Format :
- Ballad opera (opéra-ballade satirique) en 3 actes, alternant dialogues parlés et chansons sur des airs populaires.
- Musique : airs traditionnels et populaires arrangés par Johann Christoph Pepusch, qui compose l’ouverture et la basse des 69 chansons.
- Livret : John Gay, qui écrit les textes des chansons et les dialogues parlés.
- Langue : anglais.
Création :
29 janvier 1728, au Lincoln’s Inn Fields Theatre, Londres.
Johann Christoph Pepusch, né à Berlin en 1667 et installé à Londres depuis le tournant du siècle, a alors soixante ans. Musicien érudit, ancien directeur musical de théâtres londoniens et familier de la musique italienne qui domine la scène, il prête son savoir de contrapuntiste à un projet qui prend l’opéra italien à contre-pied : il compose l’ouverture, partiellement fondée sur deux des chansons, et harmonise des mélodies de ballades, de chansons à boire et de marches, parfois empruntées à Purcell ou à Händel. Seuls subsistent l’ouverture entièrement orchestrée et les lignes mélodiques des airs, sans basse chiffrée, ce qui explique la multiplicité des versions orchestrées ultérieures.
Livret :
John Gay (1685-1732), poète et dramaturge, ami de Pope et de Swift, signe une satire mordante de la société anglaise et de l’opéra italien alors à la mode. Il transpose les conventions de l’opera seria dans l’univers des voleurs, des receleurs et des prostituées de Londres, en visant au passage le Premier ministre whig Robert Walpole, que l’on reconnaît dans le personnage de « Bob Booty », ainsi que des criminels célèbres comme Jonathan Wild ou Jack Sheppard. L’ouvrage s’ouvre sur un prologue du Mendiant, auteur supposé de la pièce, qui annonce que le public réclame un dénouement heureux, ce qui permet à Gay de se moquer des conventions du genre.
Intrigue :
- Acte I : Mr Peachum, receleur et indicateur de la police, apprend que sa fille Polly a épousé en secret le bandit de grand chemin Macheath. Les Peachum comprennent qu’elle ne pourra plus servir leurs affaires, et songent à faire pendre Macheath pour toucher la prime. Polly le prévient et le cache.
- Acte II : Macheath est trahi dans une taverne par des femmes à la solde de Peachum et jeté à Newgate. Lucy Lockit, fille du geôlier, lui reproche d’avoir rompu sa promesse de l’épouser ; Polly arrive à son tour, se disant son épouse, et les deux femmes se disputent l’homme.
- Acte III : Lucy aide Macheath à s’évader, mais les deux pères le font reprendre. Polly et Lucy plaident pour sa vie, tandis que d’autres femmes se réclament de lui. Condamné à la potence, Macheath est gracié au dernier moment, car le Mendiant doit satisfaire le public, et la pièce s’achève par une danse célébrant son mariage avec Polly.
Enregistrement(s)

William Christie — 2018
Format : DVD / Blu-ray (118 minutes)
Label : Opus Arte
Référence : OA1328D (DVD) ; OABD7283D (Blu-ray)
Année d’enregistrement : 25 et 27 avril 2018, Théâtre des Bouffes du Nord, Paris ; parution le 1er février 2021.
Distribution :
- Macheath : Benjamin Purkiss
- Polly Peachum : Kate Batter
- Lucy Lockit : Olivia Brereton
- Mr Peachum : Robert Burt
- Mrs Peachum / Diana Trapes : Beverley Klein
- Lockit : Kraig Thornber
- Jenny Diver : Emma Kate Nelson
- Filch / Manuel : Sean Lopeman
- Matt : Gavin Wilkinson
- Jack / Prison Guard : Taite-Elliot Drew
- Robin : Wayne Fitzsimmons
- Harry : Dominic Owen
- Molly : Natasha Leaver
- Betty : Emily Dunn
- Suky : Louise Dalton
- Dolly : Jocelyn Prah
Direction : William Christie
Mise en scène : Robert Carsen (décors : James Brandily ; costumes : Petra Reinhardt ; lumières : Peter Van Praet ; chorégraphie : Rebecca Howell ; réalisation vidéo : François Roussillon)
Orchestre : Les Arts Florissants
Langue : anglais (sous-titres français, anglais, allemand, japonais, coréen)
Particularité :
Cette captation, tirée de la production du Théâtre des Bouffes du Nord, repose sur une nouvelle version d’Ian Burton et Robert Carsen, qui actualise le texte de Gay. Carsen traite le propos comme une satire sérieuse de la société anglaise, avec des échos du Brexit et du thatchérisme : les Peachum et Lockit sont des arrivistes, l’esthétique mêle années 1950 brechtiennes et cabaret berlinois des années 1920, et les décors sont faits de cartons que la troupe réassemble à vue. Les musiciens des Arts Florissants, sous la direction de William Christie, déploient les airs avec verve, et la distribution, composée d’acteurs-chanteurs britanniques, privilégie le jeu au chant pur. La critique a salué une réalisation « triomphante » et très divertissante, même si la fin, qui voit une coalition travailliste, a vieilli. Le disque comprend une courte galerie vidéo et un livret avec une note de Carsen.
Postérité :
The Beggar’s Opera connaît dès 1728 un succès exceptionnel : soixante-deux représentations consécutives, la deuxième plus longue série de l’histoire du théâtre jusque-là, et un immense retentissement dans toute l’Angleterre. Sa suite, Polly (1729), est interdite sous la pression de Walpole. L’ouvrage est l’unique ballad opera encore régulièrement joué et a inspiré tout le théâtre musical britannique et, plus tard, la comédie musicale. Bertolt Brecht et Kurt Weill s’en emparent pour Die Dreigroschenoper (1928), Britten en donne une version en 1948, et Duke Ellington signe Beggar’s Holiday (1946). Parmi les enregistrements, on retient l’arrangement de Frederic Austin (1920), l’édition de Bonynge et Gamley avec Joan Sutherland (1981) et la production télévisée de Jonathan Miller (1983) ; celle de Christie et Carsen apporte une lecture à la fois baroque et contemporaine.

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