Note personnelle : ,

Mayr, Johann Simon — L’amor coniugale (1805)

Format :

  • Farsa sentimentale (opera semiseria, « dramma sentimentale ») en un acte ; connue aussi sous le titre Il custode di buon cuore.
  • Musique : Johann Simon (Giovanni Simone) Mayr (1763-1845).
  • Livret : Gaetano Rossi (1774-1855), d’après Jean-Nicolas Bouilly.
  • Langue : italien.

Création :

26 juillet 1805, Teatro Nuovo, Padoue.
L’ouvrage est donné en lever de rideau avec La donna di spirito de Pietro Carlo Guglielmi ; la distribution réunit notamment Margherita Chabrand (Zeliska), Savino Monelli (Amorveno), Carlo Angrisani (Peters), Clementina Veglia (Floreska), Natale Veglia (Moroski) et Carlo Merusi (Ardelao). Il est repris en septembre de la même année au Teatro San Benedetto de Venise, puis connaît, selon les notes des enregistrements, un grand succès à travers l’Europe pendant des décennies. Mayr, établi à Bergame comme maître de chapelle et professeur (il y enseigne le jeune Donizetti). L’ouvrage se place ainsi entre deux autres adaptations du même sujet : la Leonora de Paër (Dresde, 1804) et le Leonore de Beethoven, première version de Fidelio (Vienne, 1805).

Livret :

Rossi adapte le livret de Bouilly pour l’opéra-comique Léonore, ou L’amour conjugal, mis en musique par Pierre Gaveaux (Paris, 1798). Archétype de la « pièce à sauvetage », l’intrigue est transposée dans une prison de la Pologne du XVIIe siècle, selon la mode des sujets polonais (le Lodoiska de Cherubini et celui de Mayr servent de modèles). Rossi change les noms (Léonore/Fidelio devient Zeliska/Malvino, Florestan Amorveno, Rocco Peters, Marcelline Floreska, Pizarro Moroski), condense l’action en un seul acte, supprime le rôle de Jaquino et fait du ministre Don Fernando le frère d’Amorveno, Ardelao, exigence de la censure. L’accent se déplace de la liberté et du thème révolutionnaire vers les rapports personnels entre les protagonistes, avec une touche bouffe incarnée par Peters.

Intrigue :

  • Acte unique : Dans une prison de Pologne, le geôlier Peters a pris à son service un jeune homme, Malvino, qui n’est autre que Zeliska, déguisée en homme pour libérer son mari Amorveno, injustement emprisonné par le cruel gouverneur Moroski. La fille de Peters, Floreska, s’est éprise du faux Malvino et veut l’épouser, ce que Peters ne désapprouve pas ; Malvino esquive, soucieux surtout d’accompagner Peters dans sa tournée des cachots pour apercevoir un prisonnier mystérieux, condamné à mort. Moroski, amoureux de Zeliska, a fait jeter Amorveno au cachot pour l’y laisser mourir de faim ; apprenant que le prince Ardelao vient libérer le prisonnier, il décide de le faire tuer sur-le-champ et, faute de courage pour le faire lui-même, soudoie Peters, qui accepte à contrecœur en vantant la puissance de l’argent. Dans sa cellule, Amorveno n’espère plus qu’un dernier regard sur son épouse. Peters et Zeliska descendent dans le cachot ; Zeliska, en larmes, reconnaît son mari. Moroski arrive masqué pour accomplir lui-même le meurtre : Zeliska se jette entre eux, révèle son identité et déclare qu’il devra la tuer aussi. Tandis que les époux se retrouvent, Ardelao survient, déjoue Moroski et sauve les deux amants, et tous célèbrent l’amour conjugal.

Enregistrement :

Christopher Franklin — 2004

Format : 2 CD (43 min 49 s + 39 min 08 s) ; enregistrement live.
Label : Naxos (coproduction avec SWR)
Référence : 8.660198-99 (édité en 2008)
Année d’enregistrement : 19, 21 et 23 juillet 2004, Kursaal, Bad Wildbad (Allemagne), lors du festival Rossini in Wildbad.
Distribution :

  • Zeliska / Malvino : Cinzia Rizzone, soprano
  • Amorveno : Francescantonio Bille, ténor
  • Floreska : Tatjana Charalgina, soprano
  • Peters : Dariusz Machej, basse
  • Moroski : Giovanni Bellavia, basse-baryton
  • Ardelao : Bradley Trammell, ténor

Direction : Christopher Franklin (assistant : Marco Bellei)
Orchestre : Württemberg Philharmonic Orchestra Reutlingen
Langue : italien

Particularité :

Captation du festival Rossini in Wildbad, qui avait remis l’œuvre au programme en 2004, dans l’édition préparée par Florian Bauer d’après la partition révisée d’Arrigo Gazzaniga. Les notes de Thomas Lindner soulignent le caractère de farsa sentimentale de la partition : une introduction à grande échelle où Floreska chante devant son rouet, une scène de prison faite d’ensembles haletants (dont une scène inspirée du suicide de Così fan tutte de Mozart), et la ballade de Zeliska dont le thème sera repris par Rossini dans La Cenerentola. Le musicologue John Stewart Allitt, qui avait salué l’ouvrage dans le programme de 2004, y voyait un opéra à la fois dramatique et lyrique.

David Stern — 2021

Format : 2 CD ; enregistrement en studio.
Label : Aparté
Référence : AP 267
Année d’enregistrement : 21-25 avril 2021, Opéra de Massy (enregistrement Little Tribeca ; direction artistique, prise de son et montage : Florent Ollivier ; 24 bits / 96 kHz).
Distribution :

  • Zeliska / Malvino : Chantal Santon-Jeffery, soprano
  • Amorveno : Andrés Agudelo, ténor
  • Floreska : Natalie Pérez, mezzo-soprano
  • Peters : Olivier Gourdy, basse-baryton
  • Moroski : Adrien Fournaison, basse-baryton
  • Ardelao : Bastien Rimondi, ténor

Direction : David Stern
Orchestre : Opera Fuoco (premier violon : Katharina Wolff ; continuo : Clément Geoffroy, clavecin, Hilary Metzger, violoncelle, Joe Carver, contrebasse)
Langue : italien

Particularité :

Enregistrement basé sur l’édition critique de Pascal Duc préparée pour Opera Fuoco, d’après des livrets conservés à Bologne et à Vienne. Pour les récitatifs secs, l’ensemble suit une tradition du XVIIIe siècle où le violoncelle et la contrebasse jouent un rôle harmonique avec le clavecin, selon les recherches de la violoncelliste Hilary Metzger. David Stern y voit un opéra où l’orchestration est influencée par Mozart et Haydn tandis que l’écriture vocale relève du pur bel canto. Pour le critique Jean-Luc Vannier, ce disque est un vrai plaisir pour l’oreille : il y loue les airs de Chantal Santon-Jeffery, l’engagement de Natalie Pérez et le poignant air de prison d’Andrés Agudelo.

Postérité :

Reprise en 1984 au Teatro Donizetti de Bergame puis au festival Rossini in Wildbad en 2004, L’amor coniugale est aujourd’hui rarement donné, mais elle représente, selon Thomas Lindner, l’adaptation la plus autonome du Léonore de Bouilly face à celles de Paër et de Beethoven. Elle témoigne du passage de Mayr entre tradition italienne et influences de Mozart et de Haydn, et de son rôle de professeur de Donizetti. Deux enregistrements existent : celui de Wildbad (2004, Naxos) et celui d’Opera Fuoco (2021, Aparté).

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