Note personnelle : ,

Mayr, Johann Simon — Le due duchesse, ossia La caccia dei lupi (1814)

Format :

  • Opera semiseria (dramma semiserio per musica) en deux actes, avec des éléments buffa.
  • Musique : Johann Simon (Giovanni Simone) Mayr (1763-1845).
  • Livret : Felice Romani (1788-1865), d’après le mélodrame Edgar, ou La Chasse aux loups de Louis-Charles Caigniez.
  • Langue : italien.

Création :

7 novembre 1814, Teatro alla Scala, Milan.
L’œuvre est créée avec Giovanni David (Edgar, roi d’Angleterre), Filippo Galli (Loredano, comte de Devonshire), Francesca Maffei Festa (Malvina), Luigi Mari (Enrico, duc d’Athelwold), Lorenza Corrèa (Laura) et Andrea Verni (Berto, chef des chasseurs et châtelain). Elle reçoit un accueil enthousiaste, avec des applaudissements particulièrement vifs pour les duos et pour la grande aria d’Edgar ; la critique en salue unanimement l’originalité et l’efficacité. Après une seule reprise à la Scala, elle est donnée au Teatro San Carlo de Naples en 1819, avec un livret remanié en dialecte napolitain pour le rôle buffo de Berto. Romani réutilisera ensuite son livret pour le compositeur Filippo Celli (Florence, 8 septembre 1824).

Livret :

Le sujet puise dans la légende du roi saxon Edgar le Pacifique (Eadgar, Xe siècle) et de la belle Ælfthryth, que le poète préromantique William Mason avait portée à la scène dans sa tragédie Elfrida (1752) et que Paisiello avait mise en musique à Naples en 1792 sur un texte de Calzabigi. Romani s’inspire plus directement du mélodrame Edgar, ou La Chasse aux loups de Caigniez (Paris, 1811), transformant une tragédie en opera semiseria enrichie d’éléments buffa : l’héroïne est rebaptisée Malvina, et le rôle buffo de Berto, chef des chasseurs, est le pendant comique du rôle de Laura, sa fiancée. L’action se déroule au Xe siècle, en Angleterre, au château d’Athelwold, et le sous-titre, La caccia dei lupi (« La chasse aux loups »), renvoie à la battue que le roi a ordonnée contre les loups du royaume.

Intrigue :

  • Acte I : Loredano cherche sa fille Malvina, disparue ; déguisé en troubadour avec son serviteur Guglielmo, il arrive près du château d’Athelwold, où Laura et Berto, chef des chasseurs, fêtent leurs fiançailles prochaines. Berto, de retour de la chasse, doit tuer cent un loups pour satisfaire le roi Edgar, qui chasse dans la région ; il ne lui manque qu’un loup. Malvina, mélancolique, se languit de son mari Enrico, duc d’Athelwold, qu’elle a épousé en secret alors qu’il était promis au roi ; Edgar, qui n’a jamais vu Malvina, croit qu’Enrico a refusé une fiancée indigne de lui. Ruggiero, courtisan, avertit Enrico que le roi vient chasser et que Laura doit prendre la place de la duchesse, Malvina restant cachée dans la maison de Pietro. Laura, d’abord inquiète, doit s’asseoir à la table du roi avec les nobles ; Edgar et son courtisan Artur l’interrogent, et Berto, que la situation dépasse, finit par s’en inquiéter. Edgar soupçonne la supercherie, et toute la compagnie part pour la chasse.
  • Acte II : Chacun sait désormais que la vraie duchesse se cache chez Pietro ; Loredano et Ruggiero s’y présentent, Malvina se découvre et Loredano, reconnaissant sa voix, exige des explications. Leur duo cède à l’émotion ; un cor annonce le retour de la chasse. Berto se plaint à Pietro de l’humeur de Laura, chante la chanson du loup devant un verre de vin, puis les chasseurs découvrent le loup : la cent unième bête est prise. Les chasseurs encerclent la maison de Pietro et Malvina est capturée avec Loredano. Dans un sextuor, Malvina et Laura, désespérées, s’apprêtent à fuir avec Enrico et Berto. Edgar menace Enrico de mort, puis de bannissement s’il garde Malvina ; Malvina et Loredano plaident pour Enrico, mais Edgar reste d’abord intransigeant. Au dénouement, tous les sujets du duc, avec Laura et Berto, implorent la grâce du roi ; un messager venu de Londres annonce qu’Edgar a promis d’épouser la comtesse de Cumberland. Edgar comprend qu’il est lui-même menacé d’être démasqué comme intrigant et choisit la clémence : il pardonne à tous, et Berto se réjouit de la mort de son cent unième loup.

Enregistrement(s) :

Franz Hauk — 2020

Format : 2 CD, enregistrement de studio, première mondiale au disque.
Label : Naxos
Référence : 8.660422 (parution en 2020)
Année d’enregistrement : 18-27 septembre 2017, Kongregationssaal, Neuburg an der Donau (Bavière).
Distribution :

  • Edgar : Young-Jun Ahn, ténor
  • Loredano : Jaegyeong Jo, basse
  • Malvina : Eun-Hye Choi, soprano
  • Enrico : Markus Schäfer, ténor
  • Artur : Jörn Lindemann, ténor
  • Ruggiero : Harald Thum, ténor
  • Laura : Tina Marie Herbert, soprano
  • Betzi : Anna Feith, soprano
  • Berto : Samuel Hasselhorn, baryton
  • Guglielmo : Niklas Mallmann, basse
  • Pietro : Andreas Mattersberger, basse

Direction : Franz Hauk (également au clavecin)
Orchestre : Concerto de Bassus (violon solo : Theona Gubba-Chkheidze) ; Simon Mayr Chorus et membres du chœur de l’Opéra d’État de Bavière
Langue : italien

Particularité :

Première mondiale au disque, d’après l’édition critique de Franz Hauk, Manfred Hößl et Diemut Hauk. L’édition repose sur une copie de la partition complète conservée à la Biblioteca civica Angelo Mai de Bergame, comparée à la partition autographe de Milan (Archivio storico Ricordi) ; celle-ci contient des coupures et des insertions de la main de Mayr, notamment pour l’air de Malvina « Deh per quel dolce oggetto » et le finale II. Les notices sont de Thomas Lindner et Franz Hauk, et la couverture est de Paolo Zeccara. Cet enregistrement s’inscrit dans la série consacrée à Mayr par Franz Hauk et le Simon Mayr Chorus chez Naxos.

Postérité :

L’œuvre fut reprise à Naples en 1819 puis réutilisée en 1824 à Florence sur une musique de Filippo Celli, avant de sombrer dans l’oubli. Thomas Lindner, dans le livret du disque, la juge d’une grande ambition, avec une Sinfonia, des chœurs de chasseurs et de chevaliers aux accents de troubadours et un orchestre d’une grande richesse, qui préfigure le mélodrame romantique ; il relève l’influence, presque inévitable en 1814, du jeune Rossini, tempérée par la noblesse et la retenue propres à Mayr, et titre sa notice « une magnifique œuvre dans le style romantique ». L’enregistrement de Naxos, qui la fait redécouvrir en 2020, constitue sa première version au disque.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *