Note personnelle : ,

Delius, Frederick — A Village Romeo and Juliet (1907)

Format :

  • Drame lyrique (opéra) en 6 scènes.
  • Musique : Frederick Delius
  • Livret : Frederick Delius et Jelka Delius, d’après la nouvelle Romeo und Julia auf dem Dorfe de Gottfried Keller, tirée du recueil Die Leute von Seldwyla
  • Langue : anglais (création en 1907 dans une traduction allemande)

Création :

21 février 1907, Komische Oper, Berlin, sous le titre allemand Romeo und Julia auf dem Dorfe, dans une traduction de Jelka Delius, sous la direction de Fritz Cassirer.
Composé entre 1900 et 1901, l’ouvrage ne fut créé dans sa langue originale que le 22 février 1910, au Covent Garden de Londres, sous la baguette de Thomas Beecham, qui devint dès lors le plus fervent défenseur de la musique de Delius en Grande-Bretagne. La création américaine n’eut lieu qu’en 1972, à Washington.

Livret :

Delius et son épouse Jelka adaptent une nouvelle de l’écrivain suisse Gottfried Keller, elle-même inspirée d’un fait divers relatant le double suicide de deux jeunes amoureux. Transposant le motif shakespearien de Roméo et Juliette dans un village suisse du XIXe siècle, l’intrigue oppose deux familles de paysans déchirées par un banal conflit de bornage, dont leurs enfants feront les frais.

Intrigue :

  • Scène 1 : Sur un terrain en friche que se disputent les fermiers Manz et Marti, les enfants Sali et Vrenchen jouent ensemble malgré la brouille naissante de leurs pères. Le Ménétrier noir, héritier dépossédé de ce même terrain à la suite d’un vice de propriété jamais réglé, met les enfants en garde contre le sort réservé à ceux que la communauté rejette. Les deux pères séparent brutalement les enfants.
  • Scène 2 : Six ans plus tard, un long procès a ruiné les deux familles. Devenu à moitié fou de rancœur, Marti surprend Sali et Vreli, désormais adolescents, qui ont renoué leur tendresse d’enfance ; dans l’échauffourée qui s’ensuit, Sali blesse gravement le vieil homme, qui doit être interné.
  • Scène 3 : Sur la route, le Ménétrier noir, qui mène une vie de vagabond libre en marge du village, propose aux deux jeunes gens de le suivre et de goûter à une existence sans attaches. Désespérés de ne pouvoir vivre leur amour au grand jour, Sali et Vreli envisagent pour la première fois de fuir ensemble.
  • Scène 4 : Un soir de fête foraine à la lisière du village, Sali et Vreli, venus incognito, achètent à une bohémienne de modestes anneaux et se fiancent symboliquement, avant de mesurer qu’ils ne pourront jamais vivre ouvertement leur amour dans leur village natal.
  • Scène 5 : Après leur fuite, Sali et Vreli arrivent, épuisés, devant l’auberge du « Jardin du Paradis », tenue par de joyeux vagabonds, où ils passent une dernière soirée de bonheur, avant de comprendre que la société ne leur laissera jamais aucune place.
  • Scène 6 : Au petit matin, sur la rivière, les deux amants montent à bord d’une péniche chargée de foin abandonnée par des bateliers. Résolus à ne jamais se quitter, ils la laissent dériver puis couler avec eux dans les eaux du fleuve, unis dans la mort comme la société le leur avait refusé dans la vie.

Enregistrement(s) :

Sir Charles Mackerras — 1990

Format : studio, intégrale, coffret 2 CD.
Label : Argo (Decca).
Référence : 430 275-2.
Année d’enregistrement : 1990, Grosser Saal, Wiener Konzerthaus, Vienne.
Distribution :

  • Vreli : Helen Field, soprano
  • Sali : Arthur Davies, ténor
  • Le Ménétrier noir (Dark Fiddler) : Thomas Hampson, baryton
  • Manz : Barry Mora, baryton
  • Marti : Stafford Dean, basse

Direction : Sir Charles Mackerras.
Orchestre : ORF Symphonieorchester, Arnold-Schönberg-Chor.
Langue : anglais

Particularité :

Référence discographique de l’œuvre : Charles Mackerras y déploie une science consommée du langage post-romantique anglais et donne tout son relief à l’orchestration somptueuse de Delius, notamment dans l’interlude de la Marche au Jardin du Paradis. Thomas Hampson, alors au début de sa carrière internationale, campe un Ménétrier noir d’une grande présence vocale et dramatique, aux côtés du couple attachant formé par Helen Field et Arthur Davies.

Postérité :

Éclipsé par la rareté de ses mises en scène — six changements de décor, un orchestre considérable et des rôles de très jeunes amoureux exigeant une puissance vocale quasi wagnérienne —, A Village Romeo and Juliet doit surtout sa notoriété à l’interlude orchestral The Walk to the Paradise Garden, devenu l’une des pages les plus jouées de Delius au concert. L’ouvrage complet reste rarement représenté au théâtre, avec toutefois quelques reprises notables : Sadler’s Wells en 1962, un film de Petr Weigl avec Thomas Hampson, une exécution de concert au Southbank Centre pour le 150e anniversaire du compositeur en 2012, une production à l’Opéra de Francfort en 2014, ou encore une version réduite donnée par la New Sussex Opera en 2017.

 

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