Format :
- Genre : opera-ballo / dramma tragico en quatre actes.
- Musique : Pietro Abbà Cornaglia.
- Livret : Crispino Jachino, d’après le récit historique Isabella Spinola de Davide Bertolotti.
- Langue : italien.
Création :
20 mai 1877, au Teatro Carcano de Milan.
Abbà Cornaglia a alors vingt-six ans et se trouve au début de sa carrière théâtrale. Formé au Conservatoire de Milan auprès notamment d’Antonio Angeleri, de Lauro Rossi et d’Alberto Mazzucato, il avait déjà attiré l’attention avec sa cantate Caino e Abele et sa Messa da Requiem. Sa première œuvre lyrique témoigne d’un langage romantique italien encore fortement attaché à la tradition mélodramatique, mais enrichi par une écriture orchestrale ambitieuse et par une certaine sensibilité au drame historique.
Livret :
Le livret est dû à Crispino Jachino et s’inspire explicitement du récit historique homonyme de Davide Bertolotti, dont Jachino reprend la trame tout en l’adaptant aux nécessités de la scène lyrique. Le sujet se déroule à Gênes en 1270, dans le contexte troublé des rivalités aristocratiques et des croisades, et mêle amour contrarié, jalousie, trahison, honneur familial et affrontement judiciaire. Le livret imprimé de 1877 précise lui-même que l’action est tirée du récit de Bertolotti, avec les modifications imposées par les exigences musicales.
L’ouvrage possède ainsi les caractéristiques du grand drame historique italien de la seconde moitié du XIXe siècle : une héroïne prise entre son amour et les obligations imposées par sa famille, un rival animé par la jalousie, des personnages de confiance qui favorisent le dévoilement de la vérité et, finalement, une catastrophe provoquée par la vengeance. Le choix de Gênes et de la figure des Spinola donne en outre au drame une coloration politique et médiévale particulièrement propice au spectaculaire de l’opera-ballo.
Intrigue :
- Acte I : À Gênes, Isabella Spinola aime Ansaldo Doria, qu’elle croit mort. Son père Marco Spinola la destine pourtant à Ugo Lercaro. Alors que les préparatifs du mariage sont engagés, Fernando apporte à Isabella la nouvelle décisive : Ansaldo est toujours vivant et demeure fidèle à son amour. Le conflit entre le devoir familial et la fidélité à l’être aimé est ainsi posé dès le début du drame.
- Acte II : Isabella a finalement accepté l’union avec Ugo sous la pression et les prières de son père, mais refuse de considérer ce mariage comme une véritable union d’amour. L’action se transporte en partie à Ptolémaïs, où Ansaldo, engagé parmi les croisés et dissimulé sous l’apparence d’un berger, retrouve son confident Lanfranco. Il lui révèle qu’Ugo, consumé par la jalousie, avait autrefois tenté de le faire assassiner sous prétexte de le protéger contre les ennemis arabes.
- Acte III : Ansaldo et Lanfranco reviennent à Gênes. Isabella passe pour morte et son amant se rend auprès du tombeau où elle serait ensevelie. Mais le tombeau ne contient que du sable : Ansaldo comprend alors qu’il s’agit d’une mise en scène destinée à dissimuler la captivité d’Isabella. Il parvient à la retrouver et à la délivrer. Isabella refuse cependant de reprendre immédiatement sa vie auprès d’Ansaldo : elle exige d’abord que son mariage avec Ugo soit juridiquement dissous.
- Acte IV : Ansaldo réapparaît en guerrier et accuse publiquement Ugo de trahison devant le Podestat et les juges. Pour établir la vérité, les deux hommes s’affrontent en combat singulier. Ugo est vaincu, mais, avant de mourir, ordonne à son écuyer de tuer Isabella. Celle-ci est frappée au cœur alors qu’elle prie et expire dans les bras d’Ansaldo. Le drame s’achève donc sur la victoire de la vérité et de l’amour, mais au prix de la mort de l’héroïne.
Postérité :
Isabella Spinola fut favorablement accueillie lors de sa création et connut rapidement une reprise importante à Gênes. L’ouvrage fut repris au Teatro Carlo Felice à la fin de 1877, avec des ajouts et une nouvelle orchestration, sous la direction d’Arrigo Boito; cette production fut donnée pendant plusieurs soirées. Cette reprise témoigne de l’intérêt initial porté au jeune compositeur et à son ambitieuse tentative de renouveler le drame historique italien.
La partition révèle un compositeur solidement enraciné dans la tradition italienne, mais soucieux de donner à l’orchestre et à la construction dramatique un rôle plus développé. Une Sinfonia tirée de l’œuvre fut notamment publiée dans une transcription pour piano à quatre mains, signe que la musique circula au-delà des représentations scéniques. Des témoignages contemporains rapportés par la tradition biographique soulignèrent également la qualité de la symphonie, du duo d’amour, du finale du troisième acte et de l’ensemble du quatrième acte.
Après les succès initiaux, cependant, l’œuvre disparut progressivement du répertoire, comme les deux autres opéras de son auteur, Maria di Warden et Una partita a scacchi. La postérité de Pietro Abbà Cornaglia s’est davantage attachée à sa musique sacrée, à ses pièces pour piano et orgue et à ses écrits musicologiques qu’à son théâtre lyrique. Aujourd’hui, Isabella Spinola demeure essentiellement une rareté du mélodrame italien postérieur à Verdi, intéressante pour ce qu’elle révèle de la vitalité de la scène lyrique italienne des années 1870 et des tentatives de jeunes compositeurs pour trouver leur propre voie entre la tradition verdienne et les évolutions de l’opéra européen.
À ce jour, aucune édition discographique intégrale ou quasi intégrale de Isabella Spinola n’est attestée dans les sources consultées. Un CD consacré en 2011 à Abbà Cornaglia, réalisé à l’occasion du 160e anniversaire de sa naissance, propose des mélodies et des pages vocales du compositeur, mais non une intégrale de l’opéra. L’œuvre reste donc principalement connue par son livret, ses sources musicales et quelques restitutions ponctuelles de pages isolées.

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