Format :
- Opera en quatre actes, œuvre posthume achevée d’après les esquisses inachevées de Donizetti.
- Musique : Gaetano Donizetti, complétée par Matteo Salvi
- Livret : Eugène Scribe et Charles Duveyrier, adaptation italienne d’Angelo Zanardini
- Langue : italien
Création :
22 mars 1882, Teatro Apollo, Rome, sous la direction de Marino Mancinelli, avec Leone Giraldoni (le Duc), Julián Gayarre (Marcello) et Abigaille Bruschi-Chiatti (Amelia). Donizetti avait composé cet opéra en 1839 pour l’Opéra de Paris, sur un livret français de Scribe et Duveyrier, mais avait abandonné l’ouvrage lorsque la soprano Rosine Stoltz, maîtresse du directeur de l’Opéra, refusa le rôle qui lui était destiné : seuls le premier acte et une partie du second furent orchestrés, les actes suivants demeurant à l’état d’esquisses. L’œuvre resta inachevée à la mort du compositeur en 1848, et deux tentatives d’achèvement, en 1848 puis en 1875, furent abandonnées. En 1881, l’éditrice Giuseppina Lucca acquiert le manuscrit et confie son achèvement à Matteo Salvi, ancien élève privé de Donizetti à Vienne, sous la supervision d’un comité réunissant Antonio Bazzini, Amilcare Ponchielli et Cesare Dominiceti. Salvi complète les récitatifs et l’orchestration, compose des pages nouvelles — dont le fameux air de Marcello « Angelo casto e bel » — ainsi que l’ouverture.
Livret :
Le librettiste Angelo Zanardini adapte en italien le livret français en cinq actes d’Eugène Scribe et Charles Duveyrier, le resserrant à quatre actes et renommant plusieurs personnages afin d’éviter toute confusion avec Les Vêpres siciliennes de Verdi, dont le livret partageait des origines et un contexte historique voisins.
Intrigue :
- Acte I : À Bruxelles, en 1573, sous l’occupation espagnole, le duc d’Albe gouverne les Flandres au nom de Philippe II et réprime durement la révolte flamande. Marcello di Bruges, chef de la résistance, aime en secret Amelia d’Egmont, fille d’un héros flamand exécuté sur ordre du duc.
- Acte II : Le duc découvre que Marcello, qu’il fait arrêter, est en réalité son propre fils, né d’une liaison ancienne. Il lui propose la grâce de ses compagnons en échange de la reconnaissance de ce lien de filiation.
- Acte III : Amelia, dévorée par le désir de vengeance, presse Marcello de tuer le duc pour prouver son amour ; déchiré entre son amour filial révélé et sa loyauté envers la cause flamande, celui-ci hésite.
- Acte IV : Sur le port d’Anvers, Amelia, déguisée en homme, tente elle-même de poignarder le duc ; Marcello se jette entre eux pour protéger son père et meurt sous le coup destiné à celui-ci.
Enregistrement(s) :

Fernando Previtali — 1951
Format : 2 CD (Golden Melodram), captation radiophonique.
Label : Golden Melodram.
Année d’enregistrement : 1951, Rome ; diffusion radiophonique RAI du 12 janvier 1952.
Distribution :
- Il Duca d’Alba : Giangiacomo Guelfi, baryton
- Sandoval : Dario Caselli, baryton
- Carlos : Aldo Bertocci, ténor
- Marcello di Bruges : Amedeo Berdini, ténor
- Daniele : Nestore Catalani, basse
- Amelia d’Egmont : Caterina Mancini, soprano
- Un Taverniere : Manfredi Ponz De Leon, basse
Direction : Fernando Previtali.
Orchestre : Orchestre et chœur de la RAI de Rome.
Langue : italien
Particularité :
Cette captation radiophonique, l’une des toutes premières documentations modernes de l’ouvrage après sa création tardive de 1882, offre un témoignage précieux sur deux voix majeures de l’après-guerre italien : le baryton Giangiacomo Guelfi, dont l’autorité vocale sert idéalement la figure du duc, et la soprano Caterina Mancini dans le rôle vengeur d’Amelia.

Thomas Schippers — 1959
Format : 2 CD (Melodram), captation en public.
Label : Melodram.
Référence : MEL 27036.
Année d’enregistrement : 11 juin 1959, Teatro Nuovo, Spoleto, en public, dans le cadre du Festival dei Due Mondi.
Distribution :
- Il Duca d’Alba : Luigi Quilico, baryton
- Sandoval : Wladimiro Ganzarolli, baryton
- Carlos : Enzo Tei, ténor
- Marcello di Bruges : Renato Cioni, ténor
- Daniele : Franco Ventriglia, basse
- Amelia d’Egmont : Ivana Tosini, soprano
- Un Taverniere : Manfredi Ponz De Leon, basse
Direction : Thomas Schippers.
Orchestre et chœur : Orchestra Filarmonica Triestina et Coro del Teatro « Giuseppe Verdi » de Trieste (chef de chœur : Adolfo Fanfani).
Langue : italien
Particularité :
Donnée au Festival dei Due Mondi de Spoleto sous la direction de Thomas Schippers, cette production marque une étape importante dans la carrière naissante du jeune baryton canadien Luigi (Louis) Quilico, aux côtés du ténor Renato Cioni en Marcello. L’édition discographique inclut en complément des scènes de La Favorita de Donizetti chantées par Giulietta Simionato et Gianni Raimondi, enregistrées séparément.
Postérité :
Créé avec succès posthume en 1882, l’ouvrage connaît plusieurs reprises italiennes dans les décennies suivantes avant de sombrer peu à peu dans l’oubli, sa légitimité étant discutée du fait des circonstances tardives et collectives de son achèvement. Les rares résurrections du XXe siècle, telles que ces deux captations de Rome (1951) et du Festival dei Due Mondi de Spoleto (1959, sous la baguette de Thomas Schippers), en constituent les principaux témoignages sonores, cette dernière ayant notamment marqué les débuts européens du baryton Luigi Quilico. Au XXIe siècle, l’intérêt se porte à nouveau vers la conception originale française de Donizetti, Le Duc d’Albe : une édition critique établie par le musicologue Roger Parker, les actes III et IV inachevés étant complétés par le compositeur Giorgio Battistelli, est créée par le Vlaamse Opera à Anvers et à Gand en mai 2012, restituant le texte français original et la structure en cinq actes voulue par Donizetti, près de cent soixante-quinze ans après qu’il eut abandonné la partition.

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