Format :
- Genre Tragedia lirica en trois actes.
- Musique : Gaetano Donizetti
- Livret : Andrea Leone Tottola (1826), d’après la tragédie française Gabrielle de Vergy de Pierre-Laurent Buirette de Belloy (1777), elle-même issue de légendes médiévales françaises (Le Châtelain de Coucy et la Dame de Fayel, Roman de la Chastelaine de Vergy)
- Langue : Italien
Création :
Composé en 1838, Naples — œuvre jamais représentée du vivant de Donizetti.
L’histoire de Gabriella di Vergy est en réalité celle de trois opéras distincts composés par Donizetti sur le même sujet. Une première version, sur un livret de Tottola, avait été écrite dès 1826 par pur plaisir personnel, sans commande ni perspective de représentation : Donizetti l’avoue lui-même à son maître Mayr, « pour m’amuser, j’écris la Gabriella de Carafa » (l’opéra de Michele Carafa sur le même sujet, créé au San Carlo en 1816 avec Isabella Colbran, ayant servi de modèle et d’inspiration directe). Cette partition de 1826 ne fut jamais montée et Donizetti en réemploya le matériau dans plusieurs opéras suivants (Otto mesi in due ore, L’esule di Roma, Il Paria, Anna Bolena).
En 1838, alors qu’il travaillait à Naples sous contrat avec l’impresario Domenico Barbaja et venait de voir son Poliuto interdit par la censure, Donizetti reprit entièrement le sujet pour en faire une œuvre neuve, destinée à Giuseppina Ronzi de Begnis, au baryton Paolo Barroilhet et au ténor Adolphe Nourrit. Cette seconde Gabriella, achevée durant l’été 1838, fut à son tour écartée : l’impresario lui préféra finalement une Gabriella di Vergy composée par Mercadante sur le même sujet, et l’opéra de Donizetti fut abandonné et sombra dans l’oubli.
Livret :
Longtemps considérée comme perdue ou confondue avec la version de 1826, la partition autographe de cette seconde Gabriella di Vergy de 1838 dormait en réalité depuis plus de vingt ans à la Sterling Library de l’Université de Londres, mal identifiée. C’est en préparant cet enregistrement qu’en 1978 le musicologue Don White et le producteur d’Opera Rara Patric Schmid découvrirent qu’il s’agissait non pas d’une simple révision, mais d’un opéra entièrement nouveau composé par Donizetti au sommet de sa maturité créatrice — une œuvre inconnue de tous les biographes du compositeur. Le nom du librettiste de cette version de 1838 n’est pas assuré : on songe à Salvatore Cammarano, alors très occupé par la réécriture de Poliuto en I Guebri, ou à l’un des poètes maison du Teatro San Carlo. Une troisième Gabriella, posthume celle-là, fut donnée sous le titre Gabriella au San Carlo en 1869 : il s’agissait d’un pastiche compilé par Giuseppe Puzone et Paolo Serrao à partir de fragments authentiques des versions de 1826 et 1838, mêlés à des pages empruntées à d’autres opéras de Donizetti et à de la musique de leur propre plume.
Intrigue :
- Acte I : Dans la chapelle du château d’Autrei, en Bourgogne, Gabriella prie avec ses dames de compagnie ; son époux Fayel, comte de Vergy, l’observe et se demande si son cœur appartient toujours à Raoul de Coucy, qu’elle croit mort. Un chevalier inconnu se présente : c’est Raoul lui-même, bien vivant, échappé à sa captivité. Il apprend à Gabriella qu’elle a été remariée de force par son père et la supplie de fuir avec lui ; elle refuse, fidèle à son devoir d’épouse, mais tous deux restent bouleversés. Le roi Filippo, sauvé d’une embuscade par Raoul, fait à ce dernier une entrée triomphale au château et, pour le récompenser, lui accorde la main d’Almeide, sœur de Fayel. Dans les appartements de Gabriella, Fayel, rongé par le doute, la menace ; elle lui réplique que c’est lui qui devrait craindre la colère du Ciel.
- Acte II : Raoul, désespéré d’avoir tout perdu, reçoit un message qu’il croit venir de Gabriella le priant de la rejoindre : c’est en réalité Almeide qui l’a fait mander, à l’insu de sa belle-sœur. Le malentendu provoque une scène déchirante entre Gabriella et Raoul, qu’Almeide surprend avant d’aller chercher Fayel. Ce dernier fait irruption, accuse son épouse de trahison et ordonne l’arrestation de Raoul ; seule l’intervention du roi Filippo, qui rappelle à Fayel qu’il est seul juge de son honneur, retarde le châtiment.
- Acte III : Fayel exige un duel pour laver son honneur. Raoul n’obtient de lui qu’une seule promesse, tenir Gabriella hors de cause, mais Fayel se dérobe même à cela. Le duel a lieu hors scène : Raoul tombe, le nom de Gabriella sur les lèvres. Dans le cachot où elle est retenue prisonnière, Gabriella entend le bruit du combat sans en connaître l’issue. Fayel paraît, une urne voilée à la main : c’est le cœur de Raoul, qu’il lui présente sans pitié. Anéantie de douleur, Gabriella maudit Fayel, réaffirme son amour pour Raoul de son dernier souffle et meurt.
Enregistrement :

Alun Francis — 1979
Format : 2 CD (avec en appendice des scènes de la version de 1826)
Label : Opera Rara
Référence : ORC3
Année d’enregistrement : septembre et octobre 1979, Henry Wood Hall, Londres.
Distribution :
- Gabriella : Ludmilla Andrew, soprano
- Fayel, comte de Vergy : Christian du Plessis, baryton
- Raoul de Coucy : Maurice Arthur, ténor
- Filippo II, roi de France : John Tomlinson, basse
- Almeide, sœur de Fayel : Joan Davies, mezzo-soprano
- Armando, gentilhomme de la maison : John Winfield, ténor
Appendice — scènes de la version de 1826 :
- Gabriella : Eiddwen Harrhy, soprano
- Raoul de Coucy : Della Jones, mezzo-soprano (rôle initialement écrit pour une voix de contralto)
Direction : Alun Francis
Orchestre : Royal Philharmonic Orchestra
Chœur : Geoffrey Mitchell Choir
Langue : Italien
Particularité :
Cet enregistrement constitue l’une des redécouvertes les plus spectaculaires de toute l’entreprise musicologique d’Opera Rara : ce n’est pas seulement le premier enregistrement mondial de Gabriella di Vergy, c’est la révélation d’un opéra de Donizetti totalement inconnu jusqu’alors, composé en 1838 en pleine possession de ses moyens (entre Roberto Devereux et Poliuto) mais resté sur les étagères de la Sterling Library de Londres sous une identification erronée pendant plus de vingt ans. En appendice figurent, à titre de comparaison, plusieurs scènes de la toute première version de l’œuvre, écrite en 1826 pour son seul plaisir et elle aussi restée lettre morte de son vivant. Ludmilla Andrew y déploie un soprano dramatique intense dans le rôle-titre, face au baryton racé de Christian du Plessis en Fayel implacable, tandis qu’Alun Francis dirige avec sensibilité une partition d’une veine mélodique typique du meilleur Donizetti sérieux de la fin des années 1830.
Postérité :
Ni la version de 1826 ni celle de 1838 ne furent jamais représentées du vivant de Donizetti. Seul un pastiche posthume, intitulé simplement Gabriella et compilé en grande partie par d’autres mains, fut donné au Teatro San Carlo en 1869 sous la direction de Nicola De Giosa : accueilli avec réserve par la critique napolitaine, qui doutait ouvertement de son authenticité, il ne connut que quatre représentations et ne fut plus jamais repris. Il fallut attendre 1978 et les recherches de Don White et Patric Schmid pour qu’un fragment substantiel de la véritable partition de 1838 soit identifié à Londres, aboutissant à une exécution de concert à Belfast puis à cet enregistrement intégral d’Opera Rara en 1979, qui rendit enfin justice à cette page longtemps considérée comme mineure du catalogue donizettien. Une production scénique complète suivit en 1985 au Dorset Opera Festival.

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