Format :
- Opera seria (« ernste Oper mit Ballett ») en trois actes avec dialogues parlés et ballet.
- Musique : Giacomo Meyerbeer (1791-1864).
- Livret : Aloys Wilhelm Schreiber (1761-1841), d’après un plan de l’abbé Vogler et de Meyerbeer, tiré du Livre des Juges (11, 30-40).
- Langue : allemand.
Création :
23 décembre 1812, Hofoper (Hoftheater, théâtre Cuvilliés), Munich (avec Christian Lanius en Jephta, Helene Harlas en Sulima, Georg Weixelbaum en Asmavett, Josephine Flerx en Tirza et Georg Mittermayr en Abdon).
Premier ouvrage dramatique de Meyerbeer, alors âgé de vingt et un ans et connu sous le nom de Jakob Liebmann Beer. Après le succès de l’oratorio Gott und die Natur (1811), son maître Georg Joseph Vogler lui confie cette composition, écrite entre Darmstadt, Würzburg et Munich en 1811-1812. Malgré une distribution brillante, l’accueil ne fut qu’un succès d’estime ; la reine Caroline de Bavière offrit toutefois au jeune compositeur une bague de hyacinthe et de diamants.
Livret :
Le récit de Jephthé, qui fait imprudemment le vœu d’immoler le premier être qu’il rencontrera à son retour de bataille, appartient aux couches les plus anciennes de l’histoire d’Israël. Il avait déjà inspiré l’oratorio Jephtha de Händel (1751) et nourrit thématiquement l’Iphénie en Aulide de Gluck (1774). Schreiber, professeur à Heidelberg, en tire un drame biblique très sérieux, où le conflit entre amour paternel et devoir envers la patrie occupe le centre de l’action.
Intrigue :
- Acte I : Israël, à l’époque des Juges (XIIe-XIe siècles av. J.-C.). Après une ouverture dramatique, vendangeurs et vendangeuses chantent et dansent, et Tirza, confidente de Sulima, célèbre une paisible idylle. Mais les Ammonites menacent Israël. Sulima, fille de Jephta, guerrier noble et vaillant mais né hors mariage, promet d’accepter la demande de son bien-aimé Asmavett quand il se sera distingué au combat. Le chef de tribu Abdon, épris lui aussi de Sulima, surprend la scène et jure de se venger d’Asmavett. Aux portes de la ville, Jephta promet la main de sa fille à Asmavett en cas de victoire ; méprisé par les chefs en raison de sa naissance, il refuse de conduire les Israélites, puis, devant les nouvelles désastreuses de la bataille, prend l’épée et fait le vuœu d’offrir à Dieu le premier être qu’il rencontrera à son retour. Un coup de tonnerre montre que Dieu l’a accepté. Les guerriers partent au combat en dansant à l’unisson.
- Acte II : Sulima prie sur la tombe de sa mère avec ses amies d’enfance. Abdon annonce la victoire des Israélites mais prétend qu’Asmavett est mort, puis insulte les endeuillés. Asmavett apparaît pourtant, à la joie de Sulima, et les amants célèbrent leur amour. Jephta victorieux entre : Sulima se jette dans ses bras et il comprend avec horreur que sa fille est la victime de son vœu. Abdon exige son accomplissement, tandis qu’Asmavett tente de sauver la jeune fille dans la consternation générale.
- Acte III : Torturé, Jephta entend le chœur des jeunes filles qui pleurent Sulima et décide de s’offrir lui-même en sacrifice. Asmavett ne peut croire qu’il laisse mourir sa fille ; Sulima, elle, est prête à affronter la mort et fait ses adieux à son père et à son bien-aimé. Asmavett et ses compagnons se tiennent prêts à défendre Sulima contre les partisans d’Abdon ; Jephta s’interpose, préférant se frapper lui-même. Au temple, tout est préparé pour le sacrifice et une marche funèbre accompagne l’entrée de Sulima, quand le grand prêtre annonce que Dieu ne réclame pas de sang et se contente de l’obéissance de Jephta. Le peuple loue la miséricorde divine.
Enregistrement :

Dario Salvi — 2019
Format : 2 CD (79 min 57 s + 77 min 11 s)
Label : Marco Polo (Naxos) ; publié d’abord en numérique en novembre 2021, puis en CD en mars 2023
Référence : 8.225383-84
Année d’enregistrement : juillet 2019, Bulgaria Hall, Sofia.
Distribution :
- Jephta : Sönke Tams Freier, basse-baryton
- Sulima : Andrea Chudak, soprano
- Tirza : Ziazan Horrocks-Hopayian, mezzo-soprano
- Asmavett : Marcus Elsäßer, ténor
- Abdon : Laurence Kalaidjian, baryton
- Un chef de tribu (récitant) : Ivaylo Yanev
- Une amie d’enfance (récitante) : Caroline Bruker
- Prêtre 1 / Messager 1 : Nikolay Ivanov, ténor
- Prêtre 2 : Ivan Angelov, ténor
- Prêtre 3 : Orfey Petrov
- Prêtre 4 : Lyubomir Chernev, basse
- Grand prêtre (récitant) : Mojmír Kolář
- Messager 2 : Peter Petrov, basse
- Messager 3 : Simeon Pilibosyan, ténor
- Guitares : Rossen Balkanski, Vasil Ignatov ; harpe : Vesela Tritchkova
Direction : Dario Salvi
Orchestre : Sofia Philharmonic Orchestra ; chœur : Sofia Philharmonic Chorus
Langue : allemand
Particularité :
Premier enregistrement mondial de l’œuvre, dont les dialogues parlés sont confiés à des récitants. La critique voit en Sönke Tams Freier le point fort de la distribution, un Jephta saisissant qui savoure le vœu et le monologue du troisième acte ; Andrea Chudak, plutôt soubrette, vient bien à bout de la vocalise mais convainc moins dans les moments dramatiques, et Marcus Elsäßer, lyrique et charmant, se bat avec une écriture de ténor très aiguë. Dario Salvi obtient de belles pages de la Philharmonie de Sofia, dont l’orchestre et le chœur savourent visiblement l’écriture instrumentale imaginative (guitares, harpe, ensembles de vents sur scène) ; le critique regrette seulement qu’on attende toujours un bon enregistrement en studio.
Postérité :
Jusqu’à la Première Guerre mondiale, Meyerbeer passe pour l’un des plus grands compositeurs d’opéra, et la redécouverte de ses œuvres de jeunesse se poursuit. Jephtas Gelübde trace déjà plusieurs lignes de son théâtre futur : scènes de foule monumentales (les trois finales), ballets et marches, figure d’un héros en marge de la société et conflit entre amour, patrie et foi. La partition a influencé son condisciple Carl Maria von Weber, dans la musique d’horreur du Freischütz (1821) comme dans le profil du ténor d’Oberon (1826). Deux manuscrits de la partition subsistent, à la British Library de Londres et à Bruxelles.

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