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Donizetti, Gaetano — La fille du régiment (1840)

Format :

  • Opéra-comique en deux actes, avec dialogues parlés.
  • Musique : Gaetano Donizetti
  • Livret : Jean-François-Alfred Bayard et Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges
  • Langue : français

Création :

11 février 1840, Opéra-Comique (salle de la Bourse), Paris.
Installé à Paris depuis 1838, Donizetti s’y impose alors comme le premier compositeur italien du moment, la mort de Bellini (1835) et la retraite de Rossini lui ayant laissé le champ libre. La Fille du régiment, son premier ouvrage écrit directement sur un livret français, rencontre aussitôt un vif succès populaire : 55 représentations dès 1841, et jusqu’à la 1000e représentation à l’Opéra-Comique en 1914. Son sujet patriotique en fait longtemps une pièce de circonstance, traditionnellement redonnée les soirs de fête nationale. L’ouvrage suscite en revanche la verve critique d’Hector Berlioz, qui reproche au public parisien sa préférence pour la facilité mélodique italienne — reproche qu’oublie, selon le chef Michele Spotti, que la représentation de la « bella vita militar » chère à Mozart est, chez Donizetti comme chez ses devanciers, toujours tempérée d’ironie. L’œuvre est également créée en version italienne à la Scala la même année sous le titre La figlia del reggimento, dans un livret de Calisto Bassi ; c’est toutefois la version française originale qui s’est imposée au répertoire.

Livret :

Vernoy de Saint-Georges et Bayard composent un livret alerte, mêlant couleur militaire, patriotisme débonnaire et comédie à la Rossini, dans la tradition bien rodée de l’opéra-comique avec dialogues parlés. L’ouvrage doit une grande part de sa célébrité à l’air de Tonio au premier acte, « Ah ! mes amis, quel jour de fête », dont les neuf contre-ut consécutifs en ont fait l’un des sommets — certains disent l’« Everest » — du répertoire pour ténor.

Intrigue :

  • Acte I : Dans les montagnes du Tyrol, une bataille napoléonienne fait rage. Les paysans implorent l’aide de la marquise de Berkenfield et de son majordome Hortensius, inquiets pour leurs terres. Survient le 21e régiment français : le sergent Sulpice, et Marie, orpheline recueillie sur un champ de bataille et devenue la « fille du régiment », vivandière choyée par tous les soldats. Marie aime en secret le jeune Tyrolien Tonio, qui l’a sauvée d’une chute dans un ravin ; mais Sulpice lui rappelle qu’elle ne peut épouser qu’un soldat du régiment. Amené au camp comme suspect, Tonio est défendu par Marie ; pour rester près d’elle, il s’engage lui-même dans le régiment et obtient des soldats la permission d’épouser Marie. Les amoureux savourent leur bonheur en chantant le chant du régiment, quand paraît la marquise de Berkenfield, venue chercher un laissez-passer : des papiers trouvés sur Marie enfant lui apprennent qu’elle est sa propre nièce, et qu’elle doit désormais vivre au château avec elle. Désespoir de Tonio et des soldats ; Marie fait ses adieux déchirants à ses amis et à son amour.
  • Acte II : Au château de la marquise, Marie, malgré les leçons de chant qu’on lui impose, regrette les chansons du régiment, au grand plaisir de Sulpice, resté soigner ses blessures auprès d’elle. On lui annonce qu’un mariage a été arrangé pour elle, et l’arrivée imminente des invités et de la redoutable future belle-mère, la duchesse de Krakenthorp. Mais les soldats du 21e, parmi lesquels Tonio — entre-temps devenu officier —, se présentent les premiers. Marie et Tonio décident de fuir ; bouleversée, la marquise avoue alors à Sulpice que Marie est en réalité sa propre fille, née d’une liaison secrète avec un officier français. Marie, touchée, ne veut pas contrarier cette mère retrouvée et se résigne au mariage arrangé. Mais lorsque les invités sont réunis, elle évoque avec émotion son enfance et sa vie de vivandière parmi les soldats : les hôtes aristocratiques s’en scandalisent, tandis que la marquise, émue à son tour, renonce à l’union projetée et bénit les noces de Marie et Tonio. Liesse générale.

Enregistrement(s) :

Richard Bonynge — 1968

Format : 2 CD
Label : Decca
Référence : 414 520-2
Année d’enregistrement : 17-27 juillet 1967, Kingsway Hall, Londres ; publié en 1968.
Distribution :

  • Marie : Joan Sutherland, soprano
  • Tonio : Luciano Pavarotti, ténor
  • La marquise de Berkenfield : Monica Sinclair, contralto
  • Hortensius : Jules Bruyère, basse
  • Sulpice : Spiro Malas, basse
  • Le caporal : Eric Garrett, baryton
  • La duchesse de Crakentorp : Edith Coates
  • Un paysan : Alan Jones, ténor

Direction : Richard Bonynge
Orchestre : Orchestra and Chorus of the Royal Opera House, Covent Garden
Langue : français

Particularité :

Référence discographique historique de l’œuvre, restée pendant des décennies la version incontournable en studio. C’est ce disque qui popularise dans le monde entier l’exploit des neuf contre-ut de l’air de Tonio par un Pavarotti alors en pleine ascension, qui y gagne son surnom de « Roi du contre-ut ». Sutherland y offre une incursion inattendue et pétillante dans la comédie, loin des grandes héroïnes tragiques belcantistes qui ont fait sa gloire.

Bruno Campanella — 1986

Format : 2 CD
Label : EMI Classics (Angel Records)
Référence : CMS 7 63128 2
Année d’enregistrement : captation live des 14 et 19 mai 1986, Opéra-Comique (salle Favart), Paris ; publié la même année.
Distribution :

  • Marie : June Anderson, soprano
  • Tonio : Alfredo Kraus, ténor
  • Sulpice : Michel Trempont, baryton
  • La marquise de Berkenfield : Hélia T’Hézan, mezzo-soprano
  • Hortensius : Antoine Garcin, baryton
  • La duchesse de Crakentorp : Jeanne Perez
  • Le caporal : Jean-Noël Bèguelin, basse

Direction : Bruno Campanella
Orchestre : Chœurs et Orchestre du Théâtre National de l’Opéra de Paris
Langue : français

Particularité :

Captation publique réalisée par Radio France dans la salle même de la création de l’ouvrage, l’Opéra-Comique. Alfredo Kraus, styliste racé plus que ténor de force, y impose une lecture élégante et racée de Tonio davantage fondée sur l’école du bel canto que sur la seule prouesse des contre-ut ; June Anderson y déploie une virtuosité étincelante en Marie.

Donato Renzetti — 1996

Format : 1 DVD
Label : Arthaus Musik
Année d’enregistrement : captation live, 1996, Teatro alla Scala, Milan.
Distribution :

  • Marie : Mariella Devia, soprano
  • Tonio : Paul Austin Kelly, ténor
  • Sulpice : Bruno Praticò, basse
  • La marquise de Berkenfield : Ewa Podles, contralto

Distribution complétée notamment par Nicolas Rivenq, Edoardo Borioli, Aldo Bramante, Umberto Bergna et Ernesto Gavazzi dans les rôles secondaires.
Direction : Donato Renzetti
Mise en scène : Filippo Crivelli
Orchestre : Orchestra e Coro del Teatro alla Scala
Langue : français

Particularité :

Captation vidéo d’une production scaligère qui reste l’une des rares gravures visuelles de l’ouvrage disponibles pendant longtemps. Mariella Devia y déploie une Marie d’une aisance vocale confondante, tandis que la basse contralto Ewa Podles compose une marquise de Berkenfield savoureuse.

Bruno Campanella — 2008

Format : 1 DVD
Label : Virgin Classics
Année d’enregistrement : captation live, 2007, Royal Opera House, Covent Garden, Londres (production BBC) ; publié en 2008.
Distribution :

  • Marie : Natalie Dessay, soprano
  • Tonio : Juan Diego Flórez, ténor
  • La marquise de Berkenfield : Felicity Palmer, mezzo-soprano
  • Sulpice Pingot : Alessandro Corbelli, baryton
  • Hortensius : Donald Maxwell, baryton-basse
  • La duchesse de Crackentorp : Dawn French
  • Un caporal : Bryan Secombe, baryton
  • Un paysan : Luke Price, ténor
  • Un notaire : Jean-Pierre Blanchard

Direction : Bruno Campanella
Mise en scène : Laurent Pelly (décors : Chantal Thomas ; assistée d’Agathe Mélinand pour les dialogues)
Orchestre : The Orchestra of the Royal Opera House, The Royal Opera Chorus (chef de chœur : Renato Balsadonna)
Langue : français

Particularité :

Captation de la production désormais emblématique de Laurent Pelly, coproduite avec le Wiener Staatsoper et le Metropolitan Opera de New York, qui a fait le tour des grandes scènes internationales. Juan Diego Flórez y triomphe dans les neuf contre-ut de l’air de Tonio, tandis que Natalie Dessay compose une Marie facétieuse, garçon manqué en treillis et rangers, entourée d’une distribution où la Duchesse de Krakenthorp est confiée, en guest-star, à l’humoriste britannique Dawn French.

Michele Spotti — 2022

Format : 2 CD
Label : Dynamic
Référence : CDS7943.02
Année d’enregistrement : captation live, 21 novembre 2021, Teatro Donizetti, Bergame ; publié en 2022.
Distribution :

  • Marie : Sara Blanch, soprano
  • Tonio : John Osborn, ténor
  • Sulpice : Paolo Bordogna, baryton
  • La marquise de Berkenfield : Adriana Bignagni Lesca, mezzo-soprano
  • Hortensius : Haris Andrianos, baryton
  • La duchesse de Krakenthorp : Cristina Bugatty
  • Un caporal : Adolfo Corrado, baryton
  • Un paysan : Andrea Civetta, ténor

Direction : Michele Spotti
Orchestre : Orchestra Donizetti Opera, Coro dell’Accademia del Teatro alla Scala (chef de chœur : Salvo Sgrò)
Mise en scène : Stefano Simone Pintor
Langue : français, sur l’édition critique de Claudio Toscani (Casa Ricordi)

Particularité :

Coproduction de la Fondazione Teatro Donizetti et du Teatro Lirico Nacional de Cuba pour le Festival Donizetti Opera de Bergame, cet enregistrement donne à entendre l’édition critique de Claudio Toscani, restituant à l’orchestration toute sa finesse et à la prosodie française ses subtilités souvent gommées par la tradition. Dans un entretien accompagnant le disque, le chef Michele Spotti souligne la modernité harmonique et la légèreté ironique propres au style de Donizetti, qu’il rapproche par instants d’Offenbach. La mise en scène, résolument actuelle et colorée, transpose l’esprit potache du régiment dans un univers contemporain.

Postérité :

La Fille du régiment s’impose dès sa création comme l’un des grands succès populaires de Donizetti compositeur parisien, porté par son sujet patriotique autant que par ses beautés mélodiques : elle franchit le cap des mille représentations à l’Opéra-Comique dès 1914 et demeure depuis un pilier du répertoire comique international, aussi bien dans sa version française originale que dans la version italienne créée la même année à la Scala. Si l’air de Tonio et ses neuf contre-ut en ont longtemps fait un défi essentiellement ténoral, l’édition critique de Claudio Toscani, utilisée pour l’enregistrement de 2022, a permis de redécouvrir la finesse de son orchestration et l’importance de sa prosodie française, trop souvent sacrifiées par une tradition d’exécution centrée sur la seule performance vocale. La production de Laurent Pelly, captée en 2007 pour Covent Garden avec Natalie Dessay et Juan Diego Flórez, a durablement renouvelé la réception scénique de l’ouvrage à travers le monde.

 

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