Format :
- Zarzuela en deux « jornadas » (actes).
- Musique : José de Nebra
- Livret : José de Cañizares
- Langue : espagnol
Création :
3 août 1744, au Teatro de la Cruz de Madrid, par la troupe de comédiens de José de Parra.
L’ouvrage rencontra un succès notable : il resta à l’affiche jusqu’au 31 août, totalisant quinze représentations supplémentaires au cours de la même saison, et connut encore des reprises au même théâtre en 1745 et en 1751.
Livret :
José de Cañizares (1676-1750), l’un des dramaturges espagnols les plus en vue de son temps, développe librement l’épisode mythologique de la liaison de Vénus avec le bel Anchise, roi de Dardanos et père d’Énée, en l’élargissant à une intrigue amoureuse baroque nouée autour de trois figures féminines : les déesses Vénus et Diane, ainsi qu’Eumène, une nymphe de la suite de Diane. Au terme de la pièce, Anchise doit se décider pour l’une des trois — comme le fera plus tard Pâris. Les personnages de Brújula et Títiro, serviteurs comiques (« graciosos »), apportent le contrepoint burlesque traditionnel du genre à travers une intrigue parallèle de mariage arrangé.
Intrigue :
- Acte I : Dans une forêt du mont Ida, près de Troie, la déesse Diane chasse en compagnie de ses nymphes, dont Eumène, secrètement amoureuse du jeune berger Anchise. Lorsque Vénus apprend que le jeune homme a renoncé aux joies de l’amour par fidélité à la chaste Diane, elle décide de le punir et l’atteint de la flèche de Cupidon. Mais à son réveil, Anchise — croyant reconnaître les traits de son défunt amour Adonis — tombe amoureux non de Diane mais de Vénus elle-même, qui exige de lui le secret sur leur rencontre. Diane confie en aparté à Eumène qu’elle est elle-même éprise d’Anchise. En parallèle, Brújula et Títiro racontent l’histoire burlesque d’un entremetteur matrimonial et de la fiancée qui ne correspond en rien à la description promise. Troublée par cet aveu de Diane, Eumène rencontre Anchise et lui révèle malgré elle son propre amour ; le jeune homme lui confie alors en retour sa liaison secrète avec Vénus, provoquant la fureur de la nymphe.
- Acte II : Restée seule avec Vénus, Eumène lui rapporte sa conversation avec Anchise. Furieuse d’apprendre que son secret a été trahi, Vénus jure de se venger avec toute sa puissance. Eumène rencontre ensuite Anchise et lui demande d’intervenir en sa faveur auprès de Diane, qui lui apparaît et lui offre sa protection. Les prêtres de Vénus s’emparent d’Anchise et l’attachent à un arbre ; incapable de le tuer elle-même, la déesse ordonne à Eumène de s’en charger. Prévenue qu’elle devra payer de sa propre vie si elle épargne le berger, la nymphe choisit néanmoins de le sauver, prête à se sacrifier pour celui qu’elle aime. Découvrant qu’Anchise n’est pas mort, Vénus déchaîne contre le mont Ida un tremblement de terre et une tempête. Diane lutte contre Vénus pour protéger Anchise, ses compagnes et toutes les créatures de la montagne. La tempête enfin apaisée, Anchise, Diane et Vénus se retrouvent, et Vénus somme le berger de choisir entre les trois femmes. Brújula et Títiro commentent l’issue à leur façon. Anchise porte alors son choix sur Eumène qui, bien qu’ayant malgré elle provoqué la colère de Vénus, aurait donné sa propre vie pour sauver celle qu’elle aime.
Enregistrement(s) :

Alberto Miguélez Rouco — 2020
Format : 2 CD (CD I : 66 min 13 s ; CD II : 59 min 30 s)
Label : Glossa
Référence : Glossa GCD922520
Année d’enregistrement : du 10 au 17 septembre 2019, à Riehen (Saal des Landgasthofs), Suisse ; copyright 2020 note 1 music gmbh.
Distribution :
- Anquises : Giulia Semenzato, soprano
- Venus : Natalie Pérez, mezzo-soprano
- Eumene : Alicia Amo, soprano
- Diana : Eva María Soler Boix, soprano
- Brújula : Amalia Montero Neira, soprano
- Títiro : Yannick Debus, baryton
- Narrateur : Javier Dotú
Direction : Alberto Miguélez Rouco (clavecin et direction musicale)
Orchestre et chœur : Los Elementos et chœur de la Schola Cantorum Basiliensis, sur instruments d’époque, Claudio Rado premier violon solo
Langue : espagnol
Particularité :
Premier enregistrement moderne de cette zarzuela, réalisé par l’ensemble Los Elementos, fondé en 2018 par Alberto Miguélez Rouco dans le but explicite de faire redécouvrir et interpréter sur instruments historiques le répertoire scénique de Nebra. Une nouvelle édition critique de la partition, établie par le chef à partir de l’unique manuscrit autographe conservé à la bibliothèque de la cathédrale de Saragosse, a été préparée spécialement pour cet enregistrement. Les nombreux passages parlés du livret, indispensables à la compréhension de l’intrigue mais habituellement omis dans les exécutions modernes, ont été conservés et confiés à des comédiens, restituant ainsi la texture originelle de ce spectacle de cour mêlant théâtre et musique — jusqu’à la reconstitution d’une machine à tonnerre faite d’un tonneau rempli de pierres, telle que décrite dans plusieurs pièces de Cervantes, pour les scènes de tempête.
Postérité :
Créée dans le cadre des grandes fêtes du théâtre madrilène du règne de Philippe V, Vendado es Amor, no es ciego connut un accueil assez favorable pour être reprise à plusieurs saisons d’intervalle, un sort peu commun pour une zarzuela de cette époque. Longtemps éclipsée par la notoriété grandissante de l’opéra italien à la cour des Bourbons d’Espagne, l’œuvre témoigne de la vitalité persistante du théâtre musical espagnol dans les années 1740, entre l’héritage des autos sacramentales dont Nebra est issu et l’influence croissante du goût italien. Sa redécouverte discographique en 2020 s’inscrit dans le mouvement plus large de revalorisation du répertoire scénique de Nebra et du patrimoine lyrique de la cour ibérique du XVIIIe siècle.

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