Note personnelle : ,

Abbà Cornaglia, Pietro — Maria di Warden (1884)

Format :

  • Opera-ballo en quatre actes.
  • Musique : Pietro Abbà Cornaglia.
  • Livret : Cesare Bordiga.
  • Langue : italien.

Création :

29 novembre 1884, au Teatro Rossini de Venise.
Pietro Abbà Cornaglia a alors trente-trois ans et est déjà un musicien reconnu dans sa région natale. Formé au Conservatoire de Milan auprès notamment d’Antonio Angeleri, de Lauro Rossi et d’Alberto Mazzucato, il s’est fait connaître comme compositeur, pianiste, organiste et auteur de musique sacrée. Après le succès d’Isabella Spinola en 1877, Maria di Warden constitue sa deuxième tentative de s’imposer dans le grand théâtre lyrique italien.

Livret :

Le livret est de Cesare Bordiga. L’ouvrage est explicitement désigné dans les sources contemporaines comme une opera-ballo in quattro atti, et le livret imprimé fut publié à Alessandria en 1884 par G. Chiari. Le document conservé par la Fondazione Levi donne également le titre complet, Maria di Warden : opera ballo in quattro atti, ainsi que le nom de Bordiga et celui d’Abbà Cornaglia.

Le drame appartient au courant très populaire du théâtre lyrique romantique à sujet historique ou chevaleresque. L’action repose moins sur un événement historique précis que sur un conflit de passions : Maria, partagée entre son amour pour le capitaine Enrico et les devoirs imposés par son père, devient l’épouse du comte de Warden. Le mariage sans amour ouvre la voie à la jalousie, à l’infidélité et à la vengeance. Le livret fait ainsi de l’honneur conjugal et du sacrifice de l’héroïne le centre moral de l’action. Le texte conservé à la Library of Congress comporte notamment un Argomento et la liste des personnages.

Intrigue :

  • Acte I : Maria, fille d’un riche Écossais, aime profondément Enrico, capitaine de marine. Son père s’oppose cependant à cette union et la contraint à épouser le comte de Warden. Maria accepte le mariage par devoir, sacrifiant son amour à l’obéissance filiale et aux conventions sociales. Cette décision constitue la source du drame à venir.
  • Acte II : Devenue comtesse de Warden, Maria découvre la réalité de son mariage : le comte lui est ouvertement infidèle avec Elda, une jeune orpheline qu’il a recueillie dans sa maison. Enrico demeure fidèle à Maria et cherche à la convaincre de rompre avec une existence devenue insupportable. Maria refuse pourtant de fuir avec lui, considérant que ses devoirs d’épouse doivent l’emporter sur son amour personnel.
  • Acte III : Le comte organise une fête en l’honneur d’Elda. La présence d’Enrico fait éclater la tension entre les deux hommes et la rivalité amoureuse se transforme en affrontement direct. Le comte et Enrico se provoquent en duel. Parallèlement, Elda, consumée par l’ambition et la jalousie, décide d’éliminer Maria afin de prendre sa place et d’obtenir elle-même le titre de comtesse.
  • Acte IV : Elda prépare un poison destiné à Maria. Mais le hasard bouleverse son plan : le comte, qui pénètre dans les appartements de son épouse avant de rejoindre Enrico pour le duel, absorbe lui-même la substance empoisonnée. Comprenant qu’il va mourir, il révèle la culpabilité d’Elda, demande pardon à Maria et reconnaît enfin l’amour qui unit celle-ci à Enrico. Sa mort permet ainsi la réconciliation des deux amants et dénoue tragiquement le conflit.

Postérité :

Maria di Warden représente la deuxième des trois œuvres théâtrales de Pietro Abbà Cornaglia, entre Isabella Spinola (1877) et Una partita a scacchi (1892). Sa création vénitienne du 29 novembre 1884 est solidement attestée par les sources documentaires et les archives théâtrales.

L’œuvre connut également une reprise à Alessandria en 1886. C’est à cette occasion que le compositeur bénéficia encore d’un accueil particulièrement favorable dans sa ville natale : le prélude orchestral de Una partita a scacchi fut notamment exécuté lors de la dernière représentation de Maria di Warden, le succès étant décrit comme considérable.{index=5}

La partition s’inscrit dans une esthétique de mélodrame romantique tardif, héritière de la tradition italienne du grand opéra et de l’opera-ballo, tout en témoignant de l’ambition orchestrale d’Abbà Cornaglia. Le compositeur avait reçu une formation particulièrement complète — piano, orgue et composition — et son œuvre témoigne de cette double culture instrumentale et théâtrale. Son langage demeure toutefois éloigné des bouleversements que connaissent au même moment les scènes européennes, notamment avec la diffusion croissante de l’esthétique wagnérienne et l’évolution du drame lyrique italien.

Après la mort prématurée du compositeur en 1894, ses opéras furent progressivement écartés du répertoire. Maria di Warden ne bénéficie aujourd’hui d’aucune présence régulière sur les scènes lyriques et demeure une œuvre rare du théâtre italien de la fin du XIXe siècle. Sa partition et son livret présentent néanmoins un intérêt documentaire majeur pour l’étude de cette génération de compositeurs italiens placés entre la grande tradition verdienne et le renouvellement du mélodrame italien

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