Note personnelle : ,

Bononcini, Giovanni — Astarto (1715)

Format :

  • Dramma per musica en trois actes.
  • Musique : Giovanni Bononcini.
  • Livret : Apostolo Zeno et Pietro Pariati (Astarto, Venise, 1708), dans la version remaniée par Paolo Rolli pour Londres (1720).
  • Langue : Italien.

Création :

Carnaval 1715, au Teatro Capranica, Rome ; version londonienne remaniée créée le 19 novembre 1720 au King’s Theatre (Haymarket), Londres.
Bononcini, né à Modène en 1670 et formé à Bologne auprès de Giovanni Paolo Colonna, a derrière lui des années à Rome, puis à la cour impériale de Vienne, où il a été compositeur de Léopold Ier et de Joseph Ier. Il a quarante-cinq ans lorsque Astarto triomphe à Rome et semble avoir réuni dans la partition les meilleures idées de son séjour viennois et des pages nouvelles et brillantes : l’ouvrage, qui connaîtra de nombreuses reprises, est considéré comme l’un des sommets de sa maturité. Appelé à Londres en 1720 pour la Royal Academy of Music, Bononcini y remanie l’ouvrage pour une distribution prestigieuse, dont le castrat Senesino dans le rôle de Clearco et la soprano Margherita Durastanti dans celui d’Elisa.

Livret :

Le livret remonte à Zeno et Pariati, qui s’inspirent de Astarté de Philippe Quinault (1664, musique de Lully) et du récit de l’historien Flavius Josèphe sur la dynastie de Tyr ; Zeno modifie le cours de l’action et lui donne la fin heureuse propre au dramma per musica. Pour la version de Londres, Paolo Rolli, poète du King’s Theatre, en révise le texte et la dédie au comte de Burlington. Bononcini abrège les récitatifs, réduit le nombre de numéros (de trente-sept à trente-trois), supprime le rôle de Geronzio et enrichit l’orchestration, tout en composant de nouveaux airs pour Elisa, Clearco, Agenore et Nino ainsi qu’un nouveau duo pour le couple principal.

Intrigue :

  • Acte I : À Tyr, la reine Elisa souhaite épouser Clearco, son grand amiral et héros victorieux, qu’elle aime. Mais Clearco est en réalité Astarto, fils de l’ancien souverain assassiné par le père d’Elisa : seul Fenicio, qui l’a élevé, connaît son identité. Agenore, qui aime lui-même Elisa, tente d’empêcher ce mariage, tandis que sa sœur Sidonia, courtisée par le noble Nino, manœuvre dans l’ombre ; une fausse lettre attribuée à Clearco le fait accuser de trahison.
  • Acte II : Fenicio, soucieux de rendre le trône à son pupille, prépare un complot contre Elisa, dont Clearco refuse de se faire l’instrument. Les soupçons, la jalousie et les faux billets multiplient les malentendus entre Elisa, Clearco, Sidonia, Nino et Agenore ; la reine, tour à tour furieuse et tendre, voit le complot se resserrer autour d’elle.
  • Acte III : Nino, Sidonia et Elisa dénouent peu à peu les fils de l’intrigue : le complot est éventé, et Elisa se réjouit de la mort supposée d’Astarto. Fenicio, bouleversé, révèle que Clearco n’est autre qu’Astarto, le véritable roi. Clearco, à l’étonnement général, pardonne à tous ; Elisa et Astarto, réunis, sont proclamés couple royal, sous les acclamations du chœur.

Enregistrement(s) :

Stefano Montanari — 2025

Format : CD (3 disques : 60’37, 59’13 et 41’08)
Label : cpo
Référence : 555 591-2
Année d’enregistrement : en direct, aux Innsbrucker Festwochen der Alten Musik (Tiroler Landestheater, Innsbruck), les 22, 25 et 27 août 2022 ; parution en 2025.
Distribution :

  • Elisa, reine de Tyr : Dara Savinova, mezzo-soprano
  • Clearco, son grand amiral : Francesca Ascioti, alto
  • Sidonia, une princesse : Theodora Raftis, soprano
  • Nino, un noble : Paola Valentina Molinari, soprano
  • Agenore, frère de Sidonia : Ana Maria Labin, soprano
  • Fenicio, père supposé de Clearco : Luigi De Donato, basse

Direction : Stefano Montanari
Orchestre : Enea Barock Orchestra
Langue : Italien

Particularité :

Captation de la production donnée à Innsbruck en 2022, d’après l’édition critique de Giovanni Andrea Sechi (2022), qui adopte la version londonienne de 1720 ; ces représentations constituent la première exécution de l’ouvrage en Autriche, pays où Bononcini avait fait carrière. Stefano Montanari, chef de l’orchestre du Teatro Petruzzelli de Bari, dirige l’Enea Barock Orchestra, formation sur instruments d’époque vouée à la redécouverte du répertoire baroque rarement joué (son nom rend hommage à l’Enea in Caonia de Hasse), avec Francesca Ascioti — ici dans le rôle travesti de Clearco, écrit pour le castrat Senesino — comme directrice artistique. La pochette montre la mise en scène d’Innsbruck, où le décor et les costumes verts évoquent un univers militaire.

Postérité :

Charles Burney, qui admirait Händel, rend compte d’Astarto dans sa General History of Music (1789) : le premier air de Durastanti lui paraît « simple et naturel », l’air d’Elisa « Non mi seguir » passionné, et il avoue avoir pris un grand plaisir à examiner la partition. Après Rome en 1715, l’opéra est repris à Londres (1720-1722 et 1734), Hambourg (1721) et Kroměříž (1730), puis sombre dans l’oubli, alors que Bononcini, rival de Händel sur les scènes londoniennes, voyait sa carrière anglaise s’effondrer en 1731 après l’affaire du madrigal de Lotti, avant de mourir à Vienne en 1747. L’édition critique de Sechi et l’enregistrement de 2025 rendent à cette partition cosmopolite ses couleurs italiennes, viennoises et londoniennes.

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