Format :
- Genre Dramma semiserio en deux actes.
- Musique : Gaetano Donizetti
- Livret : Poésie anonyme, d’après une pièce attribuée à August von Kotzebue
- Langue : Italien
Création :
28 juillet 1824, Teatro Nuovo, Naples.
Douzième opéra de Donizetti, composé alors qu’il n’avait que 26 ans, Emilia di Liverpool fut créée dans le cadre étroit du Teatro Nuovo, l’une des plus petites salles napolitaines, spécialisée dans l’opera semiseria et l’opera buffa en dialecte. L’accueil du public fut d’abord tiède : un critique du Rivista Teatrale e Giornale di Mode se dit incapable de rendre compte d’une intrigue qu’il jugeait d’une extrême niaiserie, tandis que le Giornale del Regno delle Due Sicilie maltraitait le livret tout en concédant que « la musique est jolie ». Une chronique anglaise du Harmonicon confirme cet accueil frais, avant de noter que l’ouvrage devint « plutôt un favori » par la suite. Dès le 18 août 1824, moins d’un mois après la création, Donizetti écrivait à Mercadante pour lui recommander la partition en vue d’une hypothétique production viennoise, projet qui ne vit finalement jamais le jour.
Livret :
Le librettiste original n’est pas nommé : le livret le désigne comme « Poesia Anonimo ». Le sujet dérive d’une pièce allemande attribuée à August von Kotzebue, connue seulement par des traductions italiennes (celles de Bartolomeo Benincasa et de Stefano Scatizzi, sous le titre Emilia di Laverpaut), le texte allemand original n’ayant jamais été retrouvé. Cette pièce avait déjà servi de base à un opéra de Vittorio Trento, également intitulé Emilia di Laverpaut, créé à Naples en 1817. Donizetti reviendra sur le sujet en 1828 avec une seconde version entièrement remaniée, sur un nouveau livret de Giuseppe Checcherini, donnée sous le titre L’eremitaggio di Liverpool.
Intrigue :
- Acte I : Dans une vallée proche de Liverpool se dresse un ermitage où Emilia distribue chaque matin l’aumône aux villageois. Sa compagne Candida lui rappelle son histoire : son père Claudio, capitaine au long cours, l’a laissée avec sa mère avant de disparaître en mer ; séduite puis abandonnée par un officier séducteur, Emilia s’était enfuie avec lui avant de revenir, trop tard, trouver sa mère morte de chagrin. Un orage éclate ; un carrosse a versé dans la vallée. Les rescapés — le gentilhomme napolitain Don Romualdo, son secrétaire Federico, la fiancée de Romualdo, Luigia, et le père sourd de celle-ci, le Comte — sont conduits à l’ermitage. Un marin barbu, esclave évadé après vingt ans de captivité en Afrique, se présente également : c’est Claudio lui-même, revenu au pays pour retrouver sa fille, partagé entre le désir de vengeance et l’espoir de la retrouver repentante. Don Romualdo se révèle être le noble napolitain auquel Emilia avait autrefois été promise ; quant à Federico, Emilia reconnaît en lui son séducteur d’autrefois, tandis que Luigia comprend à son tour sa duplicité. Claudio, encore incognito, retrouve Emilia seule ; ému par son repentir sincère, il se fait reconnaître d’elle et les voilà réconciliés. Mais l’acte s’achève dans la confusion : Claudio se jette sur Federico, et Emilia, pour protéger son père, doit taire son identité devant les villageois accourus.
- Acte II : Federico, gagné par le remords, cherche à obtenir l’intercession de Candida et de Don Romualdo, mais ce dernier, à qui il présente un poignard en gage de contrition, ne fait qu’attiser sa colère. Claudio convoque Federico dans le caveau funéraire de la famille, sous le portrait de la mère d’Emilia, bien décidé à se venger ; Candida, ayant surpris son projet, prévient Emilia, et tous se précipitent dans les souterrains. Face au portrait, Claudio révèle enfin sa véritable identité et met Federico en demeure de signer des aveux, pistolets à la main ; mais au moment de tirer, il est arrêté par l’arrivée d’Emilia, de Candida, de Romualdo, de Luigia, du Comte et des villageois. L’innocence de Claudio dans l’affaire qui l’avait ruiné est établie, ses biens lui sont rendus, et il pardonne généreusement à Federico. Emilia, convaincue de son repentir, lui donne sa main ; Luigia profite du mouvement général de pardon pour obtenir à son tour celui de Don Romualdo, et l’opéra s’achève sur la perspective d’un double mariage.
Enregistrement :

David Parry — 1986
Format : 2 CD (sur les 3 du coffret, consacré aux deux versions de l’œuvre)
Label : Opera Rara
Référence : ORC8
Année d’enregistrement : novembre-décembre 1986, Conway Hall, Londres.
Distribution :
- Emilia : Yvonne Kenny, soprano
- Candida : Anne Mason, mezzo-soprano
- Luigia : Bronwen Mills, soprano
- Don Romualdo : Sesto Bruscantini, basse
- Claudio di Liverpool : Geoffrey Dolton, baryton
- Federico : Chris Merritt, ténor
- Le Comte : Christopher Thornton-Holmes, basse
Direction : David Parry
Orchestre : Philharmonia Orchestra
Chœur : Geoffrey Mitchell Choir
Langue : Italien
Particularité :
Ce coffret Opera Rara, produit avec le soutien de la Peter Moores Foundation, constitue le premier enregistrement studio de l’œuvre et la seule gravure à documenter les deux versions successives de l’opéra, Emilia di Liverpool (1824) et sa refonte L’eremitaggio di Liverpool (1828), sur la base de l’article et de l’édition critique de Jeremy Commons. Dans cette version originale, Sesto Bruscantini, alors en fin de carrière, impressionne par la variété de son timbre et son sens du style bouffe italien dans le rôle de Don Romualdo, tandis que Chris Merritt prête à Federico un ténor lyrique déjà remarquable de précision et de souplesse. Yvonne Kenny incarne une Emilia au timbre clair et à l’engagement dramatique très sûr. David Parry dirige le Philharmonia Orchestra avec une vivacité et un sens de la ligne mélodique jugés essentiels à ce répertoire bel cantiste des débuts de Donizetti.
Postérité :
Emilia di Liverpool ne connut que sept représentations lors de sa création et ne semble avoir été reprise hors de Naples qu’une seule fois, à Viterbe en 1826, avant de retomber dans l’oubli après quelques reprises napolitaines (1838, 1871). L’ouvrage renaît véritablement en 1957, année du 750e anniversaire de la charte de la ville de Liverpool : le Liverpool Music Group en donne une exécution de concert, suivie quelques mois plus tard d’une diffusion radiophonique par la BBC dirigée par John Pritchard, avec, dans une distribution presque entièrement renouvelée, la toute jeune Joan Sutherland en Emilia — une prise de rôle restée célèbre par le disque privé qu’elle en tira. Il faudra attendre 1986 et l’intégrale discographique d’Opera Rara, fruit des recherches musicologiques de Jeremy Commons sur les sources kotzebuiennes et les deux versions successives de la partition, pour que l’œuvre retrouve une existence discographique pérenne ; une première exécution scénique de la version originale de 1824 suivra à Liverpool en 1987.

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