Note personnelle : ,

Rameau, Jean-Philippe — Le Temple de la gloire (1745)

Format :

  • Genre : opéra-ballet (ballet héroïque) en trois actes avec un prologue
  • Musique : Jean-Philippe Rameau
  • Livret : Voltaire
  • Langue : français

Création :

27 novembre 1745, Versailles, théâtre du manège de la Grande Écurie.
Commandé par le duc de Richelieu, premier gentilhomme de la chambre en service et responsable des Menus-Plaisirs, à l’occasion du retour de Louis XV à Versailles après la campagne de Fontenoy, l’ouvrage est redonné le 4 décembre. Repris à l’Opéra de Paris en décembre 1745, il y connaît l’échec ; une seconde version, profondément remaniée, est créée à l’Académie royale de musique le 19 avril 1746, pour ouvrir la saison 1746-1747.

Livret :

Voltaire invoque Métastase dans sa préface et souhaite moraliser l’opéra, le rendre sérieux, en le débarrassant de sa fadeur érotique au profit d’un grand spectacle édifiant, moral et politique, dans la lignée de Tanis et Zélide, de Samson et de Pandore. Après un prologue consacré à l’Envie, l’ouvrage se présente comme un ballet dialectique : Bélus, tyran trop violent (acte I), puis Bacchus, tyran trop efféminé (acte II), sont chassés du temple de la Gloire. Trajan, lui, y est couronné de lauriers (acte III), car il a non seulement vaincu des rois rebelles mais leur a pardonné, dans une scène inspirée de La Clemenza di Tito de Métastase. Voltaire adopte la forme du ballet héroïque, où figurent des personnages historiques plutôt que mythologiques. Le Temple de la gloire est l’unique opéra de Voltaire et Rameau à avoir été représenté.

Intrigue :

  • Prologue : Dans leur caverne, l’Envie et les Démons de sa suite ourdissent une attaque contre le temple de la Gloire. Ils en sont empêchés par des Demi-dieux et des Héros conduits par Apollon et les Muses. Apollon châtie l’Envie : quoique immortelle, elle demeurera éternellement enchaînée au pied du temple de la Gloire. Apollon, les Héros, les Muses et les Demi-dieux célèbrent les arts et la paix.
  • Acte I (Bélus) : Lydie, princesse de l’Asie mineure, est abandonnée par son amant Bélus, devenu un conquérant sanguinaire. Elle implore l’appui des Muses ; les Bergers et Bergères viennent la consoler. Leurs chants et leurs danses sont interrompus par l’arrivée de Bélus et de ses guerriers, qui sont refoulés du temple de la Gloire. Une simple Bergère parvient à adoucir Bélus, et Lydie achève de le convaincre de rendre les mortels heureux ; elle régnera avec lui.
  • Acte II (Bacchus) : Bacchus a conquis l’Asie, où il a répandu le vin, la débauche et la folie. Précédé de ses Bacchantes, Ménades, Guerriers et Satyres, il est pris du désir soudain d’entrer au temple de la Gloire. Le Grand Prêtre de la Gloire l’en empêche, car il n’est pas digne d’y entrer. Qu’à cela ne tienne, Bacchus passe son chemin.
  • Acte III (Trajan) : L’impératrice Plautine a suivi son mari, Trajan, en Arménie, où il est venu combattre cinq rois qui se sont révoltés contre lui ; elle espère son retour. Trajan revient la voir un moment pour lui annoncer qu’il doit livrer un combat décisif. Restée seule, Plautine appelle les Prêtres de Mars et les Prêtresses de Vénus à prier avec elle pour le salut de l’Empereur. Le peuple annonce que Trajan revient vainqueur : il paraît dans toute sa gloire, les rois vaincus enchaînés à sa suite, mais au lieu de les punir, il leur pardonne. La Gloire descend des cieux pour couronner Trajan, qui rejette ces honneurs excessifs et lui demande de transformer son temple en temple du Bonheur public. La Gloire et le peuple chantent leur bonheur nouveau ; accompagné par les oiseaux, Trajan réaffirme que sa gloire est de régner sur un peuple heureux.

Enregistrement(s)
Rameau — Le Temple de la gloire — Van Waas

Guy Van Waas — 2014

Format : 2 CD, version de 1746
Label : Ricercar (CAV&MA, en collaboration avec le Centre de musique baroque de Versailles et l’Opéra royal de Wallonie)
Référence : RIC 363
Année d’enregistrement : 2014 (octobre, Opéra royal de Wallonie-Liège, Espace Rossius)
Distribution :

  • Lydie, Plautine : Judith Van Wanroij, soprano
  • Une Bergère, une Bacchante, Junie : Katia Velletaz, soprano
  • Arsine, Érigone, la Gloire : Chantal Santon-Jeffery, soprano
  • Apollon, Bacchus, Trajan : Mathias Vidal, ténor (haute-contre)
  • L’Envie, Bélus, le Grand Prêtre de la Gloire : Alain Buet, basse

Direction : Guy Van Waas
Orchestre : Les Agrémens (violon solo : Rémy Baudet) ; Chœur de Chambre de Namur (chef de chœur : Thibaut Lenaerts)
Langue : français

Particularité :

Édition de la musique de la version de 1746, d’après l’édition critique de Julien Dubruque (Opera Omnia Rameau, IV.12, 2016) : plus lyrique que celle de 1745, qui est, elle, plus chorégraphique et plus dramatique. Cette version n’avait encore jamais été exécutée intégralement depuis le XVIIIe siècle. L’enregistrement, produit par le CAV&MA, a été réalisé avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Rameau — Le Temple de la gloire — McGegan

Nicholas McGegan — 2017

Format : 2 CD (72’48 » + 74’06 »), enregistrement en public, version originale de 1745, première mondiale
Label : Philharmonia Baroque Productions
Référence : PBP10
Année d’enregistrement : 2017 (28, 29 et 30 avril, Zellerbach Hall, Berkeley, Californie) ; édition en 2018
Distribution :

  • L’Envie, Un Berger, le Grand Prêtre de la Gloire, un des cinq rois : Marc Labonnette, baryton
  • Apollon, Trajan : Aaron Sheehan, haute-contre
  • Lydie, une Bacchante, la Gloire : Chantal Santon-Jeffery, soprano
  • Arsine, une Prêtresse, Plautine : Gabrielle Philiponet, soprano
  • Une Bergère, Érigone, Junie, une dame romaine : Camille Ortiz, soprano
  • Bélus, un Guerrier, un des cinq rois : Philippe-Nicolas Martin, baryton
  • Bacchus, un des cinq rois : Artavazd Sargsyan, haute-contre
  • Fannie, une Bergère, une Muse : Tonia D’Amelio, soprano
  • Un autre Berger, un des cinq rois : Kevin Gibbs
  • Un des cinq rois : David Kurtenbach

Direction : Nicholas McGegan
Orchestre : Philharmonia Baroque Orchestra & Chorale (chef de chœur : Bruce Lamott) ; New York Baroque Dance Company (mise en scène et chorégraphie : Catherine Turocy)
Langue : français

Particularité :

Première mondiale de la version originale de 1745, d’après un manuscrit conservé à l’Université de Californie à Berkeley (conseil scientifique : Julien Dubruque). Enregistrement réalisé en public en audio 3D, en 192 kHz/24 bits, à l’issue d’une production scénique de Catherine Turocy.

Postérité :

Dans la version de 1745, la fin de l’opéra est une prière aux dieux ; en 1746, Trajan conclut désormais l’opéra par un tendre ramage d’oiseaux (« Ces oiseaux, par leur doux ramage »), procédé critiqué pour son invraisemblance par le Mercure de France. Selon la tradition, Voltaire aurait lancé au roi, dans la salle du palais : « Trajan est-il content ? », ne rencontrant qu’un silence glacé. Sa musique, dont la partition n’avait pas été publiée avant 1909 (« révisée » par Alexandre Guilmant, dans les Œuvres complètes dirigées par Saint-Saëns), a été remise à l’honneur en 2014 par le Centre de musique baroque de Versailles pour le 250e anniversaire de la mort de Rameau. Les gavottes des Prêtres de Mars et des Prêtresses de Vénus sont devenues aussi célèbres que les rigaudons de Dardanus.

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