Format :
- Divertissement en un acte.
- Musique : François Colin de Blamont
- Livret : Louis Fuzelier
- Langue : Français
Création :
3 décembre 1729, château de Versailles, à l’occasion de la naissance du Dauphin, premier fils de Louis XV et de Marie Leszczyńska, né le 4 septembre 1729. Colin de Blamont, Surintendant de la Musique du roi, fut mis à pied d’œuvre par le duc de Mortemart, Premier Gentilhomme de la Chambre en service : il fit chanter ce nouveau divertissement de sa composition, intitulé alors Le Caprice de la Musique ou Les Enthousiasmes d’Érato, lors d’un concert donné pendant le souper du roi et de la reine. L’exécution fut si appréciée que la reine le fit chanter à nouveau le 5 décembre aux Appartements. L’œuvre, alors plus développée qu’elle ne nous est parvenue (sans doute en trois, quatre ou cinq parties), fut ensuite réduite et prit le titre définitif de Le Caprice d’Érato ou Les Caractères de la Musique lors de sa création à l’Académie royale de musique en octobre 1730, couplée avec le prologue et le divertissement du cinquième acte d’Alcyone de Marais. C’est aux Concerts de la reine, à la Cour, que l’œuvre connut sa plus grande postérité, y étant redonnée en novembre 1730, puis 1732, 1733 (deux fois), 1736 et 1748.
Livret :
Le Caprice d’Érato est la seconde collaboration entre le librettiste Louis Fuzelier et Colin de Blamont, quelques années après leur grand succès commun, le ballet héroïque des Fêtes grecques et romaines (1723). Fuzelier conçoit un livret entièrement voué à mettre le musicien à l’honneur : Érato, muse de la poésie lyrique et par extension de la musique, décide de célébrer la naissance royale par un « enthousiasme » général témoignant de toutes les facettes de son art, c’est-à-dire tous les « caractères de la musique » comme l’indique le sous-titre. Colin de Blamont y excelle dans la mise en musique de pièces brèves, contrastées et caractérisées, formant autant de miniatures descriptives pittoresques : tempête, sommeil, airs de bacchantes endiablés, chants de bergers évoquant la musette, fanfares de chasse.
Intrigue :
- Acte unique : Érato et ses élèves, animés par Apollon, célèbrent le roi. Le bruit des trompettes annonce Minerve et Junon : elles viennent annoncer la naissance d’un Dauphin. La liesse générale redouble. Érato entend se signaler par un Caprice fantasque, mêlé de chant, de danse et de musique. Elle convoque d’abord Terpsichore et une troupe de bergers pour une séquence champêtre célébrant les charmes de Cythère et le retour du printemps. Elle choisit ensuite de descendre sur la rive infernale ; après avoir invoqué les ombres, elle les endort par un sommeil. Une musique vive annonce les Bacchantes et les Faunes ; une élève d’Érato chante le pouvoir de Bacchus. Mais un ramage de rossignols incite Érato à des concerts plus légers. Diane paraît alors au son des cors. Apollon reparaît à sa suite et incite le royaume à redoubler de zèle pour ses monarques.
Enregistrement(s) :

Alexis Kossenko — 2024
Format : 2 CD (couplé avec Le Retour des Dieux sur la Terre)
Label : Château de Versailles Spectacles (coll. Opéra français n°26)
Référence : CVS139
Année d’enregistrement : enregistré au Finlandia-talo (Helsinki) du 20 au 22 novembre 2021 ; paru le 6 septembre 2024.
Distribution :
- Érato : Chantal Santon Jeffery, soprano
- Junon : Hasnaa Bennani, soprano
- Minerve : Marine Lafdal-Franc, mezzo-soprano
- Une Bergère, une Élève d’Érato : Jehanne Amzal, soprano
- Un Chasseur : Clément Debieuvre, ténor (haute-contre)
- Apollon : David Witczak, baryton
Direction : Alexis Kossenko
Orchestre : Helsinki Baroque Orchestra
Chœur : Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles
Langue : Français
Particularité :
Premier enregistrement mondial de l’ouvrage. La critique souligne que Colin de Blamont y privilégie la démonstration instrumentale sur le livret, multipliant les pages pittoresques : un charmant rondeau pour les bergers, un menuet stylisé, la flûte imitant la nature dans la succession des récits et airs pour les oiseaux. Hasnaa Bennani, en Junon, se distingue par une voix « gracieuse et cristalline » dans l’air « Qu’aux transports les plus doux » ; Chantal Santon Jeffery incarne Érato avec charme, notamment dans l’air « De la saison nouvelle ». Alexis Kossenko et l’Helsinki Baroque Orchestra restituent avec pertinence et vigueur ces pages longtemps restées closes, « entraînantes, affairées et mondaines ».
Postérité :
Le Caprice d’Érato compte parmi les œuvres les plus appréciées de Colin de Blamont : en 1744, le Mercure de France estime que le compositeur est connu par « Le Caprice d’Érato et par d’autres ouvrages qui ont avantageusement établi sa réputation ». En 1739, une suite de pièces instrumentales en fut donnée par l’orchestre des Vingt-quatre Violons au cours du Souper du roi. Le compositeur lui-même semblait tenir l’ouvrage en estime, le citant dans son Essai sur les goûts anciens et modernes de la musique française parmi « les ouvrages brillants qu’inspira Polymnie ». Longtemps tombé dans l’oubli après la Révolution française, il a bénéficié d’une redécouverte notable avec ce premier enregistrement mondial par Alexis Kossenko et l’Helsinki Baroque Orchestra, en coproduction avec le Centre de musique baroque de Versailles.

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