Note personnelle : ,

Donizetti, Gaetano — La Romanzesca e l’uomo nero (1831)

Format :

  • Farsa en un acte.
  • Musique : Gaetano Donizetti
  • Livret : Domenico Gilardoni, d’après La donna dei romanzi, comédie d’Augusto Bon (1819)
  • Langue : italien

Création :

18 juin 1831, Teatro del Fondo, Naples.
Donizetti compose cette petite farsa peu après le triomphe milanais d’Anna Bolena (décembre 1830). Reparti pour Naples au cœur d’une Italie agitée par les mouvements révolutionnaires et bientôt frappée par le choléra, il ne livre cette année-là que deux opéras, Francesca di Foix et cette œuvre. Créée le 18 juin 1831 avec, dans les rôles principaux, Luigia Boccabadati (Antonia) et Antonio Tamburini (Filidoro), la farsa ne reçoit que deux représentations, les 18 et 20 juin, avant de disparaître : le public « n’applaudit ni ne censura », note un critique de l’époque, qui rejette la responsabilité de ce demi-échec sur le livret de Gilardoni. Une reprise isolée est encore attestée au Teatro Carolino de Palerme durant le carnaval 1832-1833, après quoi l’ouvrage tombe dans un oubli quasi total.

Livret :

Domenico Gilardoni s’inspire de La donna dei romanzi, comédie satirique d’Augusto Bon créée à Turin en 1819, qui tournait en dérision l’engouement du public pour les excès du romantisme naissant (chevaliers, ruines gothiques, amours contrariées). Aucun exemplaire du livret complet n’ayant survécu, seuls les numéros chantés nous sont parvenus ; les dialogues parlés qui les reliaient sont perdus. Longtemps désignée sous le titre La romanziera e l’uomo nero (« la femme qui écrit des romans »), l’œuvre a vu son titre original rétabli grâce à la redécouverte d’un compte rendu de l’époque, qui donne le titre exact de La romanzesca e l’uomo nero — « la femme dont la tête est pleine de romantisme ». Gilardoni ajoute par ailleurs à l’intrigue de Bon un personnage nouveau, le philosophe hypocondriaque et cupide Tommaso, oncle de l’« homme noir » Filidoro.

Intrigue :

  • Acte unique : De retour dans son palais avec son ami le baron Ruperti, le Comte a promis la main de sa fille Antonia au fils de celui-ci, Carlino. Mais Antonia, éduquée par la gouvernante intrigante Trappolina et par un prétendu précepteur, le barbier reconverti en « philosophe » Tommaso, ne vit plus que dans les romans : elle a fait raser deux pigeonniers du jardin pour y bâtir une fausse ruine gothique où elle communie chaque soir avec la Nature en compagnie de sa cousine Chiarina. Profitant de l’absence du Comte, Tommaso introduit son neveu Filidoro, ancien barbier sans scrupules, qui se fait passer pour un mystérieux « homme noir » au passé inavouable et séduit aussitôt l’imagination d’Antonia. Carlino, dépité par les extravagances de sa promise, se sent au contraire attiré par la vive et naïve Chiarina — que courtise également le fat Fedele. Repoussant Carlino, Antonia se jette dans les bras de Filidoro et projette de s’enfuir avec lui, bijoux à l’appui, avec l’aide de Trappolina, Tommaso et du domestique Nicola. L’enlèvement tourne court : les conjurés se trahissent les uns les autres, Filidoro est démasqué et révélé pour ce qu’il est, un simple barbier avide d’or. Guérie de ses illusions romantiques, Antonia obtient le pardon de son père, tandis que le sort de Chiarina — retour au couvent ou mariage avec Carlino — demeure volontairement incertain, dans l’esprit espiègle du rondò finale.

Enregistrement(s) :

David Parry — 2000

Format : 1 CD
Label : Opera Rara
Référence : ORC19
Année d’enregistrement : mars 1999, St Clement’s Church, Londres (publié en 2000).
Distribution :

  • Il Conte : Alfonso Antoniozzi, basse
  • Antonia, sa fille : Elisabetta Scano, soprano
  • Chiarina, sa nièce : Adriana Cicogna, mezzo-soprano
  • Carlino, fils du baron Ruperti : Paul Austin Kelly, ténor
  • Trappolina, gouvernante d’Antonia : Elena Monti, soprano
  • Filidoro, l’« homme noir » : Pietro Spagnoli, baryton
  • Tommaso, oncle de Filidoro : Bruno Praticò, basse
  • Nicola, domestique du Comte : Alfonso Antoniozzi, basse
  • Fedele, prétendant de Chiarina : Bruce Ford, ténor
  • Giappone, majordome du Comte : Clive Bayley, basse

Direction : David Parry
Orchestre : Academy of St Martin in the Fields
Langue : italien

Particularité :

Enregistrement fondateur, réalisé par Opera Rara à partir d’une reconstitution musicologique due à Jeremy Commons : faute de livret complet, seuls les numéros chantés sont donnés, sans dialogues parlés (perdus). Le livret-programme qui accompagne le disque rétablit pour la première fois le titre exact de l’œuvre, La romanzesca e l’uomo nero, et propose une reconstitution argumentée de la distribution de la création de 1831. Antoniozzi y double les rôles du Comte et de Nicola.

Franco Piva — 2001

Format : 2 CD
Label : Bongiovanni
Référence : GB 2287/88-2
Année d’enregistrement : captation live des 25 et 26 novembre 2000, Teatro Sociale di Rovigo (185e saison lyrique) ; publié en 2001.
Distribution :

  • Il Conte / Nicola : Massimiliano Fichera, basse
  • Antonina, sa fille : Patrizia Cigna, soprano
  • Chiarina, sa nièce : Claudia Marchi, mezzo-soprano
  • Carlino : Patrizio Saudelli, ténor
  • Trappolina : Anna Maria Braconi, soprano
  • Filidoro, l’« homme noir » : Alessandro Calamai, baryton
  • Tommaso : Gian Paolo Fiocchi, basse
  • Fedele : Giovanni Gregnanin, ténor
  • Giappone : Dario Giorgelè, basse

Direction : Franco Piva
Orchestre : Orchestra Filarmonia Veneta « G. F. Malipiero », Coro del Teatro Sociale di Rovigo (chef de chœur : Giorgio Mazzuccato)
Langue : italien

Particularité :

Captation publique de la première résurrection scénique moderne de l’ouvrage, donnée quelques mois seulement après l’enregistrement studio d’Opera Rara. Les dialogues parlés, perdus depuis 1831, y sont restitués dans une version complétée par le musicologue Michelangelo Zurletti et révisée par Franco Piva ; la mise en scène est signée Michele Placido. Le livret de cette édition conserve le titre traditionnel La romanziera e l’uomo nero et la forme « Antonina » pour l’héroïne, plutôt que les formes rétablies par la recherche d’Opera Rara.

Postérité :

Comédie musicale brillante mais desservie par un livret jugé faible dès sa création, La romanzesca e l’uomo nero reste l’un des opéras les plus rares et les plus mal identifiés de Donizetti : sans livret complet retrouvé à ce jour, son intrigue même n’a pu être reconstituée qu’à partir des seuls numéros chantés et de leur source théâtrale supposée. Après sa création, l’œuvre ne connaît qu’une reprise du XIXe siècle (Palerme, 1832-1833), puis un silence quasi total jusqu’à des exécutions de concert en 1982 et 1988, dont une version remaniée donnée au Camden Festival de Londres sous le titre La romanziera. Il faut attendre l’année 2000 pour que les travaux du musicologue Jeremy Commons, menés pour Opera Rara, permettent à la fois de rétablir le titre exact de l’ouvrage et d’en proposer une édition musicale de référence, aussitôt suivie par la première résurrection scénique moderne à Rovigo. Depuis, la pièce demeure une curiosité de la production napolitaine de Donizetti, plus souvent citée qu’entendue.

 

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