Format :
- Opéra-comique en trois actes.
- Musique : Daniel-François-Esprit Auber (1782-1871) (AWV 37).
- Livret : Augustin-Eugène Scribe (1791-1861).
- Langue : français (dialogues parlés).
Création :
26 mars 1844, Opéra-Comique (Deuxième salle Favart), Paris.
Auber a alors soixante et un ans ; il dirige le Conservatoire de Paris depuis la mort de Cherubini en 1842 et occupe aussi les fonctions de directeur des concerts de la Cour de Louis-Philippe. Il est l’un des compositeurs les plus fêtés de la scène française, au sommet d’une collaboration de dix-sept ans avec Scribe. Le rôle de Zerlina fut écrit pour la soprano colorature Louise Lavoye, celui de Scopetto-Marco Tempesta pour le ténor Gustave Roger, celui de Scipion étant tenu par Marius-Pierre Audran. Le succès fut immédiat : l’ouvrage fut joué une centaine de fois lors de ses deux premières saisons.
Livret :
Scribe, librettiste attitré d’Auber, signe ici une comédie d’intrigue originale, sans œuvre source littéraire connue, dans la lignée de leur Fra Diavolo (1830) : brigands de fantaisie, déguisements et quiproquos, dans un décor italien de convention (les Abruzzes sous la Restauration). La « sirène » du titre est le chant mystérieux entendu dans la montagne, qui attire les voyageurs vers l’embuscade des bandits. Derrière la comédie, Scribe et Auber retrouvent un de leurs thèmes favoris : le pouvoir de l’art et de la séduction, ainsi qu’une satire de l’autorité et de ses abus.
Intrigue :
- Ouverture : longue et brillante, elle expose les valses et le motif de « sirène » de la partition.
- Acte I (dans les Abruzzes) : Nicolaio Bolbaya, directeur des spectacles du roi de Naples, cherche une prima donna pour sa troupe et a entendu parler d’une voix merveilleuse dans les montagnes. Le jeune enseigne de vaisseau Scipion, à la recherche de l’inconnue qu’il aime, le suit avec sa servante Mathéa. Le chant de la sirène retentit : c’est Zerlina, sœur du chef des contrebandiers Scopetto, qui attire ainsi les voyageurs dans un guet-apens. Scipion reconnaît en elle la jeune fille aperçue jadis à Naples. Le duc de Popoli, gouverneur des Abruzzes, se plaint de la contrebande ; Scopetto, se faisant passer pour le célèbre Marco Tempesta, chef des contrebandiers, se met en quête des papiers qui le compromettent.
- Acte II (l’auberge de Scopetto dans la montagne) : les bandits, dont le navire a été capturé, n’ont plus rien à boire. Zerlina annonce qu’elle aime un jeune enseigne ; Scopetto lui dévoile un plan pour faire passer sa contrebande sous couvert d’une troupe de théâtre. Scipion et Bolbaya arrivent à l’auberge, Scipion est reconnu comme l’officier qui s’est emparé du navire. Scopetto le sauve de la mort au prix de son serment de silence, puis oblige Bolbaya à déclarer que les bandits sont sa propre troupe ; Scipion, resté seul, est arrêté à la place de Scopetto.
- Acte III (le palais ducal de Pescara) : déguisés en acteurs, les bandits pillent le palais, tandis que Zerlina fait libérer Scipion. Le duc, revenu plus tôt de Naples, se heurte aux contrebandiers qui feignent de répéter un opéra, Ali Baba et les quarante voleurs. Un détachement de soldats arrive pour arrêter Scopetto, mais Mathéa produit des papiers prouvant que Scipion est l’héritier légitime du duc de Popoli et que Scopetto est son cousin. Sous la pression de ce document, Scopetto obtient son salut et le mariage de Zerlina. Un contingent militaire encercle le palais, mais Zerlina, par son chant de sirène, enchante les soldats qui désertent un à un, permettant l’évasion de Scopetto.
Enregistrement(s) :

David Reiland — 2019
Format : 1 CD
Label : Naxos
Référence : 8.660436
Année d’enregistrement : 26 janvier 2018 (enregistrement public), Théâtre Impérial de Compiègne ; publié en 2019.
Distribution :
- Zerlina : Jeanne Crousaud, soprano
- Mathéa : Dorothée Lorthiois, soprano
- Scopetto : Xavier Flabat, ténor
- Scipion : Jean-Noël Teyssier, ténor
- Le duc de Popoli : Jean-Fernand Setti, basse
- Nicolaio Bolbaya : Benjamin Mayenobe, basse
- Pecchione : Jacques Calatayud, baryton
- Le Grand-Juge : Pierre de Bucy, récitant
Direction : David Reiland
Orchestre : Orchestre des Frivolités Parisiennes ; chœur Les Métaboles (chef de chœur : Léo Warynski)
Langue : français
Particularité :
Premier enregistrement mondial de l’œuvre, en coproduction avec le Théâtre Impérial de Compiègne. Il utilise le matériel d’orchestre des représentations données au Théâtre des Arts de Rouen en 1849, qui omettait trois numéros (n° 7, 11 et 13) et abrégeait le finale de l’acte II ; la critique regrette en particulier la coupure d’un trio et de couplets au n° 7. Le disque ne retient que les passages musicaux, avec quelques interventions parlées. Reiland impose des tempos vifs qui préservent l’énergie de la partition ; Jeanne Crousaud (Zerlina) est saluée pour sa virtuosité dans les ensembles et le finale de l’acte III, et Xavier Flabat (Scopetto) pour son chant expressif, notamment dans le duo en valse. L’orchestre est soigné ; le chœur est parfois en retrait et la prise de son, en direct, éloigne par moments les voix.
Postérité :
L’ouvrage fut repris à l’Opéra-Comique en 1844-52, 1861-62 et 1887, pour un total de 164 représentations, et son succès inspira de nombreux pots-pourris, dont un arrangement d’Adolphe Adam. Heinrich Heine en salua l’esprit et la gaieté, et Lortzing l’appréciait autant que Fra Diavolo. L’œuvre fut aussi donnée à l’étranger dès 1844 (Francfort, Vienne, Berlin, Londres), puis à Anvers, Bruxelles, Varsovie, Saint-Pétersbourg, La Nouvelle-Orléans et New York (1854) ; elle disparut ensuite du répertoire jusqu’à cet enregistrement de 2019.

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