrage n’a jamais quitté durablement le répertoire des grandes maisons d’opéra, alimentant une discographie considérable qui reflète l’évolution des goûts, du grand style vériste des années 1960 aux relectures scéniques contemporaines et aux redécouvertes sur instruments d’époque.

 

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