Format :
- Opéra en un acte et trois moments.
- Musique : Ottorino Respighi (orchestration des dernières pages achevée par Elsa Respighi)
- Livret : Claudio Guastalla, d’après Tite-Live, Shakespeare (The Rape of Lucrece) et André Obey (Le viol de Lucrèce).
- Langue : italien
Création :
24 février 1937, Teatro alla Scala, Milan (direction : Gino Marinuzzi ; Maria Caniglia dans le rôle de Lucrezia, Ebe Stignani dans celui de La Voce).
Dernier opéra de Respighi, mort le 18 avril 1936, avant d’avoir pu en terminer l’orchestration : environ vingt-neuf pages restaient à instrumenter, que sa veuve Elsa acheva avec l’aide d’Ennio Porrino. La Scala le donna en soirée double avec Maria egiziaca et la version dansée des Uccelli, à la place de la Medea restée inachevée.
Livret :
À l’été 1935, Respighi lit le poème de Shakespeare sur le viol de Lucrèce, puis découvre la pièce d’André Obey Le viol de Lucrèce (1931), écrite pour la Compagnie des Quinze et dans laquelle des « récitants » commentent l’action à la manière d’un chœur antique. Il en tire l’idée de réunir ces récitants en un seul personnage, La Voce, mezzo-soprano chantant depuis la fosse d’orchestre. Claudio Guastalla, déjà librettiste de Belfagor, La campana sommersa, La fiamma et Maria egiziaca, condense la pièce en un acte en trois « moments », sur le modèle de la légende rapportée par Tite-Live. La partition courte fut esquissée en deux mois, puis orchestrée à l’automne 1935, alors que la maladie du compositeur progressait.
Intrigue :
- Premier moment : Rome, 509 av. J.-C. Dans la tente de Sesto Tarquinio, au siège d’Ardée, les jeunes princes boivent et plaisantent sur la vertu de leurs épouses ; Bruto, qui feint la sottise, est la cible des rires. Collatino vante la chasteté de Lucrezia et tous décident de chevaucher de nuit jusqu’à Rome pour juger par eux-mêmes ; le désir s’éveille chez Tarquinio.
- Deuxième moment : Dans la maison de Collatino, Lucrezia file la laine avec ses servantes dans une atmosphère paisible et domestique. Elle se retire dans sa chambre, mais Tarquinio s’introduit chez elle et lui fait violence, pendant que l’orchestre dépeint la scène.
- Troisième moment : Lucrezia fait appeler son mari Collatino et son père Spurio Lucrezio, leur révèle l’outrage, puis se frappe d’un poignard devant eux. Bruto jette alors le masque, arrache l’arme du corps de la morte et fait jurer à tous de la venger : la monarchie des Tarquins sera chassée, et le cri final est « A Roma ! ».
Enregistrements :

Ettore Gracis — 1981
Format : 1 CD (réédition 2013 d’un enregistrement public)
Label : Bongiovanni (collection « Novità del Passato »)
Référence : GB 2013-2
Année d’enregistrement : 1981 (en direct).
Distribution :
- La Voce : Jone Jori, mezzo-soprano
- Lucrezia : Elisabeth Byrne, soprano
- Servia : Mary-Anne Whitesides, mezzo-soprano
- Venilia : Susan Anthony, soprano
- Collatino : Andreas Jäggi, ténor
- Bruto : Giuseppe Morino, ténor
- Tarquinio : Daniel Washington, baryton
- Tito / Valerio : Rudolf Ruch, baryton
- Arunte / Spurio Lucrezio : Rado Hanák, basse
Direction : Ettore Gracis
Orchestre : Junge Philharmonie der A.M.O.R.
Langue : italien
Particularité :
Captation sur le vif d’une exécution de jeunes musiciens sous la direction du chef vénitien Ettore Gracis. Un témoignage honorable pour qui veut découvrir l’œuvre, mais le début paraît un peu lent et les couleurs de l’orchestre y sont moins nettes que dans la version suivante.

Adriano — 1994
Format : 1 CD (58:04), stéréo, DDD
Label : Marco Polo (collection « Opera Classics »)
Référence : 8.223717
Année d’enregistrement : 9-16 juin 1994, Salle de concert de la Radio slovaque, Bratislava.
Distribution :
- La Voce : Stefania Kaluza, mezzo-soprano
- Lucrezia : Michela Remor, soprano
- Venilia : Adriana Kohútková, soprano
- Servia : Denisa Šlepkovská, mezzo-soprano
- Collatino : Ľudovít Ludha, ténor
- Bruto : Igor Pasek, ténor
- Tarquinio : Richard Haan, baryton
- Tito / Valerio : Ján Ďurčo, baryton
- Arunte / Spurio Lucrezio : Rado Hanák, basse
Direction : Adriano
Orchestre : Slovak Radio Symphony Orchestra (Bratislava)
Langue : italien
Particularité :
Le chef suisse Adriano, spécialiste de Respighi dont il a aussi rédigé la notice du livret, signe l’enregistrement de référence de l’œuvre : une ouverture saisissante et une grande fidélité aux détails de la partition. Stefania Kaluza y incarne une Voce dramatique, face à la Lucrezia de Michela Remor.
Postérité :
Bien accueillie à La Scala en 1937, la production fut reprise au Maggio Musicale Fiorentino puis au Teatro Reale dell’Opera de Rome sous la direction de Tullio Serafin, et Maria Caniglia chanta de nouveau Lucrezia lors d’une retransmission radiophonique à Turin en 1938. Le rôle fut ensuite repris dans les années 1960 par Anna de Cavalieri. Œuvre brève et originale, d’inspiration néoclassique, elle reste rarement jouée : un enregistrement RAI dirigé par Oliviero De Fabritiis (1958) est antérieur aux versions de Gracis et d’Adriano, et la première production britannique n’a eu lieu qu’en 2025 à la Guildhall School de Londres. La pièce d’Obey servit également de source à The Rape of Lucretia de Benjamin Britten.

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