Note personnelle : ,

Charpentier, Marc-Antoine — La descente d’Orphée aux enfers (1686)

Format :

  • Petit opéra (pastorale / tragédie lyrique en miniature) en deux actes (H. 488).
  • Musique : Marc-Antoine Charpentier (1643-1704).
  • Livret : auteur inconnu, d’après les Métamorphoses d’Ovide (livre X).
  • Langue : français.

Création :

Fin 1686 ou 1687 (probablement), dans le cadre des divertissements de Mademoiselle de Guise à Paris.
Composition probablement du début de 1686. Charpentier est au service de Marie de Lorraine, duchesse de Guise, depuis plus de vingt ans ; c’est le dernier de ses petits opéras de chambre pour la princesse. Il y chante lui-même le rôle d’Ixion, écrit pour haute-contre, tandis qu’Orphée était confié à la haute-contre François Antoine. Les dix chanteurs de la maison de Guise (dont Geneviève de Brion en Eurydice) forment aussi les chœurs, à trois, quatre, cinq ou six parties, soutenus par un petit ensemble instrumental de violes, flûtes, violons, basse de violon et clavecin. Le manuscrit nous est parvenu incomplet, ou l’œuvre est restée inachevée.

Livret :

L’auteur du texte est inconnu ; il s’appuie sans doute sur la version ovidienne du mythe, comme pour Actéon. Le thème d’Orphée, berger-musicien, est très présent dans la France du XVIIe siècle : tragédie de Charles de L’Espine (1614), « Grande journée des machines » de Chapoton (1639), ballets de cour, Orfeo de Luigi Rossi à Paris (1647) et tragédie lyrique de Du Boulay et Louis Lully (1690). Charpentier l’avait déjà abordé vers 1683-1684 dans une petite cantate, Orphée descendant aux Enfers.

Intrigue :

  • Acte I (un cadre pastoral) : Daphné, Œnone et Aréthuse, nymphes compagnes d’Eurydice, célèbrent par des chants et des danses l’union d’Eurydice et du berger Orphée. Eurydice, mortellement blessée par un serpent, expire dans la désolation des nymphes et des bergers. Orphée, désespéré, veut se donner la mort ; Apollon, son père, l’en dissuade et le convainc d’aller fléchir Pluton par la puissance de son chant.
  • Acte II (l’Enfer) : aux Enfers, Ixion, Tantale et Tityos, condamnés à des supplices éternels, se laissent apaiser par la lyre d’Orphée : la roue d’Ixion s’arrête, la soif de Tantale cesse, les vautours de Tityos s’éloignent. Les Furies et les Fantômes cèdent à leur tour. Orphée s’adresse alors à Pluton et Proserpine ; celle-ci, touchée, plaide pour lui, et Pluton, ému, cède : Eurydice pourra le suivre, à condition qu’Orphée ne se retourne pas avant d’avoir regagné la lumière du jour. Orphée s’en va, laissant les ombres regretter son départ. Le manuscrit s’interrompt là, sur une Sarabande légère des Fantômes, sans que la fin du mythe soit racontée.

Enregistrement(s) :

William Christie — 1996

Format : 1 CD (environ 56 min)
Label : Erato
Référence : 0630-11913-2
Année d’enregistrement : 20-23 mai 1995, Salle Berthier (Opéra-Comique), Paris ; publié en 1996.
Distribution :

  • Orphée : Paul Agnew, ténor
  • Eurydice : Sophie Daneman, soprano
  • Daphné / Œnone : Patricia Petibon, soprano
  • Proserpine : Monique Zanetti, soprano
  • Aréthuse : Katalin Károlyi, alto
  • Ixion : Steve Dugardin, haute-contre
  • Tantale : François Piolino, ténor
  • Apollon / Tityos : Jean-François Gardeil, basse
  • Pluton : Fernand Bernadi, basse

Direction : William Christie
Orchestre : Les Arts Florissants
Langue : français

Particularité :

Référence historique du catalogue Erato, présentée par un chef qui avait contribué à faire redécouvrir Charpentier. Orphée y est confié à un ténor (Paul Agnew) plutôt qu’à une haute-contre, et la distribution réunit notamment Patricia Petibon et Sophie Daneman, deux voix alors en pleine ascension dans le répertoire baroque français.

Sébastien Daucé — 2017

Format : 1 CD
Label : harmonia mundi
Référence : HMM 902279
Année d’enregistrement : janvier 2016, MC2, Grenoble ; publié en 2017.
Distribution :

  • Orphée : Robert Getchell, haute-contre
  • Eurydice : Caroline Weynants, dessus
  • Daphné : Violaine Le Chenadec, dessus
  • Œnone : Caroline Dangin-Bardot, dessus
  • Aréthuse / Proserpine : Caroline Arnaud, dessus ; Lucile Richardot, bas-dessus
  • Ixion : Stephen Collardelle, haute-contre
  • Tantale : Davy Cornillot, taille
  • Apollon / Tityos : Étienne Bazola, basse-taille
  • Pluton : Nicolas Brooymans, basse

Direction : Sébastien Daucé (orgue et direction)
Orchestre : Ensemble Correspondances (violons, flûtes, violes, basse de violon, théorbes, clavecin, orgue)
Langue : français

Particularité :

Version qui s’attache à reconstituer la distribution et la sonorité de l’époque de Mademoiselle de Guise : tessitures d’origine (haute-contre, taille, basse-taille, voix de dessus et de bas-dessus), ensemble instrumental avec flûtes, violes, théorbes, clavecin et orgue, édition musicale de Sébastien Daucé et Fannie Vernaz. Le programme avait été créé au Festival international d’opéra baroque de Beaune en 2016. La critique a salué la clarté de l’articulation, les inégales bien équilibrées, la flûte à bec et l’expression du haute-contre Robert Getchell.

Postérité :

Court chef-d’œuvre de la musique de chambre lyrique française du XVIIe siècle, l’œuvre est aujourd’hui reconnue comme l’un des sommets de Charpentier. L’absence de conclusion dans le manuscrit autographe (aucun décompte des mesures, aucun mot de fin) a suscité deux lectures : une œuvre inachevée, ou une fin voulue, laissant le mythe en suspens et lui donnant la lecture d’une allégorie optimiste de l’union de l’âme et du corps, et du pouvoir de l’art et de l’amour.

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