Note personnelle : , ,

Pergolesi, Giovanni Battista — Adriano in Siria (1734)

Format :

  • Dramma per musica (opera seria) en 3 actes, avec intermezzo comique Livietta e Tracollo entre les actes lors de la création.
  • Musique : Giovanni Battista Pergolesi.
  • Livret : Pietro Metastasio (Pietro Trapassi), poète de la cour impériale de Vienne, dont le texte de 1732 fut mis en musique une soixantaine de fois entre 1732 et 1829.
  • Langue : italien.

Création :

25 octobre 1734, au Teatro San Bartolomeo, Naples.
Pergolesi, né à Jesi en 1710, n’a que vingt-quatre ans. Déjà connu à Naples pour ses opéras bouffes, il reçoit de la cour une commande pour l’anniversaire d’Élisabeth Farnèse, reine d’Espagne et mère du roi Charles de Naples. Ce troisième de ses quatre opéras seria à nous être parvenus lui offre une distribution exceptionnelle, menée par le castrat Caffarelli (Gaetano Majorano), alors à l’apogée de sa gloire. Le style de Pergolesi mêle la tradition napolitaine (doublures voix-violons à l’unisson ou à l’octave, chromatismes, vocalises acrobatiques) à une ligne mélodique d’une grande sensibilité. Il mourra deux ans plus tard, de tuberculose, à vingt-six ans.

Livret :

Pietro Trapassi, dit Métastase, fils d’un soldat d’Assise devenu épicier, devient le plus grand librettiste d’opera seria de son temps. Écrit en 1732, Adriano in Siria met en scène deux personnages réels, l’empereur romain Hadrien (Adriano) et le prince parthe Osroès (Osroa), dans une histoire entièrement fictive de conflit entre amour et devoir où se mêlent déguisement, complot, fausse mort, incendie criminel et passion mal placée. Pour Pergolesi, le texte est profondément remanié afin de mettre en valeur le rôle de Farnaspe, créé par Caffarelli : sur vingt-sept airs d’origine, dix seulement sont conservés, dix nouveaux airs et un duo sont ajoutés, et les récitatifs sont modifiés en conséquence. Le nom de Métastase disparaît d’ailleurs du livret imprimé de 1734.

Intrigue :

  • Acte I : Hadrien a vaincu le roi des Parthes Osroa et, bien que promis à la noble Romaine Sabina, s’est épris de sa fille Emirena, sa prisonnière. Déguisé, Osroa assiste au triomphe de l’empereur, qui accueille le prince parthe Farnaspe, fiancé d’Emirena. Adriano consent à lui laisser Emirena si elle le désire, mais la jeune femme, conseillée par le tribun Aquilio, feint la froideur envers Farnaspe pour le protéger de la colère impériale. Farnaspe, désemparé, s’éloigne. L’arrivée imprévue de Sabina jette la confusion, et Aquilio, secrètement épris d’elle, s’en réjouit. Osroa met le feu au palais pour tuer Adriano, et Farnaspe, accusé de l’incendie, est arrêté.
  • Acte II : Emirena convainc Sabina de l’aider à organiser la fuite de Farnaspe et d’elle-même. Adriano, ému par la peine de Sabina, décide de lui rester fidèle, mais Aquilio, qui doit obéir à l’empereur, fait partir Emirena en exil. Sabina aide les amants à s’enfuir ; Osroa, toujours déguisé, les croise et prétend avoir tué Adriano. Un serviteur ayant été tué à la place de l’empereur, Adriano accuse Farnaspe, et fait emprisonner les trois Parthes. Emirena supplie son père, qui compare son sort à celui d’un lion blessé à mort ; Farnaspe est submergé par la tristesse.
  • Acte III : Sabina se révolte quand elle apprend qu’Adriano a fait exiler Emirena. Aquilio, pour garder Sabina, ment à l’empereur et lui conseille de demander Emirena à Osroa. Le roi parthe feint de consentir, puis ordonne à sa fille de refuser. Dans une scène finale, Farnaspe et Emirena se jettent aux pieds de l’empereur ; Sabina, émue de voir Adriano souffrir des larmes d’Emirena, plaide la cause de ses rivaux. Touché par tant de magnanimité, Adriano reconnaît sa faute, pardonne à Osroa, rend Emirena à Farnaspe, absout Aquilio et revient à Sabina. Tous s’unissent dans un chœur final à la gloire de l’empereur.

Enregistrement(s)

Marcello Panni — 1990

Format : CD (3 disques)
Label : Bongiovanni (collection « Novità del Passato »)
Référence : GB 2078/79/80-2
Année d’enregistrement : enregistrement des années 1980 (1986 d’après les discographies), au Teatro G.B. Pergolesi de Jesi selon la critique ; parution en CD au tournant des années 1990.
Distribution :

  • Adriano : Susanna Anselmi
  • Emirena : Gloria Banditelli
  • Farnaspe : Jolanta Omilian, soprano
  • Sabina : Daniela Dessì, soprano
  • Osroa : Ezio Di Cesare, ténor
  • Aquilio : Lucia Mazzaria, soprano

Direction : Marcello Panni
Orchestre : Orchestra dell’Opera da Camera di Roma
Langue : italien

Particularité :
Gravure défricheuse, ce disque est publié par Bongiovanni dans sa collection « Novità del Passato ». Marcello Panni dirige un orchestre de chambre aux couleurs modernes et réunit une distribution italienne où se détache Daniela Dessì en Sabina. La critique postérieure a jugé que la coloratura y est plus dramatique que dans les versions suivantes, mais la diction moins nette et la prise de son datée. Document historique plus que référence, il garde l’intérêt d’avoir révélé l’ouvrage au disque.

Ottavio Dantone — 2010

Format : DVD / Blu-ray (188 minutes + 12 minutes de bonus)
Label : Opus Arte (production Unitel Classica, en coproduction avec la Fondazione Pergolesi Spontini)
Référence : OA1065D (DVD) ; OABD7098D (Blu-ray)
Année d’enregistrement : 8 et 12 juin 2010, Teatro G.B. Pergolesi, Jesi (festival du tricentenaire de Pergolesi) ; parution en 2011.
Distribution :

  • Adriano : Marina Comparato, mezzo-soprano
  • Emirena : Lucia Cirillo, mezzo-soprano
  • Farnaspe : Annamaria Dell’Oste, soprano
  • Sabina : Nicole Heaston, soprano
  • Osroa : Stefano Ferrari, ténor
  • Aquilio : Francesca Lombardi, soprano
  • Livietta (intermezzo) : Monica Bacelli, mezzo-soprano
  • Tracollo (intermezzo) : Carlo Lepore, basse

Direction : Ottavio Dantone
Mise en scène : Ignacio García (décors : Zulima Memba del Olmo ; costumes : Patricia Toffolutti ; lumières : Ignacio García et Fabrizio Gobbi ; réalisation vidéo : Tiziano Mancini)
Orchestre : Accademia Bizantina
Langue : italien (sous-titres anglais, français, allemand, espagnol, italien)

Particularité :
Donnée dans l’élégant théâtre du XVIIIe siècle de la ville natale du compositeur, cette production réalisée pour le tricentenaire de Pergolesi a été filmée pour la vidéo. Ignacio García propose une mise en scène sobre et minimaliste, et suit l’usage de 1734 en insérant l’intermezzo comique Livietta e Tracollo entre les actes, ce qui allonge la soirée mais restitue l’esprit de la création. Ottavio Dantone et l’Accademia Bizantina offrent un jeu net et expressif ; la critique a salué la clarté de la diction, la qualité du chant, en particulier celui d’Annamaria Dell’Oste et de Nicole Heaston, tout en relevant un registre grave moins ferme chez Marina Comparato. Le disque comprend un entretien avec Dantone et une galerie de portraits de la distribution, et a été qualifié de version de référence.

Jan Tomasz Adamus — 2015

Format : CD (3 disques : 85’25, 51’25, 41’09)
Label : Decca
Référence : 483 0004
Année d’enregistrement : du 19 au 26 août 2015, Radio Kraków, Cracovie (Pologne) ; parution en 2016.
Distribution :

  • Adriano : Yuriy Mynenko, contre-ténor
  • Emirena : Romina Basso, contralto
  • Farnaspe : Franco Fagioli, contre-ténor
  • Sabina : Dilyara Idrisova, soprano
  • Osroa : Juan Sancho, ténor
  • Aquilio : Çiğdem Soyarslan, soprano

Direction : Jan Tomasz Adamus (également au clavecin)
Orchestre : Capella Cracoviensis (instruments d’époque)
Langue : italien

Particularité :
Conçue par Max Emanuel Cencic, cette intégrale sur instruments d’époque s’appuie sur une édition d’exécution de Renzo Bez. Elle confie le rôle-titre à un contre-ténor, Yuriy Mynenko, et surtout celui de Farnaspe, taillé pour Caffarelli, à un autre contre-ténor, Franco Fagioli, dont les vocalises et l’ambitus font ressortir les airs d’éclat de la partition, notamment « Sul mio cor so ben qual sia » et « Lieto così talvolta ». Romina Basso, Dilyara Idrisova, Juan Sancho et Çiğdem Soyarslan complètent la distribution. La critique a trouvé la direction d’Adamus compétente et énergique, avec une Capella Cracoviensis athlétique et extravertie, mais parfois moins nuancée. Livret trilingue avec textes et traductions.

Postérité :

Après un accueil mitigé en 1734, la partition s’efface des mémoires pendant plus de deux siècles et demi : sa distribution vocale inhabituelle (cinq voix de soprano et un ténor), l’interpolation d’un intermezzo bouffe entre les actes et les remaniements apportés au texte de Métastase ont sans doute découragé le public. Le même livret avait été mis en musique par Caldara (1732) et plus tard par Johann Christian Bach, entre autres compositeurs. La redécouverte moderne passe par la gravure Bongiovanni de Marcello Panni, puis par le tricentenaire de 2010 à Jesi, qui donne la version filmée de Dantone, et enfin par l’enregistrement Decca de 2015-2016 sous la baguette d’Adamus, qui a replacé l’ouvrage parmi les grands opere serie du premier XVIIIe siècle.

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