Note personnelle : ,

Chiarini, Pietro — Il geloso schernito (1746)

Format :

  • Commedia musicale (intermezzo comique) en trois parties, pour deux personnages.
  • Musique : Pietro Chiarini — l’ouvrage, longtemps publié et diffusé sous le nom de Giovanni Battista Pergolesi, s’est révélé être un pasticcio associant des numéros de Pergolesi, de Gaetano Latilla et quatre pièces originales de Chiarini lui-même, identifié par les travaux musicologiques de Frank Walker.
  • Livret : anonyme.
  • Langue : Italien.

Création :

Automne 1746, à Venise.
Pietro Chiarini, dit « il Brescianino », a alors une petite trentaine d’années et vient de vivre à Venise, entre 1738 et 1744, ses années les plus fécondes : quatre opere serie et un oratorio y furent donnés, dans le sillage de son amitié avec Carlo Goldoni et sur des livrets tirés de Metastasio. Compositeur au style volontiers pergolésien — clarté mélodique, légèreté de l’écriture bouffe, sens aigu du dialogue musical —, il illustre ici le genre très prisé de l’intermezzo comique en trois parties, destiné à être joué par intermittence entre les actes d’un opera seria. De son œuvre entière, cette seule partition nous est parvenue.

Livret :

Le texte, dû à un librettiste resté anonyme, appartient à la veine bouffe vénitienne des années 1740 : deux personnages seulement, Dorina (soprano) et Masacco (baryton), dont les jalousies, les ruses et les travestissements annoncent, un demi-siècle à l’avance, le principe de l’épreuve amoureuse que Da Ponte et Mozart porteront à son sommet dans Così fan tutte. L’ouvrage a longtemps circulé sous le nom de Pergolesi — dont plusieurs pages authentiques furent incorporées au pasticcio, aux côtés de numéros de Gaetano Latilla —, avant que la musicologie du XXe siècle, en particulier les recherches de Frank Walker, ne restituent à Chiarini la paternité de la majeure partie de la partition.

Intrigue :

  • Partie I : Masacco, rongé par la jalousie, accable Dorina de reproches et de soupçons infondés sur sa fidélité ; la jeune femme, piquée, décide de lui donner une leçon plutôt que de se justifier.
  • Partie II : Masacco revient déguisé et se fait passer pour un galant inconnu, tentant de séduire Dorina avec des bijoux et des promesses, afin d’éprouver sa vertu ; Dorina, qui a percé l’artifice, feint de se laisser convaincre et retourne la situation à son avantage, précipitant son jaloux dans des complications de plus en plus comiques.
  • Partie III : Le quiproquo se dénoue : démasqué et confondu par sa propre ruse, Masacco doit reconnaître la fidélité de Dorina et implorer son pardon ; l’ouvrage s’achève, selon l’usage du genre, sur une réconciliation joyeuse en duo.

Enregistrement(s)

Chiarini, Il geloso schernito, Gerelli 1956 (Ribetti, Mantovani) — pochette

Ennio Gerelli — 1956

Format : Studio, mono, CD (rééd.) — publié à l’origine en LP
Label : Cetra (LP d’origine) ; réédition CD Warner Fonit, coll. « Cetra Opera Collection »
Référence : Cetra LPC 1258 (1958) ; réédition Warner Fonit 5050466-3243-2-0
Année d’enregistrement : 1956, Côme (Teatrino de la Villa Olmo)
Distribution :

  • Dorina : Elda Ribetti, soprano
  • Masacco : Dino Mantovani, baryton

Direction : Ennio Gerelli
Orchestre : I Commedianti in Musica della Cetra & Complesso Strumentale del Teatrino di Villa Olmo
Langue : Italien

Particularité :
Premier enregistrement mondial de cette « commedia musicale in tre parti », gravé à Côme en 1956 dans le cadre de la collection Cetra consacrée aux raretés de l’opéra italien, alors encore présentée sous l’étiquette Pergolesi. Elda Ribetti et Dino Mantovani, avec un engagement comique évident et un sens aigu du timing théâtral, portent à eux seuls cette joute amoureuse en miniature, portée par un petit effectif instrumental d’esprit ancien. La prise de son mono, typique des captations italiennes de l’époque, et une battue parfois un peu lourde de Gerelli n’effacent pas l’intérêt documentaire de ce témoignage unique — la seule partition connue de Chiarini, et pour cette raison la seule fenêtre sonore ouverte sur ce musicien autrement disparu de la discographie.

Postérité :

Il geloso schernito doit sa survie à un double hasard : celui d’avoir été confondu, pendant près de deux siècles, avec l’œuvre de Pergolesi — dont la gloire posthume assura la transmission et la publication du pasticcio —, puis celui d’avoir attiré l’attention du musicologue Frank Walker, qui en démêla l’écheveau des attributions et restitua à Pietro Chiarini la paternité de l’essentiel de la partition. Cette identification, aujourd’hui reçue par la musicologie (voir notamment le Dizionario Biografico degli Italiani), a transformé un « faux Pergolesi » mineur en unique document sonore d’un compositeur dont toute l’œuvre restante a disparu. L’enregistrement de Gerelli, réédité par Warner Fonit dans sa collection Cetra consacrée au patrimoine lyrique italien, demeure à ce jour la seule gravure de l’ouvrage : à défaut de postérité scénique, Il geloso schernito occupe une place à part dans l’histoire de la musicologie, comme cas d’école de la fragilité des attributions dans l’opéra bouffe du XVIIIe siècle.

 

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *