Note personnelle : ,

Donizetti, Gaetano — Il Paria (1829)

Format :

  • Melodramma en deux actes.
  • Musique : Gaetano Donizetti
  • Livret : Domenico Gilardoni, d’après la pièce La Paria de Casimir Delavigne (1821), déjà portée à l’opéra par Michele Carafa en 1826 sous le même titre
  • Langue : italien

Création :

12 janvier 1829, Real Teatro di San Carlo, Naples, lors d’un gala royal donné pour l’anniversaire de l’héritier du trône, Ferdinando, duc de Calabre.
Il Paria occupe une place particulière dans la carrière de Donizetti : c’est le premier ouvrage qu’il compose comme directeur des théâtres royaux de Naples, fonction tout juste obtenue, sa première incursion dans une ambiance « exotique », et son premier opéra à dénouement tragique. Il bénéficie d’une distribution exceptionnelle, réunissant trois des plus grandes voix de l’époque : la soprano Adelaide Tosi (Neala), le ténor Giovanni Battista Rubini (Idamore) et la basse Luigi Lablache (Zarete), aux côtés de Giovanni Campagnoli (Akebare). Malgré cela, l’accueil reste tiède : le protocole de la soirée de gala interdisait au public d’applaudir avant le roi lui-même, ce qui figea l’atmosphère, et l’ouvrage ne connut que six représentations avant d’être abandonné. Donizetti envisagea un temps de le remanier — « je ne donnerais pas une seule note du Paria pour tout Il castello di Kenilworth », écrira-t-il pourtant six mois plus tard à son maître Simon Mayr — mais ce projet de reprise ne vit jamais le jour. Il réutilisera néanmoins des fragments de sa partition dans plusieurs ouvrages ultérieurs, dont Il diluvio universale, Anna Bolena, Francesca di Foix, Torquato Tasso et jusque dans son grand opéra parisien resté inachevé, Le Duc d’Albe.

Livret :

Domenico Gilardoni, principal librettiste de Donizetti durant ces années napolitaines, adapte la pièce française La Paria de Casimir Delavigne (1821), qui avait déjà inspiré un opéra du même nom à Michele Carafa en 1826. Le cadre exotique de l’Inde du XVIe siècle, avec ses palmeraies, ses temples et ses bûchers rituels, offre à Donizetti l’occasion d’expérimentations orchestrales et chorales inhabituelles pour son écriture de l’époque, même si, contrairement à ce qu’on trouvera plus tard chez Verdi, il ne cherche pas à imiter une couleur musicale authentiquement indienne.

Intrigue :

  • Acte I : Une palmeraie luxuriante à l’extérieur du temple de Brahma ; l’aube se lève. Neala (soprano), prêtresse du culte du Soleil, est la fille d’Akebare (basse), grand prêtre des brahmanes. Elle aime en secret Idamore (ténor), le chef de l’armée, sur le point de rentrer victorieux d’une bataille contre les envahisseurs. Akebare veut à tout prix asseoir son pouvoir sur la caste des guerriers et hait Idamore. Neala relate un rêve terrible où elle se retrouve dans les bras d’un paria, caste que les brahmanes exècrent et ont poussée à l’exil. Afin de prendre Idamore au piège, Akebare décrète que les Dieux exigent un sacrifice pour les récentes victoires : en réponse, il offrira Neala en mariage à l’un des guerriers. Le peuple se réjouit, convaincu qu’il fait référence à Idamore, tandis que Neala se désespère ; elle craint que celui-ci n’accepte jamais de se soumettre à la volonté de son père. Restées seules, Neala et ses prêtresses aperçoivent non loin un vieil homme épuisé qui prie mélancoliquement : c’est le paria Zarete (basse), qui est à la recherche de son fils Idamore. Neala, ignorant tout de l’identité de Zarete, tente de le réconforter, mais est interrompue par Empsaele (ténor) qui annonce l’arrivée imminente de l’armée victorieuse. Laissé seul, Zarete hâte de revoir prochainement son fils. Idamore trouve un message secret de Neala qui lui annonce qu’elle a été promise à un autre par son père, mais qu’elle l’aime toujours. Zarete apparaît et reproche à son fils d’avoir contribué au succès des ennemis de leur caste ; sa colère augmente d’autant plus qu’Idamore avoue son amour pour la fille d’Akebare, le persécuteur en chef des parias. Idamore cède aux exigences de son père et accepte de fuir avec lui, à condition qu’il puisse voir Neala une dernière fois pour lui dire adieu. Zarete y consent et ils se décident de se retrouver plus tard dans la palmeraie.
  • Acte II : Une palmeraie, comme au premier acte, une nuit de lune. Akebare a convoqué Idamore pour lui offrir la main de Neala. La joie d’Idamore est de courte durée, car très vite ses pensées pour son père et leur rendez-vous imminent le plongent dans la confusion. Il retrouve Neala et lui avoue être le fils d’un paria. La nouvelle horrifie d’abord Neala, mais Idamore la convainc que leur amour est plus fort que toute haine issue de la superstition religieuse ; ils décident de s’enfuir. Dans un temple antique en ruine, Zarete découvre gravées sur les murs d’une grotte les représentations d’un massacre de parias mené par Akebare, dont il a lui-même tout juste réchappé. Entendant au loin les célébrations du mariage de Neala et Idamore, il est convaincu que son fils l’a trahi et décide de le confronter en public. Dans un magnifique atrium ombragé par des palmiers, menant au temple de Brahma, le peuple chante en l’honneur de Brahma. La cérémonie du mariage d’Idamore et de Neala commence, mais est vite interrompue par l’arrivée de Zarete, traîné par les gardes pour s’être introduit dans un lieu sacré sans permission. Zarete se lance dans une dénonciation passionnée de l’intolérance religieuse. Akebare ordonne l’exécution immédiate du paria, mais Idamore se met devant lui pour le protéger et révèle qu’il est le fils de Zarete. Akebare les condamne tous deux à mort. Neala tente de rejoindre son époux, mais Akebare la menace à son tour. Dans la scène finale, Zarete et Idamore espèrent qu’un jour les haines entre religions disparaîtront, Neala aspire à la mort et Akebare exulte de voir la domination qui est désormais la sienne.

Enregistrement(s) :

Marco Berdondini — 2001

Format : 2 CD, enregistrement public
Label : Bongiovanni
Référence : GB 2300/1-2
Année d’enregistrement : 6-8 avril 2001, en public, au Teatro Masini de Faenza.
Distribution :

  • Akebare : Alessandro Verducci, basse
  • Neala : Patrizia Cigna, soprano
  • Zarete : Marcin Bronikowski, baryton
  • Idamore : Filippo Pina Castiglioni, ténor
  • Empsaele : Andrea Bragiotto, ténor
  • Zaide : Nara Montefusco, mezzo-soprano

Direction : Marco Berdondini
Orchestre : Orchestra « Pro Arte » Marche
Chœur : Coro Lirico Mezio Agostini
Langue : italien

Particularité :

Cette captation constitue la toute première résurrection moderne de l’ouvrage, resté muet depuis son retrait des scènes en 1829. La presse spécialisée salua notamment la fraîcheur et le plein éclat de la voix de Patrizia Cigna, rapprochée de celle d’Antonietta Stella, tandis que le ténor Filippo Pina Castiglioni, ayant dû apprendre le rôle d’Idamore dans l’urgence en remplacement du chanteur initialement prévu, s’en tira avec les honneurs malgré quelques imprécisions. Sous la direction de Marco Berdondini, l’orchestre restitue l’atmosphère romantique de la partition sans jamais l’alourdir.

Sir Mark Elder — 2021

Format : 2 CD, enregistrement studio
Label : Opera Rara
Référence : ORC60
Année d’enregistrement : 1-6 juin 2019, BBC Maida Vale Studios, Londres (paru en 2021).
Distribution :

  • Akebare : Marko Mimica, basse
  • Neala : Albina Shagimuratova, soprano
  • Zarete : Misha Kiria, baryton
  • Idamore : René Barbera, ténor
  • Empsaele : Thomas Atkins, ténor
  • Zaide : Kathryn Rudge, mezzo-soprano

Direction : Sir Mark Elder
Orchestre : Britten Sinfonia
Chœur : Opera Rara Chorus (chef de chœur : Stephen Harris)
Langue : italien

Particularité :

Premier enregistrement en studio de l’ouvrage, réalisé à partir d’une nouvelle édition critique établie par Roger Parker et Ian Schofield pour Casa Ricordi, avec le soutien de la Fondation Caris. Porté par la battue théâtrale et le sens du détail orchestral de Sir Mark Elder à la tête du Britten Sinfonia, le disque met aussi en lumière l’écriture redoutablement virtuose composée pour le ténor Giovanni Battista Rubini lors de la création, ici défendue par René Barbera, ainsi que le rôle du méchant Akebare, dépourvu d’air solo mais central à l’équilibre dramatique de l’œuvre, incarné par Marko Mimica.

Postérité :

Jamais repris du vivant de Donizetti après ses six représentations de 1829, Il Paria sombra dans un oubli quasi total pendant plus d’un siècle et demi, le compositeur se contentant d’en recycler des pages entières dans des ouvrages ultérieurs plutôt que de le remonter. Il fallut attendre 2001 et la production de Faenza, immortalisée par le disque Bongiovanni, pour que l’œuvre retrouve enfin le concert, puis 2019 pour qu’elle bénéficie, grâce à Opera Rara et à une nouvelle édition critique, de son premier enregistrement en studio — signe d’un intérêt musicologique renouvelé pour cette partition de transition, dans laquelle les commentateurs voient aujourd’hui l’une des expérimentations les plus audacieuses et les plus modernes du jeune Donizetti, directeur des théâtres royaux de Naples.

 

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