Format :
- Melodramma semiserio en deux actes.
- Musique : Gaetano Donizetti
- Livret : Jacopo Ferretti, d’après une comédie anonyme en cinq actes du même titre (1820), elle-même tirée d’un épisode du premier livre de Don Quichotte de Cervantès (l’histoire de Cardenio et Lucinde)
- Langue : italien
Création :
2 janvier 1833, Teatro Valle, Rome.
Composé pour le jeune baryton Giorgio Ronconi, alors âgé de vingt-deux ans, Il furioso all’isola di San Domingo est resté dans l’histoire comme le premier opéra à confier à un baryton — voix encore neuve dans le paysage lyrique de l’époque — le rôle-titre d’un héros tragique rongé par la folie, ouvrant la voie à tout un pan du répertoire romantique. Le succès fut immédiat et considérable : donné plus de cent fois à travers l’Italie dans les années qui suivirent, avec trente-six représentations à la Scala de Milan dès octobre 1833, l’ouvrage devint le second opéra le plus populaire de Donizetti durant cette décennie, avant de sombrer presque totalement dans l’oubli au tournant du XXe siècle.
Livret :
Jacopo Ferretti adapte une comédie anonyme de 1820 portant déjà ce titre, elle-même dérivée d’un épisode du premier livre de Don Quichotte de Cervantès, celui de Cardenio et Lucinde. Le genre du melodramma semiserio, mêlant intrigue sentimentale et ressorts comiques, permet à Donizetti d’explorer pour la première fois avec une telle ampleur la folie masculine comme sujet dramatique central, tout en conservant, à travers les personnages de Bartolomeo et de son domestique Kaidamà, une veine bouffe hexagonale bien ancrée dans la tradition de l’opera buffa napolitain.
Intrigue :
- Acte I : Sur l’île de San Domingo, dans les Caraïbes du XVIe siècle. Bartolomeo Mergoles s’inquiète auprès de sa fille Marcella d’un mystérieux « fou » qui erre sur l’île et souhaite le faire interner ; la compatissante Marcella lui porte secrètement à manger. Le domestique bouffe Kaidamà arrive en racontant avoir été brutalement attaqué par cet homme. Cardenio survient, en haillons, hagard : c’est le « furioso », rendu fou par la trahison de celle qu’il aimait. Il manque de se jeter d’une falaise avant que Bartolomeo et Marcella ne le retiennent, puis s’enfuit épouvanté à la vue des deux femmes. Une violente tempête éclate ; un navire marchand fait naufrage au large et une passagère, Eleonora, est rejetée sur le rivage inconsciente. À son réveil, désespérée, elle se croit passée dans l’au-delà et se lamente d’avoir trahi l’homme fidèle qui l’aimait. Fernando, gentilhomme espagnol, débarque à son tour à la recherche de son frère disparu et apprend l’existence du fou des collines. De retour chez Bartolomeo, Cardenio confie son histoire : fils d’un riche marchand de Carthagène, il était tombé amoureux d’une noble portugaise ; leur mariage secret, célébré contre la volonté de son père qui mourut en le maudissant, s’acheva quand Cardenio découvrit sa jeune épouse dans les bras d’un autre homme et sombra dans la folie et l’exil. En l’entendant, Eleonora, cachée parmi les témoins, comprend qu’il s’agit de son propre mari abandonné ; Fernando se révèle être le frère de Cardenio et l’embrasse. Mais lorsque Eleonora se montre à son tour en implorant son pardon, la fragile raison de Cardenio se brise : pris d’une rage violente, il s’enfuit, poursuivi par Fernando, tandis qu’Eleonora s’effondre, inconsciente.
- Acte II : Kaidamà et les villageois recherchent en vain Cardenio, craignant qu’il ne se soit noyé. Fernando revient avec une nouvelle inattendue : les deux frères ont été repêchés vivants, et l’épreuve a miraculeusement rendu à Cardenio toute sa raison. Apparaissant proprement vêtu et l’esprit clair, Cardenio croise Kaidamà porteur de deux pistolets destinés au régisseur de Bartolomeo ; il les lui soutire par un mélange de charme et de menaces voilées, effrayant le pauvre domestique qui prend la fuite. Fernando amène alors Eleonora à Cardenio et plaide pour leur réconciliation. Toujours épris d’elle mais tourmenté par le souvenir de son infidélité, Cardenio produit les pistolets et propose un pacte de mort partagée pour échapper à leur tourment commun. Au moment où tous deux s’apprêtent à se donner la mort, Fernando, Bartolomeo, Marcella et les villageois surgissent aux flambeaux et les désarment. Eleonora insiste pour mourir seule et expier ainsi sa faute : ce sacrifice achève de convaincre Cardenio de la sincérité de son repentir, et il lui pardonne pleinement. Les amants réconciliés s’apprêtent à quitter l’île à bord du navire de Fernando, laissant derrière eux leurs tourments.
Enregistrement(s) :

Carlo Rizzi — 1994
Format : 3 CD, enregistrement public
Label : Bongiovanni
Référence : GB 2056/58-2
Année d’enregistrement : 10 novembre 1987, en public, au Teatro Chiabrera de Savona ; publication du coffret par Bongiovanni en 1994.
Distribution :
- Cardenio : Stefano Antonucci, baryton
- Eleonora : Luciana Serra, soprano
- Fernando : Luca Canonici, ténor
- Bartolomeo Mergoles : Maurizio Picconi, basse
- Marcella : Elisabetta Tandura, soprano
- Kaidamà : Roberto Coviello, basse
Direction : Carlo Rizzi
Orchestre : Orchestra Sinfonica di Piacenza
Chœur : Coro « Francesco Cilea »
Langue : italien
Particularité :
Ce témoignage public documente l’une des rares résurrections scéniques de l’ouvrage au XXe siècle, dans le sillage des redécouvertes amorcées par le Festival de Spoleto (1958, 1967) et sa création américaine en 1978. Il capture un Carlo Rizzi tout au début de sa carrière de chef, avant sa notoriété internationale, à la tête de l’Orchestra Sinfonica di Piacenza, avec en tête d’affiche le baryton Stefano Antonucci dans l’exigeant rôle-titre et la soprano colorature Luciana Serra en Eleonora.
Postérité :
Après avoir été, au cours des années 1830, le second opéra le plus joué de Donizetti — jusqu’à connaître le 11 mai 1834 une « triple création » sans précédent, donnée le même soir dans trois théâtres napolitains (Fondo, Nuovo et Fenice), chacun avec sa propre version de la partition —, Il furioso all’isola di San Domingo disparut progressivement du répertoire après une dernière série de représentations à Trieste en 1889. Il fallut attendre le Festival de Spoleto, à partir de 1958, puis les scènes américaines à partir de 1978, pour que l’ouvrage retrouve peu à peu le chemin de la scène. Aujourd’hui encore, son cadre caribéen du XVIe siècle et le personnage de Kaidamà, domestique noir à la fonction comique, en font, selon la critique récente, « une œuvre à laquelle la plupart des maisons d’opéra préfèrent ne pas toucher » ; le Donizetti Opera Festival de Bergame, qui l’avait déjà donné en 2013, l’a néanmoins remis à l’affiche en novembre 2025, confirmant l’intérêt persistant pour cette partition qui reste, par son traitement de la folie et son écriture pour baryton, l’une des plus originales du jeune Donizetti.

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